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Démystifions la langue de Goethe

Jyoti NALLATAMBY

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Étudiante en LEA (Langues Étrangères Appliquées)
Université de la Sorbonne Nouvelle

 Pour bien apprécier une langue étrangère, il faut déceler sa logique et s’intéresser à son histoire. La rigueur et la discipline de la langue allemande sont à l’image de la stabilité politique et économique du pays. Troisième puissance commerciale mondiale, l’Allemagne veille aussi au respect de l’environnement en recherchant le bien-être de sa population pour le meilleur équilibre entre vie professionnelle et personnelle. Par ailleurs, elle a toujours cherché à créer des alliances avec d’autres pays d’Europe depuis le XIXe siècle. Après la Seconde Guerre mondiale, la réconciliation franco-allemande, gravée sur une plaque commémorative devant la cathédrale de Reims, a été actée le 8 juillet 1962 entre le président Charles de Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer. L’Allemagne fait aujourd’hui partie de l’Union Européenne et l’allemand est considéré comme une des langues officielles de six pays d’Europe.

 

Quelques caractéristiques de la langue allemande

 

Avec ses trois genres et ses quatre déclinaisons, l’allemand est souvent perçu comme une langue difficile. Néanmoins, connue également pour sa grande rigueur, cette langue nous permet de nous exprimer clairement grâce à la construction de la phrase et à un système verbal beaucoup moins complexe que celui du français. Une autre particularité de la langue allemande est que tous les noms communs prennent une majuscule facilitant ainsi leur repérage dans la phrase à l’écrit. Par ailleurs, on pourrait aussi dire que lorsqu’on apprend l’allemand, on fait rarement des fautes d’orthographe car on l’écrit comme on l’entend. Pour l’apprenant, c’est une grande satisfaction !

Depuis toujours, comparer des langues entre elles me captive. Saisir les similitudes de la langue allemande avec le latin ou l’anglais m’a paru un exercice très intéressant pour apprécier la langue de Goethe. Lors de mes premiers cours au collège, on nous indiquait la ressemblance grammaticale entre l’allemand et l’anglais, deux langues germaniques. Le professeur a commencé très vite à enseigner la conjugaison du verbe. La connaissance des verbes irréguliers en anglais facilite l’apprentissage des verbes irréguliers en allemand, les starke Verben (« verbes forts »). En France, pour bien maitriser l’anglais, il est impératif d’apprendre la liste des verbes irréguliers (to do, did, done, etc.). Donc, avec cette méthode, on peut aisément appréhender la conjugaison des verbes comme « donner » : geben : gibst, gab, gegeben.

Lorsqu’on apprend une langue très différente de sa langue maternelle, pouvoir faire des rapprochements avec une autre langue étrangère peut nous offrir des moyens mnémotechniques pour la pratiquer sans ambiguïté. Pivot de la phrase, le verbe permet de saisir la fonction grammaticale des autres mots qui l’entourent. En allemand, c’est la déclinaison qui représente le « cas grammatical ». Suivre des cours de latin était un bon moyen de comprendre le système des déclinaisons allemandes car il est presque identique.

En allemand, il y a quatre déclinaisons représentant une fonction grammaticale pour les trois genres : nominatif (le cas du sujet et de l’attribut de sujet), accusatif (le cas du complément d’objet direct), datif (le cas du complément d’objet indirect), génitif (le cas du complément de nom). En fonction du genre du mot et de sa fonction dans la phrase, le déterminant change de forme. Dans la phrase allemande, on ne saurait confondre les différentes fonctions grammaticales d’un mot ! C’est là une deuxième grande satisfaction pour l’apprenant !

 

De la langue à la littérature

 

Apprendre une langue ne signifie pas seulement étudier la grammaire et le vocabulaire mais aussi comprendre son histoire. Au Moyen Âge, les classes populaires s’exprimaient en bas allemand tandis que le haut allemand était réservé aux classes supérieures. La littérature allemande se diffuse grâce à la Schriftsprache (« langue écrite ») pour raconter l’histoire des personnages légendaires du patrimoine culturel germanique. Parmi les plus importants, on peut citer Hansel et Gretel et d’autres personnages des célèbres frères Grimm. On trouve également le héros Siegfried (« Sigurd »), le Till Eulenspiegel (« Till l’Espiègle »), der Erlkönig, (« le Roi des Aulnes »), personnage maléfique et fantastique de Goethe et die Lorelei, créature fantastique enchanteresse qu’on étudie en cours d’allemand. Le vocabulaire devait être maitrisé pour réciter les textes avec aisance. Ces récits médiévaux et ces poèmes nous donnent accès à la richesse de la civilisation germanique.

Pour comprendre cette culture, il faut un moteur qui était pour moi l’immersion linguistique. Immersion linguistique est synonyme d’immersion culturelle. Plusieurs séjours en Allemagne m’ont permis de pratiquer la langue allemande en découvrant Berlin, Cologne et Trèves. J’ai eu la chance aussi d’admirer l’imposante statue de La Lorelei trônant au-dessus du Rhin. La légende (1) raconte l’histoire d’une magnifique nymphe aux cheveux dorés envoûtant les marins qui auraient fait naufrage après avoir entendu sa voix si captivante.

