Comment travaillent les dentistes par temps de crise sanitaire et de confinement ? Quelles sont les mesures de précaution mises en pratique pour éviter toute contagion ? Le Dr Dayesh Chauhan, chirurgien-dentiste à la Dental Wellness Clinic, souligne que déjà, en temps normal, les dentistes observent des mesures strictes de précaution. « Les chirurgiens-dentistes ont été bien formés au contrôle des infections. » Selon lui, « dans la profession, même avant la COVID-19, on a pour principe d’assumer que n’importe quel patient peut avoir n’importe quelle pathologie transmissible ». Certes, selon lui, des mesures supplémentaires sont appliquées et il a même personnellement investi dans un purificateur d’air. Dans cet entretien, le chirurgien-dentiste met en garde contre la prise excessive d’antibiotiques, particulièrement pendant le confinement. S’il est bien vrai, selon lui, que les consultations doivent être réduites au maximum en ce moment, « les urgences restent des urgences ». Si on les repousse, cela peut déboucher sur des complications et constituer « un fardeau pour les services de santé déjà engorgés ».

Avec ce nouveau ‘‘lockdown’’, comment vous organisez-vous ? Êtes-vous mieux préparé qu’au premier épisode ?
On a maintenu les mêmes précautions. Les dentistes sont formés à la prévention des pathologies transmissibles par voies buccale, aérienne et intraveineuse dès le début de notre formation dans l’art et la science de la chirurgie dentaire. On est donc déjà formé aux mesures de précautions universelles. Ce que la COVID-19 a apporté, c’est juste une couche de précaution en plus. On essaie d’éviter des soins qui ne sont pas urgents, surtout en période de confinement. Ce qui présente plus précisément des risques dans le métier de dentiste, ce sont les Aerosol Generating Procedures (AGP), soit une procédure médicale qui peut libérer des particules en forme d’aérosol. Le plombage, par simple exemple, génère des aérosols. C’est ce qui peut mettre le cabinet dentaire à risque, car ces aérosols en question peuvent être présents dans l’air pendant quelques heures après la procédure AGP en question – un temps qu’on appelle formellement le fallow time. Se rendre chez le dentiste peut être une expérience différente dans un monde post-COVID désormais, mais il est important de faire ressortir que le cabinet dentaire reste un endroit sûr où vous recevez des soins dans les conditions les plus sûres possible malgré les circonstances, car les dentistes sont très bien formés dès le début de leurs études pour réduire les risques de maladies transmissibles.

Pendant le ‘‘lockdown’’, vous privilégiez donc les cas d’urgence ?
Oui, les urgences comprennent les cas où il y a des douleurs intenses qui sont normalement liées aux infections, par exemple les pulpites ou abcès liés à la pulpe de la dent en question. Il s’agit d’éviter les AGP et de se concentrer sur les soins d’urgence. Quand le patient nous appelle, on procède à un “screening” au téléphone en demandant quels sont les symptômes qu’il présente et on cherche à savoir s’il a de la fièvre ou d’autres symptômes. On effectue un dépistage rapide de la COVID-19. S’il a une douleur sévère, on considère que c’est une urgence médicale, car si négligé pendant trop longtemps, cela peut entraîner quelque chose de plus grave, par exemple une infection localisée qui évolue en une infection systémique telle qu’un Ludwig’s angina ou une septicémie, pouvant mettre plus de stress sur le système hospitalier qui est déjà surchargé. Un abcès dentaire, surtout des dents postérieures de la mâchoire inférieure, peut se répandre au niveau du cou et cela peut nécessiter une admission en soins intensifs car il y a le risque d’une compression des passages aériens, ou une septicémie surtout chez un patient immunodéprimé. On ne peut donc ne pas négliger une urgence dentaire. Autrement, cela se répercute sur le système hospitalier.
On peut aussi prescrire des antibiotiques ou antalgiques sur le court terme pour un soulagement symptomatique. Cela a été une pratique courante durant le premier confinement par plusieurs individus. La douleur passait pendant quelques jours et ensuite, un autre professionnel ou pharmacien donnait un autre antibiotique. Prescrire des antibiotiques plusieurs fois, surtout par un personnel sans formation formelle dans la pratique de la médecine ou dentisterie, relève d’un manque de responsabilité, car cela a des répercussions sur la santé publique, créant une résistance aux antibiotiques. Si la prise d’antibiotiques résout le problème sur le court terme, elle peut éventuellement ne pas être efficace sans intervention par votre dentiste au point où cela peut nécessiter une admission à l’hôpital dans le cas, par exemple, d’une infection localisée.

