DR DIPLAL MAROAM

Le tollé soulevé l’an dernier par le critère intérimaire des 4 Credits pour l’accession au Grade 12 laissait déjà présager les diverses réactions que le rehaussement de ce critère à 5 Credits cette année allait susciter. Mais quoi qu’il en soit, dans les circonstances actuelles, cette décision du gouvernement ne peut être qualifiée de déraisonnable. Car, dans ce monde de plus en plus compétitif, l’objectif ne peut être autre que la qualité, l’excellence même. Or, que la valeur éducative dans son ensemble s’effrite de jour en jour chez nous n’est un secret pour personne. Chez les jeunes, par exemple, la culture de lecture n’existe pratiquement plus et l’expression orale et écrite laisse beaucoup à désirer. Bref, les conditions de base pour faire « de Maurice un pays du savoir, de talents et de l’innovation » comme le préconise le manifeste électoral de l’Alliance Morisien de novembre 2019 étant manifestement absentes, il était grand temps alors de prendre le taureau par les cornes afin de rectifier le tir.

D’autre part, qu’on le veuille ou non, la pandémie de Covid-19 a fait remonter à la surface la fragilité de quasiment toutes nos institutions – qui n’ont connu aucune restructuration majeure, si ce n’est que du colmatage piece meal, ces dernières décennies. Et l’éducation ne fait pas exception à la règle. À l’instar de la santé ou la justice, le système éducatif est devenu, au fil des ans, une histoire de gros sous, cela sans que les autorités concernées ne lèvent le petit doigt pour mettre un frein à cet abominable état des choses. Prenons, par exemple, le cas des leçons particulières aussi appelées cours de garage. Alors que le programme scolaire – qui doit impérativement inclure des activités non-académiques telles la danse, le sport, le théâtre, la musique, etc, est élaboré pour être accompli durant les heures de classe –, les abus accumulés pendant des décennies et qui n’ont jamais été rectifiés ont fini par acquérir un caractère habituel. Des salles de classe sont même mises à la disposition des enseignants pour des cours payants alors que notre Etat-providence préconise justement l’éducation gratuite et obligatoire jusqu’à l’âge de 16 ans.

Certes, tout système éducatif digne de ce nom doit toujours prendre des dispositions à l’intention des slow learners pour lesquels des cours de rattrapage sont destinés mais toute une classe ne peut être contrainte de jouer les prolongations après les heures normales sauf s’il y a de gros intérêts pécuniaires en jeu. L’actuelle titulaire du portefeuille de l’Éducation dans le gouvernement, elle-même ancienne pédagogue a, pendant des années, exercé au sein du présent système dont les rouages lui sont très familiers. Quel changement peut-il alors en être question ? Idem pour le responsable de ce dossier au sein du parti Travailliste. En effet, un député rouge et pédagogue a avoué sur les ondes d’une radio privée, toujours donner des leçons particulières en anglais et General Paper. Quel pédagogue prendrait donc le risque de revoir le système dépassé du HSC que même les Britanniques ont abandonné depuis belle lurette ?

  Le Premier ministre d’alors, Navin Ramgoolam, avait sans doute de solides raisons pour ôter, après une année, le ministère de l’Éducation à feu James Burty David, pédagogue invétéré et qui avait été nommé à ce poste après les législatives de décembre 1995, pour le confier à Kadress Pillay, ancien directeur de l’Audit. Un White Paper très élaboré préconisant la réforme en profondeur de tout le système, du pré-primaire au tertiaire, avait été préparé par le nouveau ministre et publié en septembre 1997. Or, suite à la défaite des Rouges aux législatives de septembre 2000, ce projet avait été rangé au placard, ce même si certaines mesures qui y figuraient comme la construction des écoles, l’introduction des Form VI Colleges, avaient été reprises par le nouveau pouvoir. Alors que l’éducation constitue un domaine essentiel qui doit demeurer au-dessus de la politique politicienne, il est vraiment déplorable qu’à Maurice, à chaque changement de régime, nous retombons toujours au même point de départ. Ainsi, si les décisions qui s’imposaient avaient été prises au moment opportun, toute cette polémique autour des 5 Credits n’aurait certainement jamais surgi.