« Une seule parole qui fait du bien est meilleure que cent mille discours qui ne servent à rien » – Bouddha

VEENA MATABUDUL-PULTON

Un discours! Un discours! Ne vous est-il jamais arrivé de devoir prononcer un discours lors d’un événement particulier, que ce soit au travail, à un anniversaire, à un mariage ou à une fête familiale? Si pour certains, prendre la parole en public se fait avec aisance, pour d’autres, c’est un véritable calvaire. Mais quoi qu’il en soit, faire un speech face à une audience attentive et réceptive est toujours un honneur et une gratification tandis que toute allocution adressée à une foule distraite ou en délire, exige sans conteste le dépassement de soi.   

On dit que la politique est la lutte pour acquérir et conserver le pouvoir et que le discours est un tremplin vers l’accession au pouvoir. S’il existe bel et bien un lien indéfectible entre la politique et la parole, alors comment séduire son auditoire? Selon les préceptes du philosophe grec Aristote, les trois piliers sur lesquels est fondé l’art de la persuasion sont Ethos, Logos et Pathos. Ethos est l’image projetée par l’orateur. Logos est la pertinence de l’argument et enfin, Pathos est le lien émotionnel avec le public. Néanmoins, peu importe la couleur politique de ceux qui gouvernent, pourvu que la flamme de la démocratie ne s’éteigne jamais!

À cet effet, à l’île Maurice, la journée du samedi 22 novembre ne sera pas comme les autres puisque les régions rurales seront sous les feux des médias. Des élections se dérouleront dans cent trente villages. Les candidats qui se disputeront les neuf sièges à pourvoir dans chaque localité, devront démontrer leur talent d’orateur car pour vaincre, il faudra convaincre. Les questions qui brûlent les lèvres sont quasiment les mêmes. En quelle faveur opérera la magie de la politique”? Chez nous, à l’issue du dépouillement du scrutin, qui seront finalement les neuf représentants dans chaque village?

Aux États-Unis, le 7 novembre 2020 est une date historique pour les Américains. La nouvelle est tombée : après une campagne présidentielle vertigineuse, Joe Biden prouve au monde entier qu’il a l’étoffe d’un Président en se faisant élire par le peuple américain. Son premier discours est teinté d’optimisme et d’unité : « Il y a une saison pour toute chose… il faut bâtir et construire… panser les plaies… restaurer l’âme de l’Amérique. » 

“Les Grands Discours du XXème siècle”

C’est dans cette optique que j’ai choisi de vous présenter le recueil de Christophe Boutin, intitulé, “Les Grands Discours du XXème siècle.” Dans le livre, y résonnent les voix de grands orateurs, « charismatiques et providentiels », qui ont laissé leurs empreintes dans l’Histoire contemporaine.

Selon l’auteur, pour aboutir à ses fins, un orateur doit pouvoir toucher la corde sensible de ses auditeurs. C’est ce qui s’est effectivement passé le 1er février 1954, à Paris, en France. En effet, lors d’un hiver froid et rigoureux, un homme lance un vibrant appel sur les ondes car la souffrance des oubliés de la société, privés de nourriture et de logis, est insoutenable à ses yeux. « Mes amis, au secours !.. » Son intervention déchirante déclenche un élan de solidarité sans faille chez les habitants de la Ville Lumière. Cet homme, c’est l’Abbé Pierre, devenu par la suite, une figure de proue dans la lutte contre l’exclusion et le logement indigne.

Par ailleurs, force est de reconnaître qu’un grand orateur se distingue aussi par son éloquence et sa rhétorique. En 1963, dans une Amérique où sévissent le racisme et la discrimination, après sa marche pour le travail et la liberté, le jeune Pasteur Martin Luther King se fait le chantre de l’égalité entre les Noirs et les Blancs. « I have a dream », confie-t-il à la foule. Qui ne se souvient pas du discours visionnaire de cet infatigable combattant dont le rêve est perçu comme un souffle prophétique!

Une allocution percutante! Un slogan incisif! Telle est la recette pour un discours mordant. Pendant sa campagne électorale, dans un discours emblématique, Barack Obama se démarque par le credo culte, “Yes, we can!” Le futur président des États-Unis insuffle ainsi l’espoir et la confiance dans un pays fragilisé par le marasme économique et la guerre en Irak.

