DR DIPLAL MAROAM

La mort atroce du WPC Raghoo de l’ADSU sur la route de Beau-Vallon le 24 novembre dernier démontre jusqu’où peut aller la mafia dans le but de sauvegarder son empire de la drogue. En effet, un marché générant des profits énormes permettant, entre autres, à protéger des réseaux occultes et corrompre des plus bas aux plus hauts de ce monde, la drogue représente un des commerces les plus lucratifs dans un système économique mondial qui érige en roi l’argent. Mais plus grave, elle est devenue un instrument trop

Dr DIPLAL MAROAM

souvent utilisé par des dirigeants politiques pour assouvir leur soif du pouvoir et consolider leur autorité. Bien des coups d’État d’ailleurs s’expliquent par le désir des groupes de dirigeants rivaux de contrôler à leur profit les réseaux du narco-trafic. En outre, il n’est un secret pour personne que beaucoup de pays pauvres ou en développement, asphyxiés par l’intolérable charge de leurs dettes et confrontés à la chute des cours de leurs produits à l’exportation, remboursent les organismes financiers internationaux peu enclins à savoir la provenance de l’argent qui atterrissent dans leurs caisses. Bref, la narco-économie mondiale a encore de beaux jours devant elle.

À Maurice, depuis la première commission d’enquête instituée plus de trois décennies de cela, après l’affaire Amsterdam et qui avait levé le voile sur les gros trafiquants et leurs complices, le commerce de la mort ne s’est jamais asséché, ce malgré les grosses saisies effectuées ces dernières années. Bien au contraire. Même pendant le confinement, la camelote synthétique alimentait copieusement le marché, ce que reconnaît d’ailleurs le PM lui-même. L’existence d’une complicité au sein du milieu carcéral et de la force de l’ordre – mais pas seulement car un ancien président du Bar Council avait même avancé l’existence de « narco-avocats » – n’aurait été qu’un secret de polichinelle jusqu’à son exposition au grand jour dans le rapport de la commission Lam Shang Leen. Force est de constater qu’une once de volonté de combat contre le fléau aurait sans doute suscité la prise de décision qui s’impose par rapport au temple des zougader qu’est devenu au fil des ans le Champ de Mars, mentionné dans le rapport comme un haut lieu de blanchiment. Des photos de gros trafiquants aujourd’hui en prison s’affichant fièrement aux côtés des propriétaires et autres responsables d’écuries avaient même fait le tour des réseaux sociaux quelque temps de cela. Comme le souligne également le rapport, la toxicomanie se rajeunit de jour en jour et les élèves et étudiants sont les plus exposés. Il est ahurissant donc que des jeunes connaissent les lieux d’approvisionnement alors que ceux censés combattre le fléau n’en sont guère au courant.

Par ailleurs, si le trafic de stupéfiants sur le plan local et global se porte bien, c’est dans une grande mesure dû à la précarité et l’inégalité engendrées par un système économique pyramidal, compétitif et sélectif tendant à exclure du marché du travail et de la société dans son ensemble un nombre de plus en plus grand de personnes. C’est à ce niveau justement, c’est-à-dire, à la source même, que le vrai combat doit être mené pour être gagné ; la répression n’ayant pu produire les résultats escomptés. Toute autre opération – à l’instar des controlled deliveries (livraisons contrôlées), fouilles sporadiques, etc – ne ressemble qu’à l’hydre mythique de Lerne dont les sept têtes repoussent sitôt coupées, car n’apportant que des solutions palliatives.

Finalement, il va sans dire que le combat à la racine contre la drogue casserait simultanément les reins à la corruption – les deux fléaux étant intimement liés – et assainirait notre société en décadence car la majorité des cas de vols, vols avec violence, violence conjugale et d’autres formes de criminalité, à l’instar du meurtre du petit Ayaan de deux ans, aurait un lien direct ou indirect avec le problème de la drogue.