GUY NG TAT CHUNG

Old boy and former teacher at St Joseph’s College

Après tous les services que Brother Anthony avait rendus à la nation mauricienne, après toutes les années de sa vie qu’il avait offertes à notre pays, il était parti discrètement pour l’Afrique du Sud en 1991. Pendant des années, on n’avait plus entendu parler de lui. Je ne sais pour quelle raison, il fit un retour récemment dans notre pays, qu’il avait tant aimé et qui lui doit tant.

Par bonheur et un hasard tout à fait exceptionnel, il avait rencontré ma sœur, et il lui a remis, à mon intention, The Brothers of the Christian Schools in Mauritius, un livre qu’il avait écrit pour retracer l’histoire des frères des écoles chrétiennes à l’île Maurice.

Il ne m’avait pas oublié, et j’en étais très heureux et fier. Il avait croisé des milliers d’élèves dans sa vie et aurait pu ne pas se souvenir de moi…un nom parmi tant d’autres. Mais pour moi, l’oublier est une chose impossible. Il ne fait aucun doute que sans lui, je ne serais pas ce que je suis aujourd’hui. Lisez ILE MAURICE JE REVIENDRAI et vous comprendrez l’importance de ces propos très personnels. Quand j’étais au St Joseph’s College, je croyais qu’il faisait partie intégrante de l’établissement, qu’il en composait la structure et la texture pour l’éternité.

Près de quarante-cinq ans après notre dernière rencontre, un article anodin sur le site delasalle.org.uk fit état de sa mort à Castletown en Irlande, et de son enterrement au De La Salle Cemetery le 2 octobre 2020. Cette terrible nouvelle m’a ébranlé. J’ai partagé le lien.

Un peu plus d’une petite dizaine d’autres old boys, qui ne l’ont pas oublié, se sont joints à moi pour y mettre un petit mot de condoléances, que je retranscris ici en préservant leur anonymat.

A.T: Rest in peace Brother. I keep such a good memory of you as my teacher.

H.S: Dear Brother Anthony, good and faithful servant of Jesus, thank you for all your acts of kindness towards me personally. You are forever in my heart.

A.M: RIP Bro. Anthony, my chemistry teacher and School Manager at St. Joseph’s College in Mauritius for some years.

M.T: Rest in peace Brother. You have shared so much across several generations. Thank you.

N.L.B: RIP Brother Anthony. You were my manager at Collège de La Confiance. A great man with a great vision. Thanks for all the things you have taught me.

N.S: Very sad news. RIP. I’ll always remember the years at Collège de la Confiance.

G.M: He was the key to the fulfilment of my dearest dream in life. Thanks a lot for his trust and faith in me.

H.J: I was student at Collège de la Confiance between 1978 and 1982. I remember him as a great humanist. Every afternoon, he used to walk throughout the school precincts with a long bamboo stick (only to be able to hit if you were far from him) to urge and send home those pupils who wanted to stay after school hours (to play football). During these moments, we did not understand the benefits of his actions but now, time has passed. I am 54 and being an adult, I realize how much he helped us to become what we are today. RIP, Brother you’ll never be forgotten.

J.M.A : Rest in Peace Brother Anthony.

J.C: Rest in peace Brother. Thanks on behalf of all the guys from St Joseph’s college. You were a great man and an excellent headmaster.

P.D.C: RIP Brother Anthony. It was a pleasure to have you as Manager of St Joseph’s College during all my stay there.

O.B: May his soul rest in Peace.

G.A: From God we came and to God we shall return. He was a very good person during my schooling at St. Joseph’s College Curepipe. R.I.P. Brother.

