PADMA UTCHANAH

Le tandem Bonieux–Wong représente l’osmose artistique entre deux créateurs mauriciens. Ils nous avaient invités à L’Atelier Galerie Lappelier dans le 11ème arrondissement de Paris. Le carton d’invitation virtuel était frappé de la thématique « DE L’ILE MAURICE À PARIS ».

L’œuvre de la créatrice Geneviève Bonieux orne la devanture de la vitrine de la galerie. « GENÈSE DE L’ÎLE MAURICE » se lit comme une partition. Une expression poétique se dégage du double paravent composé de six panneaux, la rencontre idyllique entre le volcan et la mer. Une chorégraphie de toute beauté de la biodiversité marine. Et si la Genèse de Mauritia avait pris forme sous un air de la musique du Lac des cygnes de Tchaïkovski !

Pour sa part, Didier Wong, artiste engagé dans le politiquement incorrect, nous dévoile son dernier tableau « Beware of Chatwas ». « Intégrité leads to trust » nous encourage à réfléchir sur le devenir de notre pays. Ce tableau me transporte vers la chose politique, le « chatwa » (suiveur) se déclinant en plusieurs couleurs…

L’autre ouvrage de Wong ayant capté mon attention lors de cette exposition est « Life, colours and love matter ». Ce professeur d’arts appliqués saisit son pinceau pour pointer du doigt le racisme systémique. Et ce, en s’inspirant du phénomène Black Lives Matter, mouvement ayant pris naissance aux États-Unis par la communauté afro-américaine pour dénoncer les violences policières envers les personnes racisées. En m’attardant sur ces deux tableaux de l’artiste-peintre, je repense à une déclaration faite par Picasso au moment de présenter Guernica à l’exposition universelle : « Non, la peinture n’est pas faite pour décorer les appartements; c’est une arme offensive et défensive contre l’ennemi. »

Un ennemi invisible a foudroyé le monde entier, la Covid-19, contraignant ainsi la population à se couper du monde extérieur. Comme une guerrière, Geneviève Bonieux a voulu terrasser cette chimère par l’entremise d’une allégorie. « La guerre de la pandémie » raconte une Déesse de la Guerre « chevauchant un pangolin, jonglant avec les virus en les brandissant comme des masses d’armes… ». Une représentation d’une Déesse de la paix, « une soignante, défend la Terre en faisant exploser les virus en tirant dessus ». Quant à un autre Dieu, il « mène les recherches scientifiques dans son laboratoire ». Cela en dit long, car plus d’un an après la pandémie, l’Inde a basculé dans des scènes apocalyptiques, où des morts se comptent par dizaines de milliers.

Des œuvres de Bonieux sont exposées dans les musées en Italie, en Slovénie et au musée de la Halle Saint-Pierre à Paris. Elle a à son actif de nombreuses expositions: France, Allemagne, Maurice. Cette plasticienne a consacré 50 ans de sa vie à l’art. Elle utilise un procédé moderne, employé dans le milieu aéronautique. Ses paravents sont en fibre de verre et en résine. Dans la série « Les madones » elle utilise des bonbons pour mettre en avant la maternité, un thème qui l’inspire, c’est sa madeleine de Proust.

Didier Wong, lui, n’en est pas à son premier évènement. Paris, Toulouse, Lille, entre autres, ont accueilli les œuvres de l’artiste. Il a également exposé chez un amateur d’art ainsi qu’à la Galerie du CROUS (espace culturel universitaire). Et si la toile de Wong « Miss You Barack » se regarde dans un rétroviseur, de 2009 à 2021, c’est qu’il utilise un procédé original, le palimpseste, un travail de couches, d’effacements; effacer pour mieux révéler. La genèse de Wong, là où tout a commencé, la naissance d’un artiste…