Bernadette Marise Offman, une enseignante dans l’âme
Ma maman n’était pas seulement une enseignante et une directrice d’école. Elle était une femme passionnée, profondément humaine, qui a consacré une grande partie de sa vie aux enfants, à l’éducation et à l’Église catholique. Aujourd’hui, alors qu’elle nous a quittés après une courte mais courageuse lutte contre la maladie, je ressens le besoin de raconter un peu de cette femme extraordinaire qu’elle était.
Très jeune, dans la vingtaine, elle débuta ce que l’on appelait à l’époque « le Training ». Ce fut le début d’un long et magnifique parcours dans l’enseignement catholique, mais aussi celui de belles amitiés qu’elle conserva toute sa vie.
Maman était une personne joviale, toujours avec son grand sourire. Elle me racontait souvent les belles années du Training, les sorties, les parties de danse avec ses amis et toutes les petites anecdotes qui avaient marqué sa jeunesse.
Et moi, sa petite dernière, j’étais souvent suspendue à ses lèvres lorsqu’elle rentrait du travail, la tête remplie d’histoires. Je pouvais l’écouter pendant des heures, rire de ses anecdotes et de ses nombreuses histoires. Sans même le savoir, elle faisait grandir en moi une petite graine : celle de l’amour de l’enseignement.
Plus tard, cette petite graine est devenue ma vocation. J’ai suivi les traces de ma maman, parce que c’était elle mon modèle. J’ai eu l’immense bonheur de devenir enseignante à mon tour et de retrouver certaines de ses anciennes collègues. Et en 1998, alors que j’étais encore une jeune trainee, j’ai vécu un moment que je n’oublierai jamais : j’ai eu l’honneur de faire une classe de démonstration devant ma propre maman, alors Headteacher à Marie Reine, Poudre d’Or, ainsi que devant ses collègues du Nord. Quelle fierté pour moi de l’avoir devant moi ce jour-là !
Au fil des années, Maman a travaillé dans plusieurs écoles catholiques, notamment à Père Laval, Plaine Saint Cloud et Pont Praslin, tout en élevant ses cinq enfants et en ne faillant jamais à ses responsabilités.
Elle termina son parcours professionnel à l’école de La Montagne, sous la houlette du Père Souchon. D’abord nommée Deputy Head Teacher, elle y apprit toutes les facettes de la gestion d’une école : l’administration, les finances, la recherche de fonds, les rénovations et tant d’autres responsabilités.
Puis arriva la nomination dont elle était particulièrement fière : celle de Directrice de Marie Reine. Elle l’accueillit avec joie, mais toujours avec cette humilité qui la caractérisait.
Pendant trois ans, elle traversa l’île chaque jour en bus depuis la gare du Nord pour rejoindre son école. Elle s’y investit pleinement et contribua à sa rénovation avec beaucoup de cœur et de détermination. Cette petite école devint par la suite un bel exemple de ce qui pouvait être réalisé pour redonner vie aux anciennes écoles de l’enseignement catholique.
Lorsqu’elle prit sa retraite, elle pouvait partir le cœur léger, avec le sentiment du devoir accompli.
Mais Maman n’était pas faite pour rester sans rien faire. Sa retraite fut consacrée à ce qu’elle aimait le plus : ses petits-enfants. Et puis, fidèle à sa nature créative, elle s’adonna à l’artisanat. Elle créait de magnifiques bijoux, des boucles d’oreilles et des colliers uniques, faits de ses propres mains, et son talent l’amena à participer à plusieurs expositions-ventes. Elle aimait aussi peindre de petits tableaux et, bien sûr, cuisiner. Son fameux biryani, appris au fil des années passées à l’école du Sacré-Cœur de Jésus à Plaine-Verte, restera lui aussi dans nos souvenirs !
Mais au-delà de son parcours professionnel et de ses talents, ce que nous retiendrons surtout, c’est la personne qu’elle était.
Une femme souriante. Une femme courageuse. Une femme qui savait donner sans compter.
Perdre une maman est une douleur difficile à mettre en mots. Mais dans notre chagrin, nous avons aussi cette immense chance de pouvoir regarder derrière nous et nous dire : quelle belle vie elle a eue, et quel bel héritage elle nous laisse.
Elle m’a transmis bien plus qu’une vocation. Elle m’a transmis le goût de partager, de créer, de prendre soin des autres et de croire en l’importance de chaque enfant.
Aujourd’hui, à mon tour, je continue ce chemin qu’elle avait commencé il y a tant d’années. Et chaque fois que je me retrouve devant une classe, je sais qu’une petite partie d’elle est là avec moi.
Maman, tu as été mon premier modèle, ma première source d’inspiration et, sans le savoir, celle qui a planté en moi la petite graine qui allait devenir toute une vie.
Merci pour ton exemple, merci pour ton amour, merci pour tout ce que tu as donné. Ton œuvre continue à travers nous.
MAGALI OFFMAN
