ABDALLAH GOOLAMALLEE
Citoyen mauricien et chargé de cours
en communication à la Curtin University

Le cas des deux pilotes mauriciens, des ex-lauréats, ‘déchus’ à la suite de l’effondrement d’Air Mauritius, compagnie aérienne qui avait été placée sous administration volontaire, a interpellé toute une population. Et ce, en particulier dans le contexte de la proclamation des lauréats du Higher School Certificate. D’une part, ces derniers étaient célébrés et d’autre part, ces deux ex-lauréats qualifiés et compétents partageaient leur douleur d’avoir été victimes de l’incompétence accrue d’un système qui a duré des décennies.

Le facteur humain

Je ne connaissais pas tous les 18 pilotes qui se sont retrouvés sans emploi mais que deux d’entre eux, qui étaient des anciens boursiers de l’État. Cela faisait un moment que je savais qu’ils étaient dans cette difficile situation. En ma qualité de chargé de cours à la Curtin University, je procède à la formation des étudiants pour qu’ils soient performants académiquement, l’objectif étant qu’ils puissent rencontrer du succès sur le marché du travail. Mais je m’étais résigné au premier abord, dans le contexte de la pandémie de Covid-19 – qui a créé un déséquilibre sur le plan global – que se retrouver sans emploi semblait être inévitable en tant que « collateral damage ». Je songeais même que malgré toute bonne volonté, on ne pouvait rien faire, qu’on devait être dans l’acceptation…
Les deux pilotes en question se sont exprimés avec raison sur plusieurs médias. Ces fils du sol ont fait part de leur situation navrante, ont poussé un cri de cœur sans s’inscrire dans la démagogie. Beaucoup de commentateurs ont oublié que nombre de pilotes sans emploi ont été des frontliners. Ils ont consenti à des sacrifices pour aider leur pays pendant la crise sanitaire. Appelés à opérer des vols sur une base humanitaire et dans le contexte de rapatriements à préavis court, et ce, à plusieurs reprises, ils ont mis leur santé et celle de leurs proches en péril, à un moment où ils n’étaient pas encore vaccinés. Ils ont malgré tout accompli leur devoir en tant que patriotes avec une fierté certaine pour aider le pays à faire face à une crise sanitaire sans précédent.
Cela m’a interpellé. Nous vivons dans un monde où l’humain tend à être rétrogradé aux dépens du matériel. Au final, en ce monde-là, pour moi, l’humanisme et le patriotisme doivent primer. La réussite d’une société est fondée sur des valeurs. Le conseiller du Premier ministre Ken Arian et moi-même avons collaboré dans le passé. Je me suis permis de faire appel à lui par delà l’avalanche de critiques qu’il recevait dans les médias. Et ce, dans le contexte d’une décision humanitaire qui devait être prise. J’ai parlé à Ken Arian et je l’ai convaincu de tenir un meeting privé avec les deux pilotes, et que je m’occupais de la médiation. Nous étions en plein Watershed Meeting. Rendez-vous pris, à quatre, on a discuté et tenté de trouver des avenues pour les pilotes. Des propositions ont été émises. Ken Arian a été réaliste vu que Air Mauritius était alors toujours sous administration volontaire, et proactif, pour dire de lui donner deux jours en vue de parvenir à une solution. Effectivement deux jours après, avec l’intervention du Premier ministre, tous les 18 pilotes ont réintégré leurs postes au sein de la compagnie aérienne nationale.