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« En politique, le devoir de faire devrait  l’emporter sur le pouvoir de dire »*

Comme chaque année, la population mauricienne ne manque pas une opportunité d’écouter le budget. C’est le « talk of the town ». Et cette année encore, elle n’est pas en reste.

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Ce budget était surtout axé sur trois principaux points : la pension de vieillesse, l’augmentation de salaires et les subsides sur les produits de première nécessité tels que notre traditionnel pain-maison, le riz et la farine…Mais n’oublions pas qu’il faut également mettre l’accent sur d’autres secteurs ayant un rôle majeur dans notre pays.

Voitures électriques et hybrides

Une des mesures phares est la suppression de la taxe sur les voitures électriques et hybrides. Un de ses avantages reste quand même l’économie à long terme par rapport à une voiture diesel ou essence; la population en a bien besoin sachant que ces six derniers mois nous avons connu une augmentation du coût de 46%. En moyenne par 100 kilomètres, une voiture hybride coûte environ quatre fois moins cher en électricité contre un modèle diesel et cinq fois moins cher contre un modèle essence. Sur le papier cela semble très attrayant, mais dans la pratique nous ne sommes pas tous en mesure d’en posséder une. Plusieurs raisons en sont à l’origine : une mise en place des bornes de recharge est nécessaire à travers le pays et cela prendra du temps; ensuite avec un taux d’inflation élevé, une diminution du pouvoir d’achat et des salaires encore trop insuffisants, de nombreuses personnes ne peuvent se permettre une telle acquisition. Par exemple, une voiture de la marque Nissan Leaf (Hybride) est passée de Rs 1.9 million à Rs 1.76 million, une Qashqai E Power, quant à elle, passe de Rs 1.9 million à Rs 1.69 million.

Un autre problème pourrait également se poser dans le futur, l’Ukraine étant un des premiers fournisseurs de matières premières dans le monde. Le marché européen pourrait avoir une forte demande sur leur marché; tout cela nous amène à nous interroger si la demande en voitures hybrides sera suffisante pour répondre au besoin du marché mauricien.

Logements

De nombreux projets ne cessent de revenir à chaque budget et 12,000 logements sont annoncés. Mais, une déclaration a été faite par le ministre du Logement et des Terres Steven Obeegadoo selon laquelle depuis les élections générales en 2019 le gouvernement a livré 2200 logements à travers l’île. Il me semble tout à fait irréalisable de pouvoir construire quelque 10,000 logements jusqu’à la fin du mandat du présent régime ; disposant d’un budget de Rs 10 milliards pour ces travaux, Rs 100 millions uniquement ont été utilisés cette année.

Dans de nombreux cas, pour accéder à un logement nous devons recourir aux prêts bancaires. L’endettement des ménages ne cesse d’augmenter (Rs 178 milliards à fin mars 2022 sur un total de Rs 450 milliards de crédits bancaires, soit 25% pour les prêts logements).

Sécurité alimentaire

Nous pourrions faire face à de grandes difficultés dans les mois à venir sachant que l’Europe et l’ Amérique souffrent déjà de pénuries de produits pourtant locaux.(ex : en France, la moutarde de Dijon). Qu’arrivera-t-il à notre pays alors que nous importons 80% de notre denrée alimentaire ?

Quelles solutions ont été trouvées pour pallier ce manque ? Certes, de nombreuses annonces ont été faites pour encourager les planteurs – par exemple en leur donnant du fertilisant – mais tout cela prend du temps à être réalisé. Que ferons-nous en attendant ? Il est plus qu’urgent d’y remédier pour pouvoir assurer les besoins en alimentation de la population qui se trouve mise à l’écart au profit des projets tels que le Metro Express ou encore le stade Côte d’Or. D’autres solutions auraient pu être trouvées dans le domaine de l’agriculture : pourquoi ne pas offrir de petites portions de terrains afin de pouvoir cultiver légumes, fruits, plantes… au lieu de mettre que du béton; certes, il rapporte plus en termes d’argent mais qu’adviendra-t-il de l’avenir de nos enfants ? Cela aiderait également à sensibiliser la population à l’importance de l’environnement et on pourrait le faire dès le jeune âge à l’école. Plus de formation en agriculture serait appréciée avec les nouveaux moyens de cultures, de technologies…et cela entrainerait davantage d’emplois, le taux de chômage s’élevant à 8.1% en fin 2021.

Port

Le port tient un rôle majeur dans un pays. Il occupe non seulement une place primordiale dans l’économie nationale et dans les échanges commerciaux, mais constitue également un outil important dans l’industrie et le commerce pour le développement socioéconomique. Afin qu’un port puisse fonctionner dans les meilleures conditions, il convient de se fixer comme objectif de définir les modes de gestion et d’exploitation, doter les organismes qui auront à assurer les activités portuaires de la souplesse nécessaire à une gestion efficace et efficiente. Il importe de pourvoir les moyens nécessaires afin d’accroître la compétitivité, la productivité et l’efficacité. Leur fournir de bonnes infrastructures et équipements afin que des épisodes comme le Wakashio et le Sir Gaëtan Duval ne se reproduisent plus à l’avenir. Notre port pourrait devenir un acteur essentiel dans l’océan Indien. Il était donc nécessaire que le gouvernement se concentre plus sur ce domaine et investisse davantage.

Médecine traditionnelle

Nous avons la chance de posséder des terres très fertiles ; pourquoi ne pas les utiliser à notre avantage et se lancer dans la production de plantes médicinales? Certes, il existe des petites unités de production mais elles demeurent insuffisantes pour une Ile Maurice Moderne. Prenons l’exemple de notre pays voisin Madagascar. Avec environ 10 millions de démunis, elle se soigne majoritairement avec des produits naturels; ça a été le cas également durant la Covid et cela a porté ses fruits.

Dans le cadre du budget 2022-23, le ministre des Finances a annoncé de nombreux investissements et projets. Mais entre ce qui est dit et la pratique, tout un monde est à faire. La population en tout cas ça fait longtemps qu’elle se serre la ceinture, et ce n’est pas de sitôt qu’elle la lachêra.

* (Stéphane Théri)

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