Siegfried, héros médiéval de la littérature germanique tient son origine d’un poème écrit en haut allemand au XIIIe siècle. L’épopée raconte comment le personnage principal combat les Nibelungen (« guerriers ennemis ») pour s’emparer de leur trésor. Pour y parvenir, il vaincra un dragon avec courage. Grâce à die Tarnkappe (« la cape invisible »), il trouvera des stratégies pour conquérir l’Empire et épouser Kriemhild, une femme qu’il rencontre lors d’un voyage en Islande. Siegfried renvoie à l’image du héros parfait qui revient glorieux de ses conquêtes. Les qualités de ce héros national ont influencé le musicien Richard Wagner pour son opéra qui porte le titre éponyme.

Un autre personnage légendaire ayant marqué les esprits se prénomme Till Eulenspiegel. (Eulen : « chouette » et Spiegel « miroir »). En dessinant une chouette et un miroir, Till montre qu’il est l’auteur des farces. On peut le comparer à Jocrisse en France. Petit garçon rusé, né dans le village de Kneitlingen en Saxe en 1300 dans une famille de paysans, il fait des plaisanteries aux villageois et se fait appeler « le fripon » ou le « bon à rien ». Futé et fourbe, il attire l’attention en mettant le désordre dans le village. Il parcourt le pays pour s’enrichir en se moquant de ses employeurs et en profitant de la situation pour récupérer leurs biens. L’histoire, originalement écrite en bas allemand, était destinée aux classes populaires. Aujourd’hui, ce texte est étudié dans les écoles du Nord de l’Allemagne.

Dalle comémorative de la réconciliation franco-allemande du 8 juillet 1962

Der Erlkönig est un très beau poème de Goethe écrit en 1782 que les Allemands apprennent par cœur. C’est l’histoire tragique d’un garçon qui, embarqué par une créature nocturne maléfique, meurt dans les bras de son père. Parler de Goethe nous rappelle le destin malheureux du jeune Werther qui a inspiré de nombreux écrivains du XVIIIe siècle et du XIXe siècle même dans les contrées les plus lointaines. En effet, dans le premier

Lettre de Goethe à Froberville, extrait de l’Avant-Propos de Philippe Lenoir dans Sidner ou les dangers de l’imagination

roman de l’hémisphère sud, publié à l’île Maurice en 1803, Sidner ou les dangers de l’imagination, l’auteur, Barthélemy Huet de Froberville (2) nous rappelle Werther. L’auteur fait découvrir ainsi la culture allemande au lectorat francophone de l’océan Indien. L’histoire du jeune Werther, très appréciée lors du siècle des Lumières a donc traversé les frontières. L’histoire de Sidner se déroule en Allemagne et aborde les thèmes chers à Goethe auquel Froberville dédie le roman épistolaire. L’écrivain allemand lui écrit et le félicite d’avoir « survécu » à son Sidner comme lui à son Werther. C’est la raison qui triomphe ; on sort grandi des épreuves de la vie et pas l’inverse.

 

Ich liebe die deutsche Sprache (« J’aime la langue allemande »)

 

Connaître l’allemand est un véritable atout pour se construire, s’épanouir et se former au dialogue interculturel. Cette langue nous donne envie d’explorer d’autres trésors de la culture allemande avec un beau voyage en perspective à travers Kant et Nietzsche, ses philosophes et Bach, Beethoven et Brahms, ses grands compositeurs ainsi que ses auteurs contemporains comme Herman Hesse, Günter Grass et Siegfried Lenz…

 

  • La légende inspire Heinrich Heine pour son poème Die Lorelei en 1824.
  • Barthélemy HUET DE FROBERVILLE, Sidner ou les dangers de l’imagination, Editions de l’Océan Indien / ARS Terres Créoles, 1993 (« édition princeps »1803).

 

 

Sources

 

FOUQUERAY Bernard. La dalle de la réconciliation franco-allemande. La plume de l’Ange, décembre 2013, n°2

JOYE Sylvie. Implacables et inoubliables Nibelungen. Historia, Mythes et légendes du Moyen Âge, janvier 2019, n°45

MILLOT Lorraine. Siegfried, entre donjons et dragons, Libération, mars 2002, n°6486

L’allemand, une langue bien plus recherchée que l’espagnol. Les Echos Start, 2018. Disponible sur : https://start.lesechos.fr/travailler-mieux/recrutements-entretiens/lallemand-une-langue-bien-plus-recherchee-que-lespagnol-1176009

Une langue intéressante. Allemagne faits et réalités, 2020. Disponible sur : https://www.tatsachen-ueber-deutschland.de/fr/la-culture-et-lart/une-langue-interessante

 

Janvier 2023

 

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