NISHAL JOYRAM

« L’école reste un lieu sûr ! » Ainsi conclut la ministre, alors qu’à côté, à La Réunion, les enseignants évoquent une grève pour non-respect des protocoles concernant la rentrée.

NISHAL JOYRAM
Enseignant

Mais sur quoi cette conclusion de « lieu sûr » est-elle basée ? Sur des études scientifiques ? Sur les fabulations d’un esprit fertile ? Ou d’une ingéniosité saugrenue servant à masquer l’incapacité de gérer une situation déjà hors de contrôle et dont les compétences étrécies ne permettent pas d’envisager un plan B.  Je vous laisse le soin d’en juger. Mais permettez-moi d’abord, de vous préciser ma position.

Il est temps que nous apprenions à vivre avec la Covid. L’apprentissage interrompu en parallèle avec la santé et la sécurité des enfants devrait être notre souci premier. Avons-nous cela en ligne de mire ? Faisons-nous les choses correctement ? À mon humble avis fondé sur les observations et les faits recueillis, cette pseudo situation sous contrôle est due à trois choses :

1. De la chance ;

2. L’autruche que nous faisons ;

3. La dissimulation de données .

Voyons les faits :

Les écoles sont ouvertes vraisemblablement sur les recommandations de l’UNESCO et l’UNICEF. Un rapport qui préconise que « schools should be the first to open and last to close ». Peu ont été les Mauriciens qui y ont cru, et à écouter la réaction des parents sur les ondes des radios privées, il semblerait, à première vue, que ce rapport défie toute objectivité.

Ces recommandations, je les ai lues, sont les plus réfléchies. Mais une lecture partielle, tout comme dirait le dicton « Le savoir, à petites doses, est dangereux », demeure aussi dangereuse.

Pourquoi ce rapport est-il important ? Il fallait à un certain moment établir les protocoles d’ouverture pour des pays, comme le Bangladesh, qui sont restés fermés depuis février 2020. Et pour ceci les recommandations sont claires ;

1. L’ouverture devrait se faire après une évaluation du niveau de propagation du virus dans chaque pays ;

2. La propagation est catégorisée comme suit :

(a) Zéro cas – ce qui implique qu’il n’y a pas de cas enregistré ;

(b) Par intermittence – des cas sont relevés çà et là, mais la situation reste sous contrôle ;

(c) Par Cluster – la contamination est localisée et peut être contenue dans une certaine région ;

(d) Communautaire – les cas sont éparpillés et le pays en général est sous la menace.

Pour les trois premières, l’ouverture des écoles est envisageable sous certaines conditions spécifiques à chaque catégorie. Mais pas pour le quatrième. Dans quelle catégorie se situe-t-on ?

3. Il faut aussi s’assurer que les protocoles sanitaires stricts soient respectés. Le rapport souligne que l’eau courante pendant toute la journée est un must. Or, il semblerait que dans beaucoup d’établissements scolaires, l’approvisionnement en eau est interrompu pendant la journée. Violation directe du protocole. Il ne faut pas s’étonner car selon le grand calife, l’eau 24/7 ne veut pas dire 24/24 sur 7 jours !

4. Et le plus important, l’UNESCO et l’UNICEF recommandent un suivi psychologique à tous les acteurs du système éducatif : parents, élèves et personnel enseignant et non enseignant.

Il est à noter qu’aujourd’hui l’apprentissage ne prend pas place dans les meilleures conditions. Parents et enfants vivent dans une angoisse permanente.  L’idéal aurait été d’attacher au moins un psychologue à chaque école. Faute de cela, une intervention régulière des techniciens de l’éducation dans les médias aurait pu apaiser la tension. Mais la ministre de tutelle n’aurait fait que deux interventions qui n’ont nullement séduit. La première était à sa sortie du tribunal pour évoquer le rapport de l’UNESCO et de l’UNICEF et la deuxième pour nous dire que l’école demeure un lieu sûr.

Comment l’école est-elle restée un lieu sûr ? Comment il n’y a pas eu de cluster ‘École’ même si des personnes positives s’y sont rendues ? Tout simplement parce que dans beaucoup de cas des tests PCR n’ont pas été effectués. L’auto-isolement a été recommandé. Donc, pas de tests implique nécessairement pas de contaminations ! Même si potentiellement des personnes positives sont dans la nature.

Nous espérons que la chance continuera à nous sourire et que nous ne nous retrouverons pas comme dans certaines villes aux États-Unis, avec plein de personnes vaccinées aux soins intensifs.

D’autre part, je suis choqué d’apprendre via une question parlementaire que le ministère ne s’est pas penché encore sur la façon dont les classes perdues seront rattrapées. Notons que le premier trimestre tire bientôt à sa fin. Plus le temps passe, plus il sera difficile de maintenir la fin de l’année scolaire à avril 2022. En plus du calendrier échelonné rendant le premier trimestre non productif, s’ajoutent les perturbations dues aux fermetures et réouvertures des écoles ainsi que le stress psychologique.

 Aujourd’hui il semblerait que toutes propositions faites pour les cours en ligne standardisés ont été mises de côté.  Les enfants restent un jour sur deux à la maison sans qu’il y ait de plan pour que les études ne soient pas interrompues. Jusqu’à l’heure, beaucoup d’enfants n’ont toujours pas reçu leurs livres scolaires pour certaines matières. Donc, même s’ils le veulent, ils n’ont aucune ressource pour s’instruire les jours où ils ne se rendent pas à l’école. Si on continue à ce rythme, on risque dans un avenir proche, de retrouver nos enfants en âge de se marier, toujours en cycle primaire…