YANN JHUGROO-CANGY

Évoquer la littérature au XXIe siècle n’est malheureusement plus un enthousiasme pour tous. Il est vrai qu’à l’ère où nous vivons, de nombreux jeunes ont perdu toute affinité ou appétence pour cet art qui existe depuis des lustres. Nous percevons malheureusement une certaine déchéance dans la ferveur et le plaisir de lire. À travers cette mise à nu de mes sentiments, je vous fais part de quelques réflexions de mon voyage d’à peine 18 ans à la découverte de la littérature et pourquoi j’estime qu’il faut s’y intéresser continuellement.

J’avoue m’être toujours intéressé aux livres, mais je n’ai pris réel contact avec la littérature qu’après mes choix de matières pour la fin de mon cycle secondaire. J’avais naguère étudié la littérature, mais je n’avais jamais vraiment saisi ce que cela signifiait, ou pris conscience de son immensité. Ce n’est que récemment que j’ai réalisé que la littérature n’est indubitablement pas dans nos mœurs, nous jeunes Mauriciens.

Mais pourquoi ne connaissais-je pas Le Cid de Corneille, outil de séduction de mon père pour faire la cour à ma mère ? C’est alors que je me suis mis au fait de tout ce florilège de la sphère littéraire. Je touchais aux ouvrages de Molière, Racine ou encore aux fables de La Fontaine, ceux du siècle classique. Cependant, je ne me rendais pas compte encore de cette avalanche qui me tomberait dessus au fil des années, au gré de mes lectures.

Au premier abord, la littérature est synonyme de l’émerveillement que je ressens devant ces beaux lexiques à chaque page tournée. De plus, elle me permet de m’inscrire dans des dimensions parallèles ou même de me familiariser à la culture de diverses sociétés. Justement, un des textes que j’étudie actuellement, un volet d’Irène Némirovsky intitulé Tempête en juin, relate l’exode de plusieurs familles en temps de guerre, l’opportunité de me mettre dans la peau de ces gens dans un monde en secousse. Extraordinaire comment la littérature nous permet de saisir l’atmosphère qui traduit tout aussi bien un contexte, et de comprendre la souffrance.

Comment ? Moi qui n’ai jamais vécu de guerre, m’identifier à ces personnages ? Et bien, je rattache notre situation, la Covid-19, certes pas comparable, à la guerre de ce récit. C’est ce sens même de l’empathie qui m’intrigue et me passionne.

Les belles lettres ont énormément à nous offrir. Bien plus qu’un loisir éphémère, ces œuvres nous accordent des pouvoirs de vivre dans des mondes fictifs, de voyager dans le temps, de prendre connaissance et de s’inspirer de philosophies et de développer par là même son raisonnement. Tant de qualités qui pourraient se révéler bénéfiques pour la jeunesse perdue derrière des écrans. Or, des genres les plus populaires à ceux un peu mis à l’écart, nous ne sommes pas suffisamment exposés à ces œuvres de manière à éveiller ce goût de la littérature dès notre plus jeune âge. Le comble, c’est que, nous qui sommes dans un monde assailli de choses à lire, de nos petits textos quotidiens, des fils d’actualité et de nos manuels et textes scolaires, nous sommes pourtant loin de prendre la pleine mesure des pouvoirs de la littérature. Malgré tous les atouts de la littérature, nous nous posons cette question : « Pourquoi la littérature a-t-elle perdu de son lustre aux yeux de certains ? » L’évolution exponentielle de la technologie nous distançant de livres traditionnels aurait pu en être une cause, mais en ligne, on trouve tout de même des ouvrages sur plusieurs siècles…

Et pourquoi donc ne pas s’intéresser à nos propres racines?! Car oui, il y a bien une littérature propre à nous, à notre île dite paradisiaque. Dev Virahsawmy, écrivain mauricien, a même traduit, entre autres, un ouvrage de l’incontournable Shakespeare, Much Ado About Nothing : Enn Ta Senn Dan Vid. Il s’agit d’un texte plein de charme et gorgé d’expressions mauriciennes qui font le bonheur des lecteurs. J’apprécie aussi les ouvrages d’Umar Timol, les romans de Nathacha Appanah et Le silence des Chagos de Shenaz Patel – qui font toujours sensation aujourd’hui, parmi d’autres écrivains et poètes mauriciens qui ont tant à offrir. Cette littérature, produit d’un métissage bien à nous, nous permet de voyager sans pour autant avoir à nous déplacer physiquement. Nous, jeunes mauriciens, avons tendance à ne pas y prêter attention. Mais pour l’élan dont a besoin la littérature mauricienne, nous devons changer notre regard sur nos propres racines, nous laisser emporter par l’aventure que nos écrivains nous proposent. Ces voyages à travers le temps, dans une île Maurice d’antan, dans une philosophie et des émotions d’un autre temps… Et au final, je vous assure que vous n’éprouverez aucun regret !

Nous pouvons donc déclarer sans ambages que nous devons élargir nos horizons. Afin de pouvoir savourer la littérature, il faut d’abord savoir la déguster. Nous devons bercer nos enfants au gré de la prose et de la poésie. Les enfants aiment bien cela, les histoires, donc pourquoi pas utiliser la littérature ? Diffusons ces belles œuvres dans la vie de nos jeunes; rendons cela naturel, et le reste viendra avec ! Il faut inclure cette démarche parmi les initiatives pédagogiques ; le goût de la littérature, faire de cela plus qu’une matière, mais une valeur.

Trouver des stratégies ludiques, un bateau-livre tel le Logos Hope, un livre-bus, qui sillonnera l’île et d’autres éditions de salons du livre pour promouvoir l’accès et cette passion pour la littérature. Le résultat sera favorable ! Comme moi et plusieurs autres, vous vivrez certainement pour cette découverte. Enfin, nous finirons par mettre en lumière ce beau diamant, qui, pour beaucoup, demeure enfoui dans l’ombre.