DR DIPLAL MAROAM

Après avoir obtenu le soutien des grands électeurs, Joe Biden fera son entrée officielle à la Maison-Blanche le 20 janvier 2021 et prendra la tête de la première puissance mondiale, dont l’économie reste cependant fragilisée par la crise de la COVID-19. Alors que les États-Unis demeurent le pays le plus endeuillé au monde avec plus de 300 000 morts, le 46e président sera très attendu sur la lutte contre le virus, vu que son prédécesseur a lamentablement échoué sur ce dossier.

La première mission, qui incombera à Joe Biden, sera de juguler la crise sanitaire – le vaccin tombant ainsi à point nommé – et de relancer l’économie. Dans ce contexte, le président élu a présenté un programme qui, sur papier, constitue l’un des plus progressistes depuis des années, prévoyant, entre autres, l’augmentation des impôts sur les investissements et les entreprises, le retour d’une assurance maladie après l’abrogation de l’Obamacare par Donald Trump, la baisse des prix des médicaments et des plans audacieux pour lutter contre le changement climatique – avec un retour tant attendu dans la COP 21 – pour pouvoir atteindre la neutralité carbone en 2050.

Sur le volet de la politique étrangère, la communauté internationale s’attend à une normalisation des relations après le quadriennat agité de Donald Trump marqué par l’antagonisme, l’embrouille et la menace des tarifs douaniers. Avec la Chine justement, même si les observateurs affichent la prudence et n’attendent pas la fin de la guerre commerciale, Joe Biden serait, selon toute évidence, plus disposé à jouer la carte du multilatéralisme. D’autre part, en ce qui nous concerne plus directement, sur le dossier Chagos notamment, que Pravind Jugnauth n’a pas manqué de soulever dans sa lettre de félicitations au nouveau président en novembre dernier, même les plus téméraires, néanmoins, ne miseraient pas un centime sur une quelconque avancée.

Par ailleurs, si Joe Biden, en tant que candidat, n’avait pas précisé les détails de son plan de relance de l’économie lors de la campagne, les Démocrates ont cependant proposé devant le Congrès un package de 2 000 milliards de dollars pour éviter les licenciements et reprendre le financement du chômage partiel pour les petites entreprises. Or, parviendra-t-il à mettre en œuvre son programme si ambitieux qui doit d’abord passer la rampe du Sénat qui conserve pour l’instant sa majorité républicaine ?

Mais quoi qu’il en soit, la démocratie américaine suscite, ces jours-ci, bien des interrogations. La question fondamentale que l’on se pose : dans quelle mesure l’alternance républicain-démocrate a-t-elle réellement bénéficié au peuple américain en termes d’efficacité institutionnelle, de préoccupation écologique et sur le plan global, de sécurité planétaire ? Dans un sens plus concret, qu’avait apporté justement de nouveau au niveau de la qualité de vie, particulièrement des Afro-américains, le passage d’un président noir démocrate à la Maison-Blanche par rapport à son prédécesseur et successeur républicain alors que la lutte antiraciste demeure aujourd’hui plus que jamais d’actualité, comme le témoigne le mouvement Black Lives Matter ? La crise sanitaire est venue confirmer que le monde a urgemment besoin d’un changement d’orientation politique car un système économique, dont l’énorme fragilité a été mise en évidence à plusieurs reprises, ne pourrait constituer le vecteur du progrès des peuples à travers le monde.

Ainsi, alors qu’il devient de plus en plus évident que les règles et structures de la gouvernance mondiale requièrent aujourd’hui une profonde réorganisation, les institutions internationales existantes manquent cruellement de pouvoir et d’autorité pour introduire les réformes nécessaires. Les gouvernements des principaux pouvoirs économiques mondiaux sont manifestement plus préoccupés à résoudre leurs problèmes internes que de regarder au-delà de leurs frontières. Or, aussi longtemps que prévaudra cette politique d’égocentrisme pour ne pas dire de méfiance, le développement harmonieux des peuples de la planète ne serait qu’illusoire – une situation susceptible de susciter l’émergence d’autres crises et tensions.

Bref, pour le nouveau locataire de la Maison-Blanche, il y a vraiment du pain sur la planche après la parenthèse des quatre dernières années. Mais de l’espérance à la réalité, il y a loin de la coupe aux lèvres.