Bonne nouvelle : nos émissions de CO2 ont baissé de 7% cette année. Un record, selon les auteurs du rapport du Global Carbon Project. Ce faisant, nous commençons (enfin) à réaliser les promesses que l’on s’est engagé à tenir lors de la COP21 de Paris. Mauvaise nouvelle : cette réduction significative de l’un de nos principaux gaz à effet de serre n’est en fait liée qu’à la Covid-19, et plus exactement à la forte décroissance liée entre autres aux confinements instaurés du fait de la pandémie. Dès lors, nous sommes en droit de supposer, avec une quasi-certitude, qu’une fois débarrassé du virus, ou du moins que les programmes de vaccination auront atteint de manière significative les États les plus pollueurs, cette courbe s’inversera pour repartir à la hausse. Sans compter, comme le rappellent les experts, que cette diminution des émissions de gaz carbonique notée en 2020 ne réduira en rien le taux de concentration dans l’atmosphère, le dioxyde de carbone, pour « disparaître », prenant en effet près… d’un siècle.
Autre constat, bien plus affligeant encore dans la conjoncture : les riches contribuent encore plus largement au réchauffement climatique, notant ainsi un évident contraste entre les discours d’intention et les faits. Cette réalité a été relevée récemment par Oxfam qui, dans une étude publiée il y a quelques jours à peine, prend l’Europe pour exemple. Ainsi, selon cette organisation internationale, sur le Vieux continent, la baisse des émissions de gaz à effet de serre n’est en diminution que parmi les citoyens à revenu faible et moyen. À l’inverse, les 10% des plus riches, eux, voient leurs émissions totales en constante augmentation. Or, ces derniers contribuent à plus d’un quart des émissions de l’Union européenne. Autant dire l’importance, si l’on veut atteindre nos objectifs en termes de transition climatique et environnementale, de lutter dans le même temps contre les inégalités sociales et économiques.
Cette confirmation de ce que nous dictait déjà la pure logique à l’effet que la minorité de nantis pollue bien plus largement que la majorité des moins favorisés fait aussi apparaître une autre réalité, en l’occurrence que les plus populations les plus pauvres de la planète, bien que ne contribuant pas (ou peu) au réchauffement, sont aussi celles qui se retrouvent en première ligne face aux effets dévastateurs de l’emballement climatique. Accentuant ainsi les disparités entre les peuples. Mais aussi, à terme, engendrant le risque de voir des populations entières forcées de migrer afin de chercher asile dans des terres moins hostiles d’un point de vue des conditions climatiques. Certains le prédisent en effet déjà : si rien n’est fait aujourd’hui pour contenir le réchauffement, nous pourrions ainsi avoir, d’ici la fin du siècle, près d’un milliard de migrants climatiques. Avec le risque, le cas échéant, de voir éclater çà et là des guerres de territoires.
Le plus consternant dans tout cela, c’est que nous pourrions, pour peu que l’on accepte de reconsidérer l’ensemble de notre système industriel, éviter de nous retrouver dans pareille situation. En quelques décennies seulement, la course à la croissance nous aura en effet menés dans une voie de garage, dont la porte blindée, malgré le fait qu’elle perde peu à peu de son éclat, nous fait oublier qu’elle est sans issue. Le pire, c’est que ce n’est pas par manque de connaissances, car nous n’en manquons assurément pas. Sans compter que parmi les lanceurs d’alerte les plus loquaces l’on compte un certain virus, celui-ci continuant de nous apprendre, chaque jour qui passe, à quel point notre système est tout, sauf résilient.
Comprenons enfin, une fois pour toutes, que le réchauffement climatique et les catastrophes associées, au même titre que la perte de notre biodiversité, la disparition de nos ressources naturelles, la hausse des inégalités sociales et la Covid, ne sont finalement que les conséquences directes d’un seul et même mal : la croissance ! L’heure est donc venue de faire un choix. Soit l’on poursuit notre route, et continuons de profiter du confort proféré par notre société de consommation le temps que cela durera, soit nous changeons de trajectoire, tout en acceptant les concessions que cela suppose. Le bon sens ne semblant pas être notre fort, l’espoir de prendre la bonne décision apparaît cependant bien mince.

Michel Jourdan