La Banque mondiale a, par le biais de son Country Economic Memorandum, publié cette semaine, effectué une radioscopie complète de l’économie mauricienne, retraçant le chemin parcouru par le pays depuis son accession à l’indépendance jusqu’à l’obtention de son rang parmi les pays à revenus élevés le 1er octobre de l’année dernière. C’est en gardant en tête ce nouveau statut de Maurice, acquis à un moment où l’économie mondiale passait par une des crises les plus importantes depuis la Seconde Guerre mondiale, que la Banque mondiale a mobilisé une équipe d’experts internationaux afin de décortiquer dans les moindres détails la situation économique du pays.
Il est nécessaire, par conséquent, de lire ce rapport avec lucidité et intelligence, et accepter, comme un pays ayant atteint l’âge de raison, les critiques sans aucune amertume et arrogance ou comme un moyen politique pour acculer le gouvernement. Comme le souligne le rapport, il s’agit d’utiliser la crise actuelle comme un « wake up call » pour relever les défis de longue date de la croissance inclusive, pour débloquer les investissements, restaurer la compétitivité, maintenir l’inclusivité et « faire plus avec moins ». C’est à ce prix que Maurice pourrait accélérer sa reprise et sortir de la tempête plus forte qu’auparavant.
Ce que propose en gros la Banque mondiale, c’est la mise en place de mécanismes qui garantissent un dialogue continu avec les parties prenantes. Elle insiste sur l’importance d’un suivi, d’une évaluation des progrès, d’une définition claire des priorités du moment et d’une ouverture d’esprit pour changer de cap là où c’est nécessaire pour que le pays réussisse. Les Mauriciens ont déjà montré à maintes reprises, à travers leur riche histoire, qu’ils ont la capacité de bien faire lorsqu’ils travaillent ensemble pour un objectif commun, insiste la Banque mondiale. Cette dernière reconnaît que Maurice a, au fil des années, connu une croissance économique partagée qui aura permis à la plupart de la population de sortir de la pauvreté et de créer une grande classe moyenne.
Elle félicite Maurice pour sa gestion de la crise liée au COVID, qui a permis d’éviter une crise sanitaire à grande échelle comme cela a été observé dans de nombreux pays. Elle souligne cependant que le coronavirus a provoqué de graves perturbations économiques à Maurice, avec une chute de 14,9% du PIB en 2020, alors qu’une croissance de 3 à 4% est attendue cette année. Ce qui fait que le pays a connu la plus forte perte de PIB à cause du COVID en Afrique.
Toutefois, la Banque mondiale ne passe pas par quatre chemins pour reconnaître que de graves fissures structurelles ont commencé à apparaître dans les fondements du modèle de croissance à long terme de Maurice bien avant le COVID. Elle relève plusieurs défis interdépendants qui ont apparu durant la dernière décennie : une trajectoire de croissance de plus en plus tirée par la consommation alors que les investissements étaient en baisse et que la productivité du capital stagnait ; une perte soutenue de la compétitivité globale des exportations ; l’incapacité de développer ou d’intensifier rapidement de nouvelles activités en fonction de l’avantage comparatif et évolutif du pays ; une population vieillissante et des frictions croissantes sur le marché du travail, des inégalités de revenus du travail, et l’exclusion en particulier des femmes et des jeunes peu instruits.
Elle constate également des déficits budgétaires continus combinés à des effets de croissance limités des dépenses publiques. Ce qui a donné lieu à une augmentation des niveaux de la dette publique par rapport au PIB. À l’instar du FMI, la Banque mondiale critique les transferts effectués de la Banque de Maurice pour financer le budget. Ce qui pourrait affecter la crédibilité de la politique fiscale et monétaire. Elle souligne finalement que le système de protection sociale ne peut être maintenu que si l’efficacité des dépenses est accrue grâce à un meilleur ciblage de ceux qui en ont besoin.
Ce n’est pas un hasard si cet important document a été publié avant la présentation du budget 2021-2022. Il y a suffisamment de “food for thoughts”. Est-ce que les commentaires qu’il contient seront pris en compte par le ministre des Finances et le gouvernement ? Le regard des institutions internationales est désormais fixé sur nous.