En fin d’année, le monde aura les yeux rivés sur la COP 26 sur le climat. Une conférence d’autant plus attendue qu’elle aura été reportée l’an dernier, crise sanitaire oblige, et qu’elle devrait dresser un état des lieux peu reluisant des mesures prises pour inverser le dangereux processus dans lequel l’humanité s’est engagée en matière d’émissions de gaz à effets de serre. Certes, la Covid, et plus particulièrement les innombrables Lockdown qu’elle aura engendrés à travers la planète, aura eu un effet bénéfique sur le climat. Pour autant, que l’on ne s’y trompe pas, ce n’est que reculer pour mieux sauter, car pour l’heure, il n’est toujours pas question de faire machine arrière et d’opter pour un changement de paradigme économique. Ce même paradigme qui nous promet une collision frontale des plus violente avec ce mur que l’on nous promet pourtant au bout du chemin.

Si cette énième COP revêt une importance capitale dans la conjoncture, il en est une autre, toujours placée sous l’égide des Nations unies, dont l’on parle beaucoup moins, en l’occurrence la COP 15 sur la biodiversité, elle aussi reportée l’an dernier pour les mêmes raisons. Pourtant, cette conférence des parties est tout aussi importante que sa grande sœur, dans la mesure où l’avenir du climat et celui des espèces que notre planète abrite sont intrinsèquement liés. Avant d’aller plus loin, rappelons à ceux qui l’ignoreraient encore que la biodiversité désigne l’ensemble du vivant, autrement dit non seulement le monde animal, dont l’humain fait partie, mais aussi la vie végétale, entre autres.

Or, cette complexité du vivant, avec ses innombrables espèces, est indispensable au maintien de l’écosystème général, et donc de la vie dans son ensemble sur Terre. Aussi, poursuivre nos attaques délibérées contre le vivant, qui plus est avec le profit comme seul but, devient d’autant plus irresponsable que nous devrons nous aussi en payer un jour le prix.

Autant dire que la prochaine COP sur la biodiversité est attendue au tournant, avec en filigrane une question fondamentale : comment arrêter le carnage ? Et oh miracle, une solution semble avoir été trouvée, laquelle sera prônée par de nombreux gouvernements et autres organisations de protection de la nature. Puisque la faune et la flore de nos terres et de nos mers sont en danger, il suffit de se mettre d’accord pour transformer des surfaces maritimes et terrestres (le chiffre de 30% est avancé) en aires protégées, et l’affaire est réglée. Et il est vrai que l’idée a de quoi séduire. Hélas, sur papier seulement.

En premier lieu, si ce n’est la question de la proportion, le concept, lui, n’est pas réellement nouveau. Il porte même un nom, celui de « conservation forteresse », lequel consiste à restaurer des espaces sauvages en en expulsant tout hominidé, en d’autres termes les peuples autochtones. Sans se soucier que ceux-là même vivent pourtant en totale autarcie avec la nature depuis toujours. Or, il ne s’agit ni plus ni moins ici que d’une forme moderne de colonialisme, et que l’on appelle d’ailleurs « colonialisme vert ». Avec pour conséquence, estiment les experts, de donner un résultat à l’opposé de celui escompté. Et pour cause, puisqu’une fois décrétés protégés, la majeure partie de ces espaces se retrouve exploitée, que ce soit par les opérateurs touristiques ou l’industrie d’extraction. En attestent de récentes études indiquant que les terres sous gestion autochtone (où se trouvent 80% de la biodiversité) sont « bien plus efficaces » que les aires protégées.

En d’autres termes, l’objectif affiché de transformer 30% de la surface terrestre et maritime en aires protégées ne servira non seulement à rien, mais le concept dénote d’une stratégie globale pernicieuse, car quasi invisible, d’une financiarisation de la nature. Autrement dit une approche néolibérale où la nature est vue comme un capital. Prendre cette direction est dès lors la voie la plus facile pour notre système économique, car il n’implique aucune remise en question. Pourtant, pas besoin d’être un expert pour comprendre que mettre sous cloche une partie de la planète n’empêchera pas l’emballement climatique si l’humain continue de polluer au même rythme. Non seulement cette politique de l’autruche ne nous sauvera pas, mais elle pourrait même nous mener vers une extinction de masse. Alors, attendrons-nous tranquillement de faire nous-même partie de la liste rouge des espèces en voie de disparition ? Probablement, hélas !