ALAIN JEANNOT  

La deuxième vague du Covid, les mesures sanitaires nécessaires mais restrictives et aussi, dois-je l’avouer, un désintéressement eu égard aux discours anachroniques de certains célébrants m’avaient éloigné des rendez-vous dominicaux ces derniers temps.

ALAIN JEANNOT

Le jour de l’Assomption, interpellé par ma foi et la tradition, je ne pouvais me permettre de rater les célébrations d’autant plus qu’elles tombaient un dimanche. Je me rendis donc à la messe de 9 heures en l’église de St-Patrick parce que j’apprécie les homélies de son curé Patrick Fabien. Fidèle à ses habitudes, ce dernier combla la poignée de fidèles de sa ferveur et de sa dextérité à relier les écritures aux conjonctures actuelles.

Qui plus est, il nous gratifia du témoignage interpellant de “Beauty”, une ressortissante du Zimbabwe qui peignit avec limpidité la victoire de la solidarité et du “Oui” spontané sur l’iniquité et la fatalité. Venue au pays l’année dernière pour y écouler son artisanat, “Beauty” se retrouva dans de beaux draps à la suite d’une série de mésaventures qui la dépouilla de ses produits, son argent et son billet retour.

Sans rien, ni personne, elle se rendit au Diocèse de Port-Louis – qui la confia au Père Fabien. Ce dernier, avec l’aide des paroissiens, s’organisa pour trouver repas et toit pour cette naufragée du destin.

La solidarité remit en route la Zimbabwéenne, tant et si bien, qu’elle put se reconstruire, s’acheter son billet retour et remplir ses bagages de nécessités, si rares dans son pays. Elle exprima sa reconnaissance avec tant d’authenticité et de candeur que j’en avais les larmes aux yeux.

« Beauty » s’est sentie aimée et encadrée mais elle n’avait en tête qu’une idée : celle de retourner chez les siens au Zimbabwe en dépit des conditions difficiles qui y règnent ; sans eau courante, ni électricité, vivant dans la pauvreté comme 72% de leurs compatriotes, sa famille l’y attend.

Et dire que les entrailles du Zimbabwe regorgent d’or et de diamant, de cuivre, de nickel, entre autres ! Un potentiel économique incommensurable et inversement proportionnel aux indicateurs déplorables, tels le taux d’inflation avoisinant 322% à février 2020 et l’avant-dernière place du Rapport sur le bonheur dans le monde des Nations unies de cette année.

Encore une occasion qui démontre que, peu importe la taille du poisson, il pourrit toujours par la tête. Encore une raison qui justifie la pertinence des fêtes où l’on prend du recul pour mieux cerner les priorités, glorifier l’amour et la coopération et contrôler les pensées, pulsions et ambitions issues de ce cerveau – qui peut à la fois contribuer à nous faire voler haut ou alors à nous enfouir dans le caniveau.

À nous de choisir …