R.D.

Une simple jeep, rudimentaire, en tôle dure et aux angles rugueux avance lentement et inexorablement, seule, têtue, s’incrustant à l’écran sur fond de routes familières que nous reconnaissons au fur et à mesure. La jeep, elle, reste étrange, comme si chargée d’une mystérieuse mission.

À son bord, quelqu’un qui n’appartient déjà plus aux proches qui l’ont tant chéri, qui est même plus des nôtres aussi, bien pauvres que nous sommes maintenant de l’avoir perdu et nous demandant où alors s’arrêter pour nous faire partager sa flamme et sa simplicité.

Mais aujourd’hui, il n’a presque plus le temps de s’arrêter, indifférent aux quelques arrêts où il laisse, impassible, recueillement, émoi, quelques pleurs, tristesse et respect. Et il avance, serein, prêt, comme toujours, à faire face.

Arrivé enfin, il se transpose dans son sarcophage de vieux et vénérables troncs, maintenant abattus comme lui, mais dignement entreposés sur lui comme ses frères d’armes. Pressé encore et toujours, sans attendre, son bûcher s’enflamme et ses derniers souvenirs montent enfin dans les volutes de fumée qui tournoient quelques instants encore avant de disparaître.

Merci, Monsieur, du souvenir que vous nous laissez de votre ultime et simple voyage. Qui gardera au chaud tous nos autres riches souvenirs de vous et qui nous indiquera aussi le chemin, le jour venu.