ALAIN JEANNOT

Dans les précédents articles de la série « Église et Agriculture », il a été question de la contribution des premiers prêtres lazaristes et celle de l’intendant Pierre Poivre. Le troisième propose de faire connaissance avec un des trois religieux dont les noms figurent sur l’Obélisque Liénard, érigé au 19e siècle au Jardin botanique de Pamplemousses (SSR), pour honorer la mémoire « des citoyens qui ont bien mérité de la colonie en y introduisant des végétaux utiles » (1). La citation de Bernardin de St-Pierre, « Le don d’une plante utile me paraît plus précieux que la découverte d’une mine d’or, et un monument plus durable qu’une pyramide », inscrite sur le monument, donne le ton à leur contribution inestimable.

Qui d’entre nous débute sa journée sans une bonne tasse de thé ? Celui qui lève la main est l’exception qui confirme cette règle culturelle mauricienne !Comme de nombreux compatriotes, je ne dirais pas non à “enn bon dite ek dipin diber banann” en guise de petit-déjeuner. D’ailleurs, en 2018, des 9 526 tonnes de thé, noir et vert confondus, seules 32,7 ont été exportées pour la somme de Rs 11,3 millions. Le reste a été consommé localement. (2)

Or, le thé fut introduit par l’Abbé René Galloys. Ce prêtre conventuel de l’ordre de Malte, naturaliste du roi et aumônier, est né à La Flèche, France, en 1723. Son père était médecin. Il avait le goût du voyage et un vif intérêt pour la Chine. Il fut confié la responsabilité de ramener l’arbre à thé en France et dans les colonies.

Une première tentative en 1765 échoua, car la plante, qui lui avait été vendue dans l’empire céleste, ressemblait au thé (camelia sinensis), mais tel n’était pas le cas. Heureusement qu’il avait embarqué d’autres végétaux dans le bateau ! Cependant, le roi voulait sa plante de thé.

Ainsi, sous les directives de Pierre Poivre, il finit par mettre la main sur cet arbrisseau tant convoité lors d’un deuxième voyage en Chine en 1767. Il débarqua à l’Isle de France le 10 février 1769 du Berryer avec, à son bord, le thé et d’autres plantes qui agrémentent notre flore et nos assiettes jusqu’aujourd’hui.

Dans une lettre en date du 10 août 1769, adressée à Monseigneur le duc de Praslin, ministre et secrétaire d’État au département de la Marine, Pierre Poivre, alors intendant de notre île, colonie française à l’époque, témoigne des plantes que l’aumônier naturaliste introduit chez nous :

« Vous me recommandez par votre lettre du 15 avril de prendre le plus grand soin des plantes apportées par M. l’Abbé Galloys. Ces plantes sont cultivées soigneusement, elles réussissent très bien. Les principales et les plus utiles sont les thés, qu’il y a déjà dans l’île et qui ont donné fleur et fruit, l’anis étoilé, l’arbre qui donne l’huile de bois, le camphrier, presque tous les arbres fruitiers de la Chine. » (3) De ces arbres fruitiers de Chine, figurent les jujubiers de l’espèce de Nanquin (maçons), les longanes et les letchis, entre autres.

Ce cher René Galloys avait aussi dans ses bagages des animaux et des graines de toutes sortes, suivant les indications de Pierre Poivre dans une lettre que ce dernier lui avait adressée le 2 février 1767. (4) L’abbé Galloys redit l’âme sur une habitation qui lui avait été accordée à Moka, près du Réduit le 11 novembre 1772. Sa mémoire reste cependant toujours vivante dans notre tasse de thé et sa contribution est aussi verte que les feuilles de buis qui soulignent nos cours et nos jardins et qu’il nous a ramenées sur le Berryer

Comme quoi, l’Église n’invite pas qu’à prier, mais elle nous convie aussi à produire et à planter. Qu’attendons-nous pour faire de cette activité notre tasse de thé ?

Bibliographie

1. Lamy, Gabriela. Hommes, plantes et jardins entre l’île Maurice et le petit Trianon au milieu du XVIIIe siècle. https://chateauversailles-recherche.fr/IMG/pdf/lamy_g. _maurice_a_trianon_2020-3.pdf. [Online] 2020.

2. Mauritius, Ministry of Finance and Economic development Statistics. Digest of agricultural statistics 2018. 2019.

3. Morel, Jean-Paul. http://www.pierre-poivre.fr/doc-69-8-10.pdf. http://www.pierre-poivre.f. [Online] 2010.

4. Instructions pour l’abbé Galloys le 2 février 1767-Poivre au ministre. http://www.pierre-poivre.fr/doc-67-2-2.pdf. [Online]