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Élections municipales : le déni de démocratie

MANAND BULDAWOO

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Entrepreneur et citoyen engagé

Des rumeurs tendent à faire accroire que des élections municipales devraient bientôt avoir lieu. Voilà de bonnes nouvelles pour notre démocratie. Si l’on se réjouit que les députés peuvent questionner le fonctionnement du gouvernement et porter la voix de leurs mandants à l’Assemblée nationale, il y a des interrogations quant à la possibilité d’un fonctionnement similaire pour la démocratie locale.

La tenue des élections locales, municipales et villageoises, est souvent repoussée pour diverses raisons, et ceci peu importe le gouvernement central. Cela semble avoir peu d’impact sur la vie des citadins et l’administration des collectivités locales. Et pour cause, les réformes successives dans ces administrations les ont affaiblis et ont renforcé la mainmise du gouvernement.

Il est loin le temps où le maire d’une ville avait les coudées franches pour mener à bien un projet de développement de sa ville. Ne parlons pas des villages dont les conseillers ont depuis longtemps une connotation folklorique. Héritage de la colonisation britannique, les villes avaient une véritable autonomie avec un nombre d’élus qui étaient plus proches de leurs mandants. Ainsi, il y avait 30 conseillers à Port-Louis, 24 dans les autres villes, dont Quatre-Bornes où j’avais eu l’occasion et l’honneur de servir dans les années quatre-vingt.

Avec la réforme de James Burty David, on se serait attendu à une augmentation du nombre de conseillers allant de pair avec l’agrandissement des villes et l’augmentation de la population. Il n’en a rien été et au contraire on a vu une réduction du nombre de conseillers passant de 24 à 15 avec un redécoupage des arrondissements qui ont eu seulement trois représentants. Le nombre est depuis passé à quatre qui reste largement insuffisant.

À la différence des députés qui ont des bureaux pour les recevoir, les conseillers ont toujours eu un contact de proximité, connaissant les mandants et les recevant chez eux. Jusqu’en 2006, ils étaient là pour écouter les habitants de leur quartier, portant leurs doléances au conseil municipal et les aidant au quotidien. Aujourd’hui, peu de citadins connaissent leurs conseillers qui habitent de surcroît bien loin d’eux.

Ces conseillers ont, par ailleurs, peu de pouvoir pour faire avancer des dossiers aussi basiques que le ramassage des ordures. Les employés du service de la voirie, tout comme le reste de l’administration, sont recrutés par la Local Government Service Commission (LGSC) et payés par le ministère des Administrations régionales, et ne répondent pas aux élus.

Certes, on peut comprendre que la création de la LGSC répondait à un besoin de mettre fin à la politique de copinage et de corruption qui régnait auparavant dans certaines municipalités mais on est passé d’un extrême à l’autre et ce faisant, réduit les conseillers en de vulgaires des « rubber stamps ».

Les récentes réformes ont encore affaibli les municipalités qui sont désormais au même rang que les conseils de district n’ayant plus aucune autonomie financière avec le paiement des redevances à l’administration centrale. Une décision découlant des mêmes raisons évoquées plus haut mais qui annihile la démocratie régionale. Ainsi, il n’y a pas eu de relevé cadastral à Quatre-Bornes depuis des années. Cela représente un énorme manque à gagner. Les élus locaux sont au courant de cela mais ne peuvent faire avancer ce genre de dossier.

Aujourd’hui l’administration locale n’est pas du même bord politique que le gouvernement central, il n’est pas possible de faire avancer des projets. Désormais, tout passe par le National Development Unit (NDU) et le Citizen Advice Bureau (CAB). Ce qui amène à la question de l’échéance des élections régionales. On ne peut plus accepter des mandats de six ans, qui s’allongent au gré des aléas, politiques ou autres. Il faut que le mandat s’aligne sur celui du gouvernement central car des changements d’équipes sont contre-productifs dans le cadre actuel avec des clivages quand les deux administrations ne sont pas du même bord.

Si des réformes ne sont pas faites aux administrations régionales, les prochaines élections municipales ne seront qu’une formalité légale qui sera largement boudée par les citadins. C’est la démocratie qui en pâtira.

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