PADMA UTCHANAH

Présidente du Ralliement Citoyen pour la Patrie

On se croirait dans un roman absurde de Jean Teulé, à l’instar de Le Magasin des Suicides. Ce roman à l’humour poétiquement noir a été adapté également au cinéma sous forme de film d’animation par le réalisateur Patrice Leconte en 2012. Il dépeint une ville où le désespoir a touché le fond abyssal, où le futur est happé par un avenir sombre, où les habitants n’ont plus goût à la vie. Cette vie, rongée par la pollution, la guerre, la famine. Il ne reste qu’une issue fatale, le suicide.

Si ce roman semble prémonitoire, sans entrer dans le côté lugubrement burlesque du livre, il est vrai, que le monde entier vit les heures les plus chaotiques de l’histoire. Le coronavirus a mis notre moral en berne. Maurice n’y échappe pas non plus, malgré la marque apposée « Covid Safe ». Une vague de suicides, telle la faucheuse, s’est emparée de notre île. Le marasme économique a mis en exergue cette fragilité existante. On entend des parents qui pleurent la perte d’un jeune. Faits divers, on aurait tellement voulu que cela reste des cas isolés dans cette rubrique; or ce phénomène prend une ampleur qui nous dépasse. En moins de 2 mois, il y a eu des cas de suicide mais pas de morts dues à la COVID-19. Le suicide, ce mal qui ronge notre société à petit feu. Les profils sont hétérogènes. L’affaire devient même politique. L’État doit entendre le cri de détresse de son peuple en souffrance. Une étude sociologique doit être menée pour connaître le pourquoi du nombre de suicides à Maurice. En parallèle, une étude psychologique doit être faite pour aider ces personnes en détresse. Le père fondateur de la sociologie moderne, Emile Durkheim, a travaillé sur la thématique du suicide; cependant, il nous revient, à nous politiciens, de répondre par l’action face à l’urgence de ce fait sociétal très inquiétant.

Alors que faire ?

Il faut de toute URGENCE élaborer des mesures en vue de dissuader certain.ne.s de nos compatriotes du suicide.

– campagne massive de sensibilisation;

– créer une hotline gratuite (pour discuter) destinée à toute personne en détresse psychologique ;

– mettre à disposition gratuitement et de manière anonyme des psychologues aux personnes en fragilité psychologique ;

– Organiser des débats sur ce sujet au sein des collèges, universités et dans les entreprises, avec le soutien des intervenants formés à cet effet.

– inciter tout Mauricien à solliciter l’aide des psychologues dès lors qu’il connaît quelqu’un en situation de détresse ;

Les travailleurs sociaux comme les humanitaires doivent être mobilisés pour cette cause.

L’urgence sanitaire est de taille. J’invite le ministre de l’Intérieur, Pravind Jugnauth, la ministre de l’Égalité du genre et du Bien-être de la famille, Kalpana Koonjoo-Shah, ainsi que le ministre de la Santé, Kailesh Jagutpal à mettre en place ces propositions. Nous n’avons pas droit à l’erreur. Il y va de la survie de tout un peuple. Nous devons réagir collectivement avant que ce ne soit l’hécatombe !