DR DIPLAL MAROAM 

Un peu plus d’une année après la dernière consultation populaire, octroyant à Pravind Jugnauth sa légitimité premier-ministérielle tant recherchée, l’échiquier politique est entré de nouveau en effervescence. Il va sans dire qu’un gouvernement anesthésié manifestement par sa victoire de novembre 2019 et refusant d’entendre la résonance de la rue qu’il met sur le compte de « la frustration de l’opposition suite à sa raclée électorale », mérite un sérieux recadrage afin de le remettre sur les rails de la réalité. Certes, l’opposition a son agenda propre à elle mais il ne faut surtout pas le confondre avec celui de la population. En effet, assommé déjà par les effets désastreux de la COVID-19 répercutés, dans une grande mesure, par la hausse considérable du coût de la vie, le peuple ne peut que constater avec dédain cette démonstration insolente de la richesse par un segment de privilégiés, accentuant ainsi la perception d’une société à deux ou plusieurs vitesses. Alors que les fléaux du favoritisme et du népotisme ont pris une ampleur jamais atteinte jusqu’ici, des informations qui surgissent ces jours-ci concernant l’octroi des contrats publics font froid dans le dos.

Si Nando Bodha a claqué la porte du pouvoir pour exprimer sa désapprobation à l’égard – éventuellement – de cet état des choses ; pour briser la léthargie du gouvernement afin qu’il se mette au diapason des préoccupations de base du citoyen lambda ; pour inverser cette tendance affreuse, semble-t-il, à la procrastination de la part du PM, il aura alors agi en véritable visionnaire et homme d’État. Mais s’il a choisi de répondre uniquement aux sirènes de l’opposition pour satisfaire une ambition politique personnelle, concevant que l’herbe est plus verte ailleurs, il aurait alors pris un risque surestimé, mettant en jeu un long et riche parcours politique. Car « faire partir Pravind Jugnauth » ne constitue pas en soi un projet de société digne de ce nom. Le peuple attend d’un gouvernement alternatif responsable des propositions concrètes pour faire repartir une économie en berne afin de renouer avec la création d’emplois en cette période morose de crise sanitaire et d’améliorer son pouvoir d’achat ; des propositions afin d’en finir avec la politique de petits copains en vue de rétablir la méritocratie partout et sans exception aucune ; de casser les reins à la mafia de la drogue qui a considérablement étendu ses tentacules ces derniers temps et de restaurer la situation de law and order qui s’est complètement dégradée face à une police sans âme, démotivée et amorphe.

Sur le plan strictement politique, la question que l’on se pose : le changement de camp de Nando Bodha aiderait-il réellement à stabiliser une opposition aussi disparate qu’incongrue ? Pas si sûr. Certes, le curseur de la dynamique est clairement dans le camp de l’opposition – et si le PM ne change pas son fusil d’épaule dans le but de briser ce « pouvoir cadenassé » qui l’emprisonne, la tendance irait en s’accentuant – mais le leader du PTr, rusé comme un renard qui attend patiemment son heure, ne laisserait certainement pas filer l’opportunité qui se présente. Finalement, si la quête du pouvoir incite toujours à la combinaison et aux permutations politiques qui conviennent le mieux aux partis, le plus grand perdant n’est autre que le peuple qui, entre deux élections, attend toujours un peu plus de sérénité et un climat apaisé pour pouvoir vaquer à ses préoccupations journalières.