UMAR TIMOL

Vous connaissez Monamoni ? Monamoni est une fille, elle a dix ans et elle adore poser des questions. Quand elle rencontre quelqu’un dans la rue, elle le regarde droit dans les yeux et elle lui dit : quel est ton degré de proximité avec ta lumière ? La personne ne sait pas quoi répondre. Soit elle se met à rire. Soit elle s’enfuit. Soit elle se met en colère. Soit elle se met à se gratter la tête très fort. C’est une question étrange quand même. Monamoni n’aime pas les questions faciles, les questions que tout le monde pose.

Qui es-tu ? Que fais-tu? Quel est ton métier ? Tu gagnes combien d’argent ? Es-tu important ?

Monamoni pense que ce sont des questions bêtes, qui ne veulent rien dire. Il y a, dit-elle, ce que vous prétendez être et ce que vous êtes. Elle est sacrément intelligente Monamoni. Parfois elle dit comme ça des choses compliquées et on n’y comprend franchement rien.

Qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire, ‘prétendez être et ce que vous êtes’ ?

Monamoni rigole très fort quand on lui demande des explications et elle dit : nous sommes comme un gâteau, le gâteau est très beau mais pour savoir s’il est bon ou pas il faut le manger. Et franchement on se met à se gratter la tête et on se dit soit elle est ‘toque toque’ soit elle est un sage.

Qu’en pensez-vous ? Monamoni, ‘toque toque’ ou sage ?

Monamoni est une fille très étrange.

On peut dire trois choses à propos d’elle.

Un, qu’elle aime poser des questions mais ça on le sait déjà.

Deux, qu’elle n’aime pas rester en place. En effet, Monamoni adore bouger, elle va d’un lieu à l’autre, constamment. On croit qu’elle est dans sa chambre et elle est dans le salon, on croit qu’elle est dans le salon et elle est dans la cuisine, on croit qu’elle est à l’école et elle est à la plage, on croit qu’elle est à la plage et elle est dans le ciel.

Trois, que Monamoni aime regarder les choses. Pas regarder comme ça, comme tout le monde, mais regarder profondément. Parfois elle s’arrête et elle regarde un coquillage pendant une heure. Ou elle regarde son chat, Monana, ou son chien, Mopapounana pendant deux heures. Ou elle regarde ses mains pendant trois heures. Et on lui demande, mais pourquoi est-ce que tu fais ça Monamoni ? C’est que je veux voir mais vraiment voir les choses.

Pourquoi est-ce que Monamoni n’arrête pas de dire des choses bizarres. Personne ne le sait.

Bon, revenons à la question de la question. Imaginons que Monamoni se balade dans la rue. Et elle n’arrête pas de se balader Monamoni. On vous l’a dit. Elle aperçoit une personne intéressante. Cela peut être un enfant ou un vieillard, une personne qui ressemble à une grenouille ou à deux grenouilles, une personne triste, une personne heureuse, un zombie qui ressemble à une personne, peu importe. Elle s’arrête et elle le regarde tout droit dans les yeux et lui dit : quel est ton degré de proximité avec ta lumière ? Essayez d’imaginer la réaction de la personne ou ce que serait votre réaction.

Et Monamoni pose cette question une dizaine de fois par jour.

J’ai peur qu’un policier ne l’arrête un jour pour entrave à la paix de l’esprit.

Un jour Monamoni m’a expliqué ce que cette question veut dire. C’est un secret mais je vais en parler quand même.

Je suis désolé mais je ne sais pas garder les secrets.

Voilà ce que Monamoni m’a dit, il faut écouter attentivement, c’est compliqué, c’est profond, enfin je ne sais pas ce que c’est mais écoutez, ouvrez vos oreilles et ouvrez vos cerveaux : tu sais, les gens croient qu’en impressionnant les autres ils se sentiront moins vides ,alors ils portent des masques à tel point qu’ils deviennent ces masques, qu’ils ne savent pas qu’ils ont un visage qui n’est pas ce masque et moi je ne m’intéresse pas aux masques, je veux savoir ce qu’il y a derrière, qui est cette personne vraiment et la meilleure façon de savoir ce qu’elle est est de savoir si elle est proche de sa lumière, tu vois car il y a une lumière, qui est belle, qui est vive, c’est cette lumière qui a créé le monde, les nuages, les grenouilles, les grosses et petites grenouilles, les vagues, les oiseaux, les paysages, les femmes et les hommes, les zombies, enfin tout ce qui existe mais on a oublié que c’est cette lumière qui nous a créés, si on se rappelle cette lumière alors on est apaisé, on est tranquille, on est doux, il n’y a plus qu’une chose en soi, l’amour et rien que l’amour, la lumière de cet amour et l’amour de cette lumière…

Et soudain Monamoni s’en va, elle ne tient pas en place longtemps, où est-elle, je ne la vois plus, où est-elle, peut-être à la plage ou peut-être sur la lune, elle court tellement vite.

Monamoni où es-tu ? Où es-tu ? Reviens.

Et puis un autre jour, j’ai posé une autre question, est-ce que tu as rencontré quelqu’un qui est proche de sa lumière ?

Si les enfants qui ont moins de 4 ans trois jours deux heures et 63 secondes sinon non car les gens sont trop pressés et ont peur de cette lumière, ils préfèrent les masques, ils se sentent mieux quand ils se cachent. Mais je n’arrêterai pas de poser cette question. Peut-être qu’il y a quelqu’un quelque part dans le monde qui est proche de sa lumière, qui est lumière, il ne faut pas s’arrêter de chercher cette personne.

Si jamais vous rencontrez Monamoni et qu’elle vous pose la question qui fâche, plongez dans votre cœur et cherchez cette lumière et répondez franchement à Monamoni, dites-lui si vous êtes proche ou pas de votre lumière. Et Monamoni vous dira alors qu’il faut tout oublier, qu’il faut cesser de porter des masques, qu’il faut cesser de mentir, qu’il faut cesser de prétendre, qu’il faut chercher la lumière qui est en soi, qui est dans son cœur, qu’il faut entrer dans cette lumière, il n’y a que ça qui compte au bout du compte.

Puis Monamoni partira, elle est comme une étoile filante Monamoni, elle ne s’arrête jamais, elle est lumineuse Monamoni.

Elle est faite de lumière. Comme vous, peut-être.