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Inondations : c’est la démocratie locale qui prend l’eau

Patrick BELCOURT
Leader
EN AVANT MORIS

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À la fin de l’année 2021, je lisais, avec autant d’amusement que de tristesse, quelques déclarations relevant essentiellement de prétentions. La nature s’est chargé entretemps de mettre ces prétentions à l’épreuve et la véritable réalisation de la PPS Diolle aura été de se confondre en excuses après que les grosses pluies auront encore une fois inondé de nombreux quartiers de Beau-Bassin/Rose-Hill. C’est méritoire et je le dis sans ironie. Car, si l’on considère qu’elle appartient à une classe politique prompte à demander « Kot monn fote ? » plutôt que de reconnaître ses erreursles excuses de Tania Diolle relèvent de l’innovation !

 Mais, comment en arrive-t-on là ? Rappelons-nous des maisons inondées dans la région de Chamouny et de Chemin-Grenier : on s’en souvient aisément puisque le ministre Alan Ganoo fut sérieusement pris à partie par ses propres agents qui étaient très remontés ! Puis il y a eu le passage des ministres Hurreeram et Husnoo. Pour aboutir à quoi ? À des solutions mises en œuvre par le conseil de district ! Ainsi, avec davantage d’autonomie les conseillers du village, avec l’appui du conseil de district, auraient pu appliquer les solutions en évitant que les conséquences soient aussi désastreuses pour les habitants de la localité.

Malheureusement, l’absence d’une éducation civique ne permet pas aux Mauriciens  d’appréhender le tort immense causé aux administrations régionales par les divers gouvernements. Parce qu’elles sont subtiles et pernicieuses, non seulement ces atteintes à la démocratie passent inaperçues, mais certaines pratiques politiciennes finissent par rentrer dans les mœurs.

La concentration du pouvoir est un trait commun du MSM et du PTR, les deux partis qui se présentent comme les locomotives ethniques des alliances électorales qu’ils font et défont à loisir. Au début, ces partis exerçaient des pressions sur les élus des conseils ruraux pour pervertir le vote populaire et s’approprier les représentants des conseils de district. Depuis une vingtaine d’années, ces deux partis nationaux ont mis au point de nouvelles stratégies pour faire élire leurs candidats aux élections municipales et prendre ainsi le contrôle des villes.

La perversité ne s’arrête pas là. Elle prend la forme d’autres atteintes à la démocratie, et plus particulièrement à la démocratie locale. Quel est le rôle des PPS sinon de réduire le champ d’interventions de la collectivité locale ? A-t-on idée des obstacles administratifs surtout quand une municipalité ou un conseil de district dispose d’une majorité qui n’appartient pas à la même famille politique que les gouvernants du jour ? Toute la perversité est là car le gouvernement va exercer des pressions pour entraver, voire même saboter, l’action de l’administration locale. Ainsi, les interventions des PPS finissent par paraître salutaires aux yeux d’une population qui n’aura que trop souffert des conséquences de la partisanerie débridée du personnel politique.

Dérive pour l’accaparement

Non, ce que j’avance n’est pas que des vues que l’on classe avec mépris dans la catégorie des « réflexions d’intellectuels ». Il faut justement de telles réflexions pour se rendre compte de ce qui se passe concrètement dans le fonctionnement de notre système que l’on croit démocratique. Car, très concrètement, les élus des municipalités, ainsi que ceux des conseils de villages et de districts, ont été élus pour gérer les collectivités dont ils ont légalement la charge administrative. Et, très concrètement aussi, nous voyons que les fonds dont ces collectivités devraient disposer sont réduits, alors que les projets menés par les PPS ne souffrent, eux, d’aucune limitation dans leurs financements. Et voilà comment on assure le marketing électoraliste du parti au pouvoir !

Ceux qui sont dans ces grandes formations nous en voudront sûrement de révéler ainsi les tours de passe-passe qui font passer les politiciens pour des faiseurs de miracles. Nous sommes alors, assurément, dans le charlatanisme politique. Dont tout le monde a fini par s’accommoder par manque de discernement.

Il y a même un ministère, celui des infrastructures et du développement communautaire, qui fait concurrence aux administrations régionales. Et le ministre Hurreeram qui en a la charge n’éprouverait aucune gêne à s’arroger des mérites de certaines réalisations. Pourtant celles-ci viennent attester, au contraire, de cette honteuse dérive pouvoiriste. Nous avons aujourd’hui des ministres et des parlementaires nullement embarrassés par de telles confusions grossières.

Cette grossièreté n’est pas exclusivement masculine. La PPS Tania Diolle nous aura bien asséné sa démonstration à la fin de 2021 en faisant le répertoire de « ses réalisations » à Beau-Bassin/Rose-Hill. La portée électoraliste de la démarche ne laissait aucun doute puisqu’on pouvait lire, dans la presse de propagande gouvernementale, ce reportage qui démarrait avec : « La circonscription no. 19, Stanley – Rose-Hill, compte 38 581 électeurs ». S’il fallait une preuve que la grossièreté ne craint nullement de l’emporter sur la subtilité !

Bref, il y est fait étalage de travaux au niveau des routes en des termes qui laisseraient pantois ceux qui auraient lu les observations de Jean-Luc Mootoosamy, ce professionnel des médias, sur l’état pitoyable des routes des villes-sœurs. Un état des lieux tellement sinistre que l’on peine à réaliser que Beau-Bassin/Rose-Hill était une référence en matière de gestion municipale à la fin des années 80.

Et pourtant, que venait affirmer la PPS Tania Diolle ? « Avec des travaux de la CWA, nous n’avons pu entamer des travaux d’asphaltage dans la majeure partie de la circonscription. Néanmoins, certaines rues, comme l’Avenue de l’Indépendance, à Roches-Brunes, ainsi que d’autres situées à Trèfles, entre autres, ont été asphaltées après que la CWA nous a donné le feu vert », affirmait-elle. Fallait-il comprendre que les observations de Jean-Luc Mootoosamy relèveraient de fabulations ?

Cette dérive pour l’accaparement de toutes les structures du pouvoir est une suite logique pour le PTR comme pour le MSM. Ces deux partis sont bien engagés dans le même objectif de la monopolisation du pouvoir. Sauf que nous devons bien admettre que cette approche – surtout quand ces partis sont sous la coupe de leurs « dirigeants à vie » omnipotents – tient davantage d’une conception despotique du pouvoir que celle relevant du modèle républicain. Et cela, si ce n’est pas honteux, c’est que l’on a perdu tout sens de l’amour propre.

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