ALEXANDRE LARIDON

Une marche pacifique, organisée par Jean Bruneau Laurette, est prévue pour ce samedi 29 août. Celle-ci relève de la situation dans laquelle patauge le pays, c’est-à-dire dans une marée noire d’inquiétude à la suite de la mauvaise gestion de la catastrophe écologique causée par le vraquier MV Wakashio.

Une difficile situation qui se mêle à l’opacité entourant les contrats alloués par centaines de millions de roupies durant la COVID-19, suivi d’autres scandales dont le fameux St-Louis Gate. En d’autres mots, des gaffes qui n’en finissent plus ! Bref, nous assistons en ce moment à un ras-le-bol et une frustration de la population quant à la gouvernance et la gestion des affaires publiques, sociales, économiques, environnementales et politiques de ce pays par le gouvernement en place. D’où l’intérêt de part et d’autre de vouloir faire entendre leurs voix dans les rues de la capitale samedi prochain.

D’ailleurs, des mouvements syndicaux, ONG et des jeunes ont déclaré haut et fort leur soutien à cette démarche. Alors que l’appel à rejoindre cette mouvance inédite continue à être répercuté dans les médias, sur les réseaux sociaux ou encore de bouche-à-oreille, il était clair que même les trois partis de l’opposition parlementaire, en l’occurrence le Parti Travailliste, le MMM et le PMSD, allaient rejoindre le mouvement et apporter leur concours à cette initiative afin de condamner avec force les mesures répressives de ce gouvernement, comme l’avait ardemment lancé le leader de l’opposition, Arvin Boolell, depuis la semaine dernière et lors de la réunion tripartite à Ébène samedi dernier. Mais voyez-vous, c’est là où une certaine confusion, pour ne pas dire un amalgame, a commencé à émerger avec des commentaires de tous genres sur les réseaux sociaux ; surtout depuis que le « citoyen » Navin Ramgoolam a invité le public sur sa page Facebook à soutenir l’initiative de Bruneau Laurette.

Cependant, ceci n’est que le cadet de nos soucis. Là où le bât blesse par contre, c’est alors même que nous luttons pour que notre liberté citoyenne de s’exprimer ne soit plus bafouée par un État géré avec des germes de l’autoritarisme, certains commencent déjà à susciter une incohérence et à semer des doutes dans la tête des gens en percolant des arguments de Mathusalem sur certaines personnalités politiques de l’opposition pour qu’ils ne participent pas à la manifestation citoyenne de samedi.

Et ce, alors qu’il était clair dès le départ qu’il n’est pas question de politiser quoi que ce soit… Certains tentent même d’imposer publiquement que X ou Y ne soient pas présents lors de cette manifestation pacifique – en d’autres mots leur enlever leur liberté de soutenir, de s’exprimer, d’agir et de réagir – alors que nous demandons que notre démocratie soit restituée. Un peu contradictoire tout ça, me diriez-vous.

Eh oui ! À moins que cette réaction de certains soit une stratégie téléguidée par le parti soleil ou tout simplement une conscience biaisée par la malhonnêteté et l’ignorance, il est important de rappeler ici que l’heure est à la solidarité et au rassemblement, et non à la division.

Les dirigeants du jour ne souhaitent-ils pas la division? Leur seule option en vue de contrecarrer la vérité des faits n’est-elle pas de créer une fissure dans ce mur citoyen au pied duquel ils sont acculés?

Alors, par pitié, aidez-moi donc à mieux comprendre ? Comment peut-on condamner l’attitude fascisante et irresponsable d’un gouvernement et adopter dans le même temps la même posture en imposant des restrictions sur qui des membres de l’opposition devraient participer ou pas à la manifestation de samedi ? Les politiciens de l’opposition ne sont-ils pas aussi des citoyens du pays ? N’ont-ils pas le droit d’être inquiets par rapport à la situation actuelle ? N’ont-ils pas les mêmes droits que les autres citoyens de ce pays ?

Comme l’a si bien dit Joanna Bérenger, « Nous sommes peut-être politicien(ne)s mais nous sommes avant tout Mauricien(ne)s et nous voulons être solidaires… Il n’est pas question de couleur politique mais d’élan patriotique. »