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Industrie Touristique : Le CEO de NMH plaide en faveur d’un nouveau modèle de développement

- Gilbert Espitalier-Noël dit qu’il faut cesser de « courir après le nombre de visiteurs » - L’impact d’un baril de pétrole à USD 105 sera considérable

Gilbert Espitalier-Noël, Chief Executive Officer du groupe New Mauritius Hotels (NMH), prône une nouvelle approche de développement pour le secteur touristique, avec le même volume de visiteurs d’avant la crise, mais qui dépenseraient plus, afin d’augmenter les recettes touristiques nationales. Pour cela, il faudrait attirer une clientèle de plus en plus qualitative. Cette formule de développement tiendrait compte du fait que les sites sont limités et qu’il faut préserver les plages publiques pour les Mauriciens.

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Le CEO de NMH a discuté à bâtons rompus avec des membres de la presse à l’issue de la présentation du projet Harmony Golf & Beach Estate à l’hôtel Paradis. Il soutient qu’il « faut mesurer l’impact du secteur touristique pas uniquement en termes de nombre d’arrivées, mais plutôt au niveau des recettes touristiques ». Et d’expliquer son raisonnement : depuis un moment, on observe que la dépense du touriste est plus importante qu’avant, parce que les touristes fréquentent davantage les hôtels 5 étoiles, plutôt que les 3 et 4 étoiles. « D’ailleurs, on le voit au sein du groupe, nos hôtels 5 étoiles sont mieux remplis que nos 3 et 4 étoiles. Et même en regardant les chiffres en euros, on voit que la dépense moyenne par touriste est bien supérieure à ce qu’elle était avant la crise. C’est parce que ce sont des touristes qui ont les moyens, et qui viennent dans les 5 étoiles. Nous pourrions donc, à la limite, avoir le même nombre de touristes d’avant crise pendant quelques années, mais encourager des touristes qui dépensent plus à venir à Maurice. Et ainsi, au lieu d’avoir Rs 60 milliards de recettes comme avant la crise, nous pourrions cibler disons Rs 100 milliards de recettes avec le même nombre de visiteurs qu’avant la pandémie », affirme le patron de NMH.

Miser sur la qualité plutôt que la quantité

Il estime que c’est comme cela qu’il faut envisager l’avenir de l’industrie, plutôt que de courir après le nombre de visiteurs. Parce que pour augmenter sans cesse le nombre de touristes qui viennent à Maurice, il faut avoir de la place pour les accueillir. « Or, nos sites sont limités, et il faut à tout prix préserver les plages publiques pour les Mauriciens, c’est évident. Donc, je ne pense pas qu’on puisse continuer à multiplier le nombre d’hôtels partout dans l’île. Cependant, attirer une clientèle de plus en plus qualitative est souhaitable et tout à fait jouable », poursuit Gilbert Espitalier-Noël.
Interrogé sur les préoccupations actuelles des hôteliers, il évoque le cours du baril de pétrole et son impact sur les coûts de l’aérien, surtout pour une destination long courrier comme Maurice. « L’impact d’un baril à USD 105 sera considérable, et cela nous inquiète, car il sera inévitable d’avoir des Fuel Surcharges ou une hausse de prix des billets d’avion, on le voit déjà… Cela va rendre la destination plus chère », concède-t-il.

Dettes en hausse

Le CEO de NMH s’inquiète également de l’érosion des plages et de la montée des eaux, et met l’accent sur la nécessité de protéger à tout prix l’environnement pour rendre Maurice « la plus belle possible ». Il reconnaît par ailleurs que NMH, comme tous les hôteliers, sort de cette crise avec des dettes encore plus conséquentes, « car nous avons dû financer toutes nos pertes ». Tout en ajoutant que « certains éléments nous montrent qu’on pourrait retrouver des profitabilités intéressantes assez rapidement ».

Gilbert Espitalier-Noël estime que les taux de réservations dans les hôtels pour le mois d’avril sont excellents, surtout que les vacances scolaires de Pâques tombent en avril dans plusieurs des principaux marchés, incluant la France et l’Afrique du Sud. Pour la suite, il s’attend à une basse saison plus ou moins normale et prévoit qu’à partir d’octobre, « on devrait retrouver des chiffres à peu près similaires à ceux d’avant la crise ».
L’hôtelier dit noter en ce moment une forte demande venant de la France, de l’Angleterre et de l’Afrique du Sud, mais plaide pour un meilleur accès aérien afin de dynamiser la reprise. Interrogé sur le chiffre de 1 million de visiteurs annoncé par les autorités, il estime qu’il est ambitieux : « Il suffit de faire un calcul pour réaliser que ce n’est pas simple. » Cela d’autant que la performance des trois premiers mois de l’année n’a pas été extraordinaire, mais le mois d’avril va permettre de rattraper une partie du retard.

Compliqué pour Air Mauritius

Invité à commenter la situation d’Air Mauritius, Gilbert Espitalier-Noël maintient qu’il est important de soutenir la ligne nationale, mais convient que les défis sont grands dans le contexte actuel. « La sortie de crise s’annonçait prometteuse, mais on se retrouve avec un baril qui a été multiplié par quasiment trois en l’espace de quelques semaines à cause de la guerre en Ukraine. C’est sûr que cela va être compliqué pour Air Mauritius, mais nous sommes là pour la soutenir. C’est un partenaire incontournable et extrêmement important du secteur touristique ».

Il salue au passage le rôle des banques et de la Mauritius Investment Corporation. « Sans l’aide de la MIC, nous aurions fait face à une crise systémique, puisque les banques peinaient à continuer à nous financer pendant ces deux années, où il y avait très peu de visibilité, avec une impossibilité de savoir quand on allait sortir de la crise. Donc, l’intervention de la MIC, dans tous les groupes hôteliers mauriciens, a été vraiment cruciale, de même que le Wage Assistance Scheme, pour garder les entreprises vivantes », devait-il avouer.

À quelques semaines du budget, le CEO de NMH estime que le ministre des Finances, Renganaden Padayachy, doit « s’assurer d’un accès aérien adéquat », précisant que « le message a été bien reçu à ce stade ». Il plaide aussi en faveur d’un réel élan national pour que Maurice se présente comme une île verte, où la protection de l’environnement est au cœur des préoccupations, afin que le Mauricien puisse en bénéficier et pour continuer à accueillir le touriste dans de bonnes conditions.

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