Pour y avoir passé une trentaine d’années, il était connu de toute l’île Maurice, des autorités éducatives, des ministères, du diocèse, des religieux de toutes les confessions. Savons-nous ce qui se passait dans les coulisses? Pendant son passage à St Joseph’s College, à St Mary’s College et au Collège de la Confiance, il avait joué un rôle capital dans l’acquisition de terrains, la construction des bâtiments et l’installation des commodités sportives, ainsi que le contrôle des travaux pour garantir à nos élèves des conditions de travail optimales. En plus de la supervision rigoureuse de l’entretien des matériels et des lieux, il assurait la comptabilité des salaires, des frais généraux de l’établissement et la souscription à diverses assurances. Soucieux de la création incessante de nouvelles classes, il avait instauré des cours du soir pour adultes et mis en place l’exposition Made in Mauritius. De nombreux jeunes sportifs lui sont encore reconnaissants pour le gymnase si moderne et équipé de tant d’agrès de St Joseph’s. C’était sous son égide que des élèves avaient remporté le Lonrho Award, et c’est aussi grâce à sa générosité et à son ouverture d’esprit que des élèves d’autres établissements eurent le droit d’utiliser les laboratoires de chimie et de physique, qui étaient la prunelle de ses yeux. Il montait souvent au créneau pour négocier avantageusement l’aide gouvernementale liée aux frais de scolarité des élèves, et aux salaires des personnels enseignants et non enseignants. La liste de ses interventions est très longue et il faudrait bien plus qu’un article pour en faire le recensement.

Comme tout le monde le savait, les établissements dont Brother Anthony avait la charge n’étaient pas à cent pour cent AIDED. Pour autofinancer certains projets scolaires, il avait chapeauté quelques activités rémunératrices en collaboration avec les élèves et leurs parents. Non seulement aux recettes des Fancy-Fairs s’ajoutaient la contribution des églises mais aussi celle des religieux, Brother Anthony en premier, qui y consacraient leurs propres émoluments tout autant que leur temps. Et pourtant, de ce côté-là l’histoire ne fait pas état de grèves syndicales pour charge excessive de travail ou exercice permanent de overtime sans soldes.

Si l’on admet qu’un simple enseignant peut avoir jusqu’à environ 200 élèves à sa charge par an, après un minimum de trente ans de service, il doit facilement accumuler plus de 6000 têtes à son palmarès. Mais Brother Anthony gérait l’établissement entier, en plus de ses classes. Nous sommes donc des milliers à lui être redevables. Certains sont même parvenus aux plus hautes sphères de la société mauricienne, et parfois même à l’étranger. Il est rare que leur substance ne doive rien à l’excellence de l’éducation que Brother Anthony dispensait sans compter. Tout en enseignant la chimie et la littérature, il était aussi notre guide spirituel vers le respect dans son sens le plus large. Sa silhouette était familière à l’ensemble de tous les élèves des établissements qu’il avait dirigés. Son intégrité, son professionnalisme, son humanité et son dévouement au peuple mauricien ne laissaient aucun doute sur la dimension humaniste de ce grand homme.

Même si beaucoup de temps est passé depuis, cet article a pour but de témoigner publiquement de notre gratitude, de notre reconnaissance pour la dette que nous, les Mauriciens, nous lui devons. Peut-on laisser disparaître dans le silence, dans l’obscurité, un homme qui a consacré toute sa vie à mettre celle d’autrui en lumière ? Un étranger, de surcroît, qui a permis à de nombreux Mauriciens de se faire entendre ? Non, le silence total ne se refermera pas sur la triste nouvelle de sa disparition, comme une lourde dalle noire au-dessus d’une tombe abandonnée. À ma connaissance, l’ingratitude ne caractérise pas le peuple mauricien, et n’est certainement pas une valeur qu’il a pour habitude de transmettre à ses enfants ! Brother Anthony, au nom de tous ceux qui vous ont connu de près ou de loin, au nom du peuple mauricien, MERCI pour tout. Adieu et R.I.P.

Le 26 janvier 1991, Brother Anthony Furniss avait reçu une lettre recommandée de la part du Premier ministre de l’époque :

I am pleased to inform you that the Right Honourable Prime Minister acting under section 10 of the Mauritius Institute of Education Act 1984, has appointed you as a Member of the Mauritius Institute of Education Council.

Au bas du message suivait la phrase suivante :

With my best personal regards. May God bless you.

Il était très honoré d’être ainsi récompensé pour son dévouement au peuple mauricien.

Le 6 mars 1991 juste avant son départ définitif, les membres du Pasteur Street Boys’ Club, à qui il avait accordé le droit d’utiliser le terrain de football pendant des années, lui remirent un blason sur lequel ils avaient fait inscrire :

« Good-bye Sir Anthony, from Braves Boys Club.»

Pour ceux qui voudraient y mettre leur témoignage, voici le lien :

https://www.delasalle.org.uk/tribute-to-the-late-br-anthony-furniss?fbclid=IwAR0exnOxES4GOEY1nHpkzdU9KmjVqG3oFG54ZOmsRSM0rGSsIhmEijXcr1A