Quelle mouche a piqué le Dr Kailesh Jagutpal cette semaine pour décréter zones rouges des dortoirs abritant des travailleurs étrangers, qualifiés habituellement de « poulaillers humains » par les syndicalistes, qui s’y connaissent sur la question ? Comment le ministère de la Santé a-t-il pu faire preuve d’une telle flagrante irresponsabilité ?
La détection de cas positifs au Covid-19 parmi des Bangladais et la décision, par incidence, prise par les autorités, n’a pas manqué de choquer et d’ulcérer de nombreux compatriotes. N’étaient-ce les interventions promptes du syndicaliste Fayzal Ally Beegun et de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP), ces travailleurs étrangers auraient été traités cavalièrement !
Quelle logique peut justifier une décision aussi abracadabrante que celle de fermer des centaines de personnes dans des espaces que l’on sait pertinemment bien exigus et dépourvus de conditions hygiéniques appropriées, dans un but avoué de leur éviter la contamination au virus ? Les médias font ressortir régulièrement que les conditions dans lesquelles se trouvent la grande majorité des dortoirs des travailleurs étrangers sur notre sol sont à mourir de honte : lits/matelas en guise de lits placés les uns sur les autres, système d’aération quasi inexistant (impostes à la place de fenêtres), toilettes et salles de bains communes (accommodant plus d’une dizaine de personnes à la fois), cuisine commune, espace également commun et étroit dédié à la lessive… Donc, au final, définitivement pas le cadre pour placer des personnes en isolation, surtout quand il est question de les protéger du virus. Qui, de surcroît, se refile à la vitesse grand V quand des conditions comme le manque d’espace ne sont pas respectées scrupuleusement ! Et d’ailleurs, ainsi que l’avaient anticipé des professionnels de la médecine, enfermer ces pauvres diables dans leurs dortoirs, où ils sont environ 60 entassés les uns sur les autres, causerait des dégâts logiques comme la contamination des négatifs… Et cela avait été le cas, dès le premier jour, avec 19 nouveaux cas positifs ! Un tel résultat n’était-il pas prévisible par les techniciens du ministère de la Santé qui, après deux vagues, devraient être rodés sur la question ? Ou a-t-on encore et toujours affaire à des personnes qui “bat bate” ?
Est-ce parce qu’il s’agit de pauvres travailleurs étrangers (pauvres dans tous les sens du terme) que ces employés ont eu droit à un tel traitement, jusqu’à l’intervention des syndicalistes ? Est-ce que parce qu’ils sont désavantagés du fait que la plupart d’entre eux ne parlent que très peu l’anglais et qu’il y a cette barrière linguistique que certains prennent des libertés avec eux ?
Autre cas de flagrante irresponsabilité : le manque crucial d’informations et de communication, qui a causé des dérapages à Vallée-Pitot le 7 au soir. Depuis que ce quartier de la périphérie de Port-Louis est décrété zone rouge, au soir du 24 mai, l’unique date qui avait été avancée pour la levée des barrages était le 7 juin, à 20h. À aucun moment ces habitants n’ont été informés, ni le 6 ni le 7 en question, que le délai avait été étendu. Quelle qu’en soit la raison, le ministère de la Santé et le NCC avaient le devoir d’informer au préalable ces habitants, qui avaient collaboré avec les autorités, qu’ils allaient devoir prendre leur mal en patience. Et non pas quand la situation a dérapé.
Tout acte de non-respect des autorités est évidemment condamné. Cependant, ce traitement auquel ont eu droit les habitants de Vallée-Pitot est-il juste ? Ou n’est-ce pas là encore une fois la preuve d’une flagrante irresponsabilité ? A la lumière des manquements notés dans les cas des dortoirs de L’Amitié et à Vallée-Pitot, sait-on seulement combien d’autres failles laissent ces autorités sur leur parcours ? Des cas qui ne sont pas exposés dans les médias…
La campagne via les “billboards” et les réseaux sociaux baptisée “My Body My Choice My Voice” interpelle, et à juste titre. Quand l’Attorney General, Maneesh Gobin, impose qu’à partir du 21 juin, sans carnet de vaccination, certains lieux seront interdits aux non-vaccinés, ça ressemble trop à de la dictature que pour ne pas réagir.