La comparution du ministre Yogida Sawminaden devant la Cour de district de Port-Louis jeudi a donné lieu à une démonstration de force d’une ampleur qu’on n’a pas vue depuis très longtemps dans la capitale. Toutes les unités de la force policière avaient en effet été mobilisées à cette occasion : les forces régulières de la police, la Special Mobile Force (SMF), la Special Support Unit (SSU), le Groupe d’intervention de la police mauricienne (GIPM)… Et même des snipers, postés sur certains bâtiments. Bref, toute une logistique, dont des véhicules de combat de tout genre, était mobilisée dans les artères environnantes du bâtiment abritant les locaux de la cour de district.
Pourquoi cet étalage de force excessif ? Etait-ce uniquement pour protéger un ministre ? D’aucuns soutiennent que ce n’est pas la première fois qu’une personnalité politique ou gouvernementale se présente en cour sans que cela ait donné lieu à un déploiement de force si spectaculaire. Des hauts gradés de la force policière ont indiqué que cette mobilisation faisait suite à des informations troublantes qu’ils avaient obtenues. D’autres soutiennent que, lors de la première comparution du ministre en Cour, un groupe de personnes avait bousculé sa voiture à sa sortie du tribunal et l’avait même suivi sur une certaine distance. Il fallait par conséquent que la police se mobilise afin d’éviter qu’une telle scène se répète et ne mette en péril la sécurité des usagers de la route et de tous ceux qui utilisent cette artère principale.
La question qui se pose toutefois à ce stade est de savoir quelles sont les informations dont disposait la police. Il est maintenant de son devoir de révéler au public ces informations. Autres questions : le commissaire de police a-t-il pris sur lui pour lancer une telle opération ? Est-ce qu’il n’y avait pas d’autres moyens pour assurer la sécurité du ministre et contrôler l’entrée du bâtiment de la Cour intermédiaire ? A-t-il obtenu l’ordre du Premier ministre avant de lancer cette opération, comme beaucoup le pensent ? Il existe en effet une perception qu’à travers cette action policière, le gouvernement a lancé une mise en garde aux forces vives du pays et aux forces de l’opposition, qui ont annoncé leur intention d’avoir recours à une série de manifestations dans le but de forcer le départ du gouvernement.
Toujours est-il que ce déploiement policier n’a pas envoyé une image très réjouissante de Maurice à l’étranger. Maurice, qui est reconnue jusqu’ici comme un Etat démocratique exemplaire dans cette région du monde, a en effet été perçue comme un Etat policier disposé à tout faire pour réprimer les manifestations publiques et la liberté de mouvements. Déjà, dans les milieux diplomatiques mauriciens, des inquiétudes sont exprimées concernant la tournure que prend la situation dans le pays et l’indépendance des institutions, dont celle de la force policière.
Un élément qui a choqué beaucoup de Mauriciens jeudi dernier aura aussi été la fermeture des portes de la cathédrale dès le matin. L’administrateur de la cathédrale, l’abbé Jean-Maurice Labour, a expliqué qu’il ne pouvait accepter qu’une personne convoque un rassemblement de prière publique à la cathédrale sans que le responsable n’en soit informé. Il est possible que sa décision fasse suite à certaines informations de la police concernant d’éventuels risques de menaces à la sécurité. Il faut toutefois reconnaître que l’enceinte de la cathédrale n’est pas la même chose que la cour de l’église. Les autorités religieuses n’ont jamais objecté aux rassemblements publics dans la cour de la cathédrale, malgré les injonctions de la municipalité de Port-Louis.
Avec tout le respect que nous avons pour tous ceux et celles qui se sont découvert une piété subite, bougies en main, l’intérieur de l’église est un lieu sacré. C’est là que l’évêque de Port-Louis a prononcé ses homélies les plus importantes à la nation, dont celle prononcée le 1er janvier à l’occasion de la Journée mondiale de la paix.