L'épouse de Kistnen Soopramanien (au milieu en noir) discutant avec des policiers avant le début de la séance

Lors de la reprise de l’enquête judiciaire le 15 janvier, la magistrate Vidya Mungroo-Jugurnath s’attend à ce que ses requêtes soient entretenues, notamment la liste des contrats alloués par la State Trading Corporation et les enregistrements des caméras privées près de l’endroit où le défunt a été aperçu pour la dernière fois.

Après un mois de décembre chargé, avec son lot de révélations dans le cadre de la mort suspecte de Soopramanien Kistnen, l’enquête judiciaire au tribunal de Moka se prépare à de nouveaux épisodes à partir du 15 janvier concernant les événements entourant la mort de l’activiste du MSM au No 8. La magistrate Vidya Mungroo-Jugurnauth a lancé une série de requêtes auprès des autorités concernées avant de mettre fin à la dernière audience de 2019. Elle s’attend notamment à plus de détails sur les contrats alloués par la State Trading Corporation (STC) pour la période d’octobre 2019 à août 2020, sans compter les développements attendus avec la récupération des images des caméras de vidéosurveillance d’individus et de firmes privées près de La Louise, en plus des relevés téléphoniques qui devraient dévoiler leurs secrets.

L’enquête judiciaire pour faire la lumière sur le décès suspect de l’activiste orange au No 8, Soopramanien Kistnen, dont le corps a été retrouvé carbonisé dans des champs de cannes à Telfair, Moka, le 18 octobre dernier, devrait ainsi permettre la découverte de « nouveaux secrets bien gardés » avec la reprise de l’audience le vendredi 15 janvier. L’enquête judiciaire a démarré le 4 décembre et les travaux ont bien avancé, avec des auditions presque tous les jours jusqu’à la pause annoncée le 18 décembre pour laisser le temps aux autorités concernées de fournir plus d’informations après les ordres formulés par la magistrate Vidya Mungroo-Jugurnath.

Plus d’une douzaine de témoins ont été appelés à la barre et certains ont eu à y comparaître à plusieurs reprises après les requêtes de la magistrate ou encore des avocats de l’équipe dite Avengers, à l’instar du constable Abeeram, affecté à la “control room” de Safe City. Ce dernier avait été appelé à maintes reprises à apporter plus de clarté sur le fonctionnement des caméras de Safe City et sur les enregistrements disponibles pour retracer le parcours de Soopramanien Kistnen, aperçu pour la dernière fois près du supermarché Intermart à Quatre-Bornes, le 16 octobre dernier.

Un plus haut gradé, le surintendant de police Vijay Kumar Bawon, avait pris la relève par la suite pour expliquer le fonctionnement de ces caméras. Il devra de nouveau se présenter au tribunal de Moka, notamment pour faire savoir s’il a pu récupérer d’autres données concernant les caméras de vidéosurveillance. Il a reçu l’ordre de la magistrate de tenter de récupérer tous les enregistrements de caméras de vidéosurveillance d’individuels et de firmes privées dans les alentours du supermarché Intermart à Quatre-Bornes. Il a aussi été appelé à fournir des précisions sur le cadre légal régissant les caméras de Safe City, après que Me Roshi Bhadain a soutenu que, selon ses informations, le Premier ministre Pravind Jugnauth aurait exempté Safe City des dispositions de la Data Protection Act.

Autre volet qui pourrait apporter plus de révélations, les relevés téléphoniques de Soopramanien Kistnen du 1er juin 2020 au 19 octobre 2020. Déjà, le représentant de Mauritius Telecom a pu fournir un document de 180 pages étalant les appels entrants et sortants dans la carte Sim de Soopramanien Kistnen. Le représentant de Mauritius Telecom a pu fournir quelques détails sur ses appels avant que ce document soit mieux décortiqué. Il a ainsi été révélé que le nom du Premier ministre, Pravind Jugnauth, figure sur ces relevés téléphoniques. S’y trouvent aussi les noms de son conseiller Ken Arian, de Bassoodev Seetaram, plus un numéro portable émanant du PMO et un numéro portable émanant du commissaire des prisons.

La thèse du suicide écartée
L’objectif principal de cette enquête judiciaire est de déterminer s’il y a eu “foul play” dans cette affaire. Au fil des témoignages, dont principalement celui du médecin légiste, le Dr Ananda Sunnassee, la thèse du suicide n’est plus d’actualité. Il en est de même dans la pensée de la magistrate, eu égard aux questions formulées aux témoins. Le médecin légiste est, lui, venir confirmer que la victime avait une forte dose de péthidine dans le sang, soit un antidouleur puissant qui ne peut être obtenu qu’à l’hôpital et dans des cliniques privées. Le médecin légiste est même venu dire qu’avec la quantité de cet analgésique dans le sang, il serait peu probable que Soopramanien Kistnen ait pu s’immoler par le feu car il devait se trouver dans un état comateux et aurait éprouvé beaucoup de difficultés à se déplacer. Le médecin légiste aura à fournir, lors d’une prochaine séance, le rapport du FSL faisant état du taux de péthidine qui a été décelé dans le sang de la victime.

Déjà, après deux semaines d’audition, il a été établi que Soopramanien Kistnen ne s’est pas suicidé. Reste à voir si l’enquête judiciaire pourra mener à un éventuel suspect. Les avocats d’Avengers, menés par Me Rama Valayden, sont déjà sur le qui-vive et prêts à bondir sur tout nouvel élément pouvant faire avancer cette affaire, sans parler de l’assiduité du représentant du Directeur des poursuites publiques, Me Azam Neerooa, Senior Assistant DPP.