En effet, lorsque le pays est plongé dans l’abîme à la suite des conséquences désastreuses de la guerre, par le biais d’un discours emphatique, un dirigeant politique peut encourager l’esprit d’union de son peuple. C’est ce que fait Franklin Roosevelt, élu pour quatre mandats consécutifs (1933-1945) : « À chaque fois que notre nation traversait un moment sombre, … unis dans un même esprit, nous surmonterons les difficultés. » De même, à l’extrême est de l’Asie, l’empire du Soleil-Levant est plongé dans l’enfer nucléaire. Les frappes atomiques sur les villes de Hiroshima et de Nagasaki, le 6 et 9 août 1945, sèment la terreur chez les Nippons. Dans son discours de capitulation, l’Empereur Hirohito de l’archipel du Japon, tente d’apaiser la frayeur et la fureur de son peuple en adoptant un ton conciliant : « Si nous continuons à nous battre, cela entraînerait non seulement l’effondrement de la nation japonaise mais encore l’extinction de la civilisation humaine. » 

À 3637 kilomètres de notre petite île, un pays surnommé une “nation arc-en-ciel,” a longtemps souffert du joug de l’apartheid. Une icône de la liberté vient alors à sa rescousse. L’ironie, c’est que ce fervent défenseur des droits de l’homme a été lui-même en détention pendant vingt-sept ans dans ce pays cosmopolite. Oui, vous l’avez deviné! Il s’agit bien de Nelson Mandela qui se fait élire président de la République d’Afrique du Sud, en 1994. C’est dans un discours empreint d’émotions qu’il réveille la fibre patriotique du peuple sud-africain : « Dans un pays blesséil faut guérir les plaies…Chacun d’entre nous est intimement enraciné dans ce pays magnifique… où poussent les fameux Jacarandas de Pretoria et les Mimosas de la brousse. »

Le saviez-vous? En 1981, choisi par le peuple de la République française pour être leur président, le Socialiste François Mitterrand entame alors un “règne” de quatorze années (1981-1995). Mais dans un discours acerbe, il s’emporte contre le monde de la finance: « …l’argent qui corrompt, l’argent qui achète, l’argent qui tue, l’argent qui nourrit jusqu’à la conscience des hommes! » À votre avis, pourquoi cette virulente sortie contre le pouvoir maléfique de l’argent?

Sirimaro Bandaranaike (Sri Lanka)

Si vous désirez en savoir plus et vous abreuver des paroles des orateurs, « célèbres ou tristement célèbres », je vous invite à parcourir “Les Grands Discours du XXème Siècle” de Christophe Boutin.

Mais il n’y a pas que de Grands hommes, me diriez-vous. Oui, vous n’avez pas tort! De Grandes dames font aussi partie du cercle du pouvoir dont certaines marquent ou ont marqué l’Histoire. Qui sont donc ces femmes pionnières en politique, choisies par le peuple, pour occuper le fauteuil de Première ministre ou pour prendre les rênes de la Présidence?

1960, c’est l’année du déclic pour les femmes politiciennes à travers le monde à l’instar de Sirimaro Bandaranaike au Sri Lanka, qui, cette année-là, entre dans l’histoire comme la première femme à être élue démocratiquement au poste de Première ministre. Il faudra ensuite attendre 1980 pour qu’une autre femme brigue cette fois-ci, les suffrages à l’élection présidentielle. Cet événement notable a lieu en Islande où Vigdis Finnbogadottir accède à la fonction suprême de présidente d’un État. Il est vrai que six ans plus tôt, en 1974, Isabel Peron devient présidente de l’Argentine, mais sans avoir recours aux élections. Et le 8 décembre 2019, Sanna Marin, étant élue à la tête du gouvernement de la Finlande, devient, à 34 ans, une des plus jeunes dirigeantes au monde. Sanna Marin va encore surprendre puisqu’elle féminise son équipe gouvernementale. En effet, sur les 19 maroquins ministériels, 12 sont octroyés aux femmes. Et chez nous, à quand notre prochaine Première ministre mauricienne?

“In politics, if you want anything said, ask a man, if you want anything done, ask a woman.” – Margaret Thatcher (Prime Minister of the United Kingdom) (1979-1990)

Bonne lecture!