- Publicité -

(Covid-19) Dr Gujadhur : « Ce qui nous attend dépend entièrement de notre comportement »

L’ancien directeur des Services de la Santé, le Dr Vasantrao Gujuadhur est loin d’être tendre envers le ministère de la Santé qui, dit-il “a très mal géré la deuxième vague de Covid-19, l’an dernier, avec pour résultat, que nous nous sommes retrouvés avec une troisième vague et de nombreux décès, dont un nombre important était Preventable. Les zones rouges, les restrictions, les quarantaines : rien n’a été efficace. Le virus a continué à circuler !” En ce début d’année, il revient sur la “gestion lamentable du MOH, l’an dernier” et aborde les “mesures à prendre pour que 2022 ne nous éclate pas à la figure.” Il fait remarquer que “durant ces deux premières années de crise sanitaire mondiale, les autres priorités du secteur de la Santé ont été partiellement reléguées au second plan tout en soulignant l’urgence de renforcer et Upgrade certains services de la Santé.

- Publicité -

Quel regard jetez-vous sur l’année écoulée et la crise sanitaire dans le pays ?

Pour moi, la gestion du Covid-19 par le ministère de la Santé a été catastrophique ! La deuxième vague a débuté le 5 mars avec des cas détectés au sein d’une compagnie locale. Puis, nous avons eu les Clusters, notamment avec les réceptions, fêtes, mariages et autres. Ce qui est très regrettable, c’est que, à mesure que le nombre de cas augmentait au sein de la communauté, nous ne savions toujours pas qui était le patient zéro pour cette deuxième vague et comment le virus avait été transmis, d’autant que le pays était Covid-Safe depuis mi-2020. Même aujourd’hui, on n’en sait toujours rien !

Pourquoi dites-vous que la gestion était catastrophique ?

Parce que rien de ce qui a été mis en place ne s’est révélé efficace ! D’abord, le gouvernement décrète un lockdown à la mi-mars. Le lendemain même, plusieurs personnes avaient leurs WAP et circulaient à travers le pays ! Ensuite, la Santé est venue avec le système de délimitation de zones rouges, pensant restreindre le mouvement des personnes se trouvant dans des zones infectées. Mais malgré cela, le virus continuait à circuler ! À un moment, toute l’île Maurice était devenue presque une zone rouge : les infections étaient décelées dans les quatre coins du pays. Plus personne n’était à l’abri. Si ce n’est pas une gestion catastrophique…

De même, quand est venu le projet de traiter des patients chez eux, quand on s’est retrouvé avec les hôpitaux nationaux débordés, l’idée de Self-Isolate et que des professionnels viennent les soigner, s’est révélée un bide ! Combien de patients sont décédés en attendant l’arrivée des DMU ou d’autres soins urgents ? Combien de vies auraient pu être sauvées, si on n’avait pas eu ces lacunes ? Malgré tout ce qui a été mis en place, l’an dernier, on continuait à enregistrer de nouveaux cas de contamination. Rien de ce qui était mis en place ne parvenait à contenir l’épidémie ! Voilà pourquoi je dis que cela a été une gestion catastrophique.

Que doit-on retenir de ces erreurs, cette année ?

Il faudra surtout être proactif et anticiper. Notre système de santé a déjà crashed avec les manquements avérés de l’an dernier. Nos unités, surtout nos ressources humaines, sont largement impactées. Il convient donc de Upgrade et de consolider ces services. La Communicable Diseases Control Unit est l’épine dorsale à cet effet. C’est l’unité qui exerce la surveillance des maladies comme la dengue, la grippe, la conjonctivite, la gastro, pour ne citer que celles-là, et qui sont courantes à Maurice.

Dans le même registre, nos services de laboratoire sont également vitaux. Les raisons pour lesquelles je dis cela, c’est parce qu’avec l’été et le réchauffement climatique, nous allons faire face à l’émergence de nouvelles maladies, ainsi que la résurgence de pathologies déjà existantes. Déjà, là, on est en plein été tropical. Et comme on le sait, ici on est dans la saison des grosses pluies, des cyclones, de l’eau qui s’accumule, des moustiques qui prolifèrent…

Quand j’étais le directeur de la Santé, je mettais en place des comités inter-sectoriels avec les différents ministères. Il nous faut anticiper l’arrivée et l’augmentation des maladies – les Vector-Borne Diseases et les Water-Borne Diseases, en l’occurrence. Maintenant, avec la prévalence du Covid-19, depuis ces deux dernières années, il convient donc d’être plus performants. Parce que ces départements vont être davantage sous pression. D’autant que tant pour la dengue que le Covid-19, les vérifications se font par des tests PCR. Donc, il faudra absolument Upgrade ces services si on ne veut pas être à la traîne. Pour les labos, par exemple, il faudrait penser à recruter davantage d’immunologues.