Vous préférez donc recevoir ces patients dans de tels cas ?
Tout à fait, on peut faire un screening pour minimiser le contact avec le patient mais dans de vraies urgences, nous avons une obligation dans notre profession de voir nos patients. On prenait déjà des précautions avant la COVID-19. Ce que la COVID a changé, c’est la réduction des AGP, là où c’est possible. On a des mesures supplémentaires qui sont appliquées par temps de pandémie comme des masques N95, “le full body Personal Protective Equipment”. Par ailleurs, j’ai personnellement investi dans un Dentair, un purificateur d’air qui comprend des lampes à UVC qui purifient et désinfectent l’air à 99,9%. Même si nous décidons de faire des AGP, nous avons une couche de protection en plus. Cela élimine tous les types de contaminant. Même en temps de non-confinement, quand on doit pratiquer des AGP, ce purificateur nous permet de contrôler la qualité de l’air dans le cabinet de la même manière que dans une salle opératoire et dans les cabines d’avion et dans les aéroports après la COVID-19. C’est un investissement assez coûteux, mais qui en vaut le coût, selon moi. Les urgences dentaires ne sont pas à négliger. Autrement, cela peut résulter en des prises excessives d’antibiotiques ou en des cas d’admission en milieu hospitalier.

Avez-vous eu des cas pareils l’an dernier ?
Oui, il y avait plusieurs cas d’infections systémiques d’origine dentaire en comparaison à la période “pre-lockdown” qui auraient pu être évités si les patients avaient été vus par des professionnels de santé et s’il n’y avait pas de prescriptions inutiles, voire irresponsables des personnes qui n’avaient pas de formation dans la dentisterie. Si on peut traiter un abcès localisé dans la bouche et éviter qu’il ne se répande au lieu de donner des antibiotiques plusieurs fois au téléphone, ce serait mieux. C’est plus approprié de voir un patient dans un environnement sécurisé comme le cabinet dentaire. Les chirurgiens-dentistes ont été bien formés au contrôle des infections. Ils savent prendre les précautions de mise.

Cette seconde vague impacte-t-elle différemment que la première sur votre métier de dentiste ?
Comme je l’ai dit, dans la profession, on met déjà en application les mesures de précautions universelles. Même avant la COVID-19, on a pour principe d’assumer que n’importe quel patient peut avoir n’importe quelle pathologie transmissible comme le VIH/sida etc. La logique derrière est qu’un patient ne sait pas forcément qu’il a une maladie.

Les équipements sont-ils bien stérilisés entre chaque patient ?
C’est là la base de toutes les mesures de prévention. Pour revenir à la question de savoir si la seconde vague est différente, rien n’a changé puisqu’on garde les mêmes précautions. Les seules personnes autorisées dans la salle d’attente sont les patients. Quand ils entrent, ils se désinfectent les mains et on leur donne une paire de gants. On prend leur température et on leur fait faire un bain de bouche avant même d’entrer dans le cabinet. On part de l’hypothèse que chaque patient peut être infecté, ce qui nous force à prendre le maximum de précautions.

Pratiquez-vous aussi la téléconsultation dans les cas plus bénins ?
Oui, je fais des entretiens par vidéo ou avec photos comme le font plusieurs collègues ici comme en Europe depuis l’année dernière. Si la prescription d’un antibiotique est justifiée, cela peut minimiser le déplacement. Il faut savoir juger entre l’intérêt ou pas de voir un patient en temps de crise sanitaire, mais une urgence reste une urgence, et il faut éviter de transférer la pression sur les soins intensifs.

Comment organisez-vous vos rendez-vous depuis le “lockdown” ?
On a tout annulé. Face aux appels présentant des cas urgents, on effectue un entretien et on voit s’il est nécessaire de les consulter au cabinet. Seules les urgences sont prises en charge et on essaie autant que possible d’éviter les AGP. Il faut souligner que tout cas négligé maintenant aura un prix sur le long terme dans nos cabinets ou dans le secteur hospitalier. Prevention is always better than cure.

Un conseil aux patients souffrant d’un problème dentaire pendant le confinement ?
Si vous avez une rage de dents, celle-ci considérée comme une urgence. Vous devez appeler votre dentiste pour lui demander son avis. On peut acheter un peu de temps en contrôlant les symptômes avec des médicaments ou dans des cas justifiés, des antibiotiques. Mais en cas d’enflure, c’est une vraie urgence. C’est un signe qu’il y a une infection qui peut se répandre. Le dentiste verra s’il peut recevoir le patient. Autrement, les patients ne doivent pas arriver sans rendez-vous. À l’exception des enfants et de ceux qui ne sont pas autonomes, il est mieux de venir sans accompagnement.