Notre pays vit, actuellement, une période dangereuse. Divers éléments, certains des plus troublants, donnent à penser que tout peut basculer, d’un moment à l’autre. Et, de ce fait, l’on doit tous faire preuve d’une immense prudence et de beaucoup de vigilance pour éviter de sombrer dans une situation qui pourrait nous être néfaste. Un chavirement qui pourrait, dans le “worst case scenario”, prendre des allures des tragiques émeutes de février 1999… Ce que l’on ne voudrait, sous aucun prétexte, revivre, pour toutes les bonnes raisons que l’on sait. Oui, l’heure est grave. Notre pays semble, comme dirait l’Anglais, « going to the dogs »…
De mémoire, a-t-on jamais vécu pareil épisode où des personnalités politiques, et non des moindres, car cela concerne parmi, le chef du gouvernement, et plusieurs des institutions nationales, qui sont pointés du doigt ? À la veille de la fin de cette noire année 2020, Maurice nage en plein cauchemar : Pravind Jugnauth, son ministre du Commerce, ainsi qui plusieurs personnes de son “inner circle”, sont cités dans la mort suspecte de Soopramanien Kistnen, ce sympathisant orange avéré.
Mais ce n’est pas tout. L’ex-commissaire de police, actuel CP des Prisons, Mario Nobin, est contraint de se soumettre à un interrogatoire “under warning” pour avoir signé la demande de passeport du présumé trafiquant de drogue, Mike Brasse. Chose qu’il a tenté d’éviter, en vain. L’ex-patron de l’ADSU, Vinod Appadoo, devenu chef des prisons et qui a été promu conseiller à la sécurité intérieure au PMO, serait également concerné dans l’affaire Kistnen.
Et “last, but not least”, l’actuel ministre du Commerce, Yogida Sawmynaden, celui-là même qui a gagné ses galons avec l’épisode de la désormais légendaire réplique « ou kone ki mwa ? » de Nandanee Soornack, et qui lui a valu une place de choix dans les deux GM successifs des Jugnauth, serait non seulement directement lié à la mort de Kistnen, mais aussi concerné par une affaire d’emploi fictif ! Affaire portée devant la justice par l’épouse de l’activiste orange décédé. Cela fait d’ailleurs plusieurs semaines que Simla Kistnen a porté plainte à ce sujet, mais, valeur du jour, les instances devant enquêter, ici l’ICAC, reste bien muette…
À ce stade, seul le judiciaire parvient à rester neutre et indépendant. Tandis que la presse remplit son rôle d’informer. L’enquête judiciaire autour de la mort de Soopramanien Kistnen aurait probablement été classifiée comme « suicide ». Si ce n’était l’intervention d’un panel d’avocats, et couplé à un articulet attirant l’attention publique sur le décès de cet activiste, que notre confrère de l’express publiait le 21 octobre dernier; soit quelques jours seulement après la découverte d’un corps en partie calciné, dans un champ de cannes, dans le voisinage de Telfair, à Moka.
La suite, on la connaît. L’affaire Kistnen enflamme, à ce jour, tout le pays. Une enquête judiciaire étant en cour, notre devoir de réserve s’exerce donc. Cependant, force est de constater que, malgré toute la pression exercée par les hommes de loi qui se sont emparés du dossier, ni les “high profile personalities”, ni les VVIP incriminés, n’ont souhaité piper mot.
Une unique déclaration, rapportée par Le Mauricien, le 11 décembre dernier, est à mettre au compteur, où Pravind Jugnauth déclare avoir « déjà réalisé mon enquête » et « faire confiance à Yogida Sawmynaden ». Point final. Déclaration qui amène Me Rama Valayden, qui mène le panel d’avocats dans l’affaire Kistnen, à souhaiter que l’auteur de ces mots apporte des éclaircissements devant la justice…
Mais une fois encore, c’est l’opacité qui prime. Toujours cette « marque de fabrique » du présent GM de Pravind Jugnauth. Et c’est justement dans de tels cas de figure que prend naissance la graine de violence. Qui nourrit la haine dans les esprits des uns et des autres. Qui use et abuse de l’ignorance et du manque de transparence pour assouvir son besoin d’infiltrer les cerveaux et déclencher la panique; la psychose.
Ce ne sont pas les déclarations et les allégations des hommes de loi de l’affaire Kistnen qui finiront par faire craquer les nerfs et voler en éclats le calme et l’harmonie. C’est l’entêtement à se cloîtrer dans le mutisme et l’attitude « je laisse aboyer les chiens… ».