2021 a-t-elle été une année de ratages et d’erreurs ?
Certainement! Si nombre de pays comme La Réunion, Madagascar, l’Allemagne, entre autres ont fermé leurs frontières avec nous, c’est parce que pendant trop de temps, nos autorités n’ont pas brossé un tableau réel de la situation ! D’ailleurs, les chiffres mêmes de l’OMS et ceux du MOH attestent de cette lacune grossière.
Par exemple, pour la période de mars 2021 au 27 décembre dernier, la Santé fait état de 23 251 cas recensés à Maurice, tandis que pour l’OMS, pour la période de mars 2020 au 27 décembre dernier, l’organisme fait état de 69 929 cas !

Il ne faut pas oublier que, l’an dernier, les autorités ont préféré maquiller les chiffres pour faire que les conditions paraissent appropriées en octobre pour favoriser la réouverture des frontières. Dans le sillage, les gens ont été bernés par de statistiques maquillées, et résultat, il y a eu ce relâchement de la part de la population. Ce qui a, durant les dernières semaines d’octobre et début novembre, fait qu’un taux record de contamination a été enregistré. Et, par incidence, le nombre de morts était terrible !

Et pour corser la donne, nous avons eu le scandale du Molnupiravir et les appels au secours à la France, pour un audit total de nos prestations, ainsi que du renfort en termes d’oxygène et de formation. Une telle situation survient quand on est pris totalement de court, par manque de vision et de préparation.

Quelles sont vos appréhensions pour cette nouvelle année ?

En me documentant, justement, je suis tombé sur un article où il est mentionné que, en Europe, la pandémie, depuis le début de l’arrivée du Covid-19, a fait plus de 100 millions de cas. Et rien que durant ces sept derniers jours, 4.9 millions de cas ont été détectés. Il y a fort à parier qu’il y a dedans une large quantité de cas causés par le variant Omicron. Or,nous à Maurice, recevons beaucoup d’Européens. Dans ce sens, il faut absolument s’y préparer bien à l’avance, d’autant que le gouvernement a annoncé la reprise des classes en présentiel pour très bientôt…

L’autre appréhension concerne la campagne de vaccination. Elle se déroule plutôt bien mais la stratégie n’est pas bonne. Je m’explique : dès le départ, même si l’accent a été mis sur les personnes âgées et vulnérables, un grand nombre de personnes âgées ne sont toujours pas vaccinées ! Entre-temps, de jeunes adultes, eux, ont été doublement vaccinés et font leur Booster Dose actuellement. Tandis que nombre de personnes âgées ne sont pas protégées.

Ce que je redoute, c’est qu’une vague d’Omicron, par exemple, qui se propage très rapidement, fasse des dégâts…

Quels sont vos conseils à la population ?

Nous sommes encore et toujours en pleine pandémie. Et nous n’avons, à ce jour, aucun médicament qui nous protège à 100 pour cent contre ce virus. Ce qui nous attend dépend entièrement de notre comportement : si on continue à respecter les consignes sanitaires, pratiquer les gestes barrières, porter les masques correctement, se faire vacciner, et avoir des attitudes responsables, cela nous permettra de nous protéger et de protéger nos proches.

Le vaccin est ultra-important pour les personnes âgées, mais aussi les plus vulnérables, celles qui ont des comorbidités, des pathologies diverses, les personnes qui sont immunodéprimées, entre autres. Je fais remarquer que là, puisque nous portons tous des masques, le taux de personnes grippées n’est pas fort. Mais si jamais il nous arrive, pour une raison ou une autre, comme d’avoir de mauvaises informations à l’effet que le Covid-19 n’est pas présent, alors qu’il l’est, cela sera néfaste dans l’ensemble !

Quel est le Way Forward sur le plan mondial, en ce début d’année ?
La communauté scientifique planche certainement sur, d’une part, un vaccin qui permettra de nous protéger à 95%, comme ceux contre la polio et la rougeole. Et de l’autre, je pense qu’on aura des médicaments qui permettront de traiter le Covid-19. Ne perdons pas de vue le fait que l’apparition du variant Omicron dans des pays pauvres, et les ravages qu’il cause dans les pays riches, où il bouleverse toutes les données, donnent à réfléchir.
L’OMS a demandé que les pays riches, qui représentent 10 % de la planète, viennent en aide et soutiennent les pays pauvres. Cela tant dans l’élaboration et la disponibilité des médicaments, que pour la distribution des vaccins. Ce n’est que de cette manière qu’on parviendra à protéger la planète entière, pendant qu’un vaccin et des médicaments efficaces soient élaborés et distribués de par le globe.

- Publicité -
EN CONTINU

l'édition du jour