Le directeur général de Lux Resorts and Hotels, qui est l’invité du Mauricien cette semaine, jette un regard réaliste sur la reprise de l’industrie touristique à Maurice, dont il dit s’attendre « à une hausse progressive de la demande à partir de 2022 ». Il note que les réservations pour la haute saison d’octobre 2021 à mars 2022 sont toujours timides, étant donné que l’industrie du voyage et les clients attendent d’être sûrs au sujet de la date-butoir du 1 er octobrte pour la destination Maurice. Il souligne aussi qu’on ne peut pas dissocier Air Mauritius de nl’industrie touristique locale. « Il est impératif qu’une destination populaire comme Maurice dispose d’une compagnie aérienne nationale pour desservir nos principaux marchés émetteurs afin de proposer des fréquences de vols élevées et des billets d’avion à des prix très compétitifs. »

Depuis le 1er septembre, les protocoles pour les voyageurs arrivant à Maurice ont été assouplis. Cette mesure va-t-elle dans le bon sens ?

Cette annonce est de bon augure pour la réouverture complète de nos frontières, prévue pour le 1er octobre prochain. Ayant été informés de la réouverture graduelle des frontières dès juin dernier, nous avons eu suffisamment de temps pour nous préparer à la reprise des activités. Il est cependant nécessaire de faire ressortir que la réussite de cette réouverture dépendra grandement de la mise en œuvre d’une campagne marketing efficace par l’industrie dans son ensemble.

Aujourd’hui, les agents de voyages et les voyagistes restent prudents, voire réticents, à l’idée de vendre proactivement la destination Maurice avant l’ouverture complète des frontières. C’est tout à fait compréhensible, car les restrictions changent régulièrement, et ces derniers ne prendront aucun risque en ce qui concerne les vacances de leurs clients. Nous anticipons donc une reprise lente, mais progressive, de la demande.

Le Covid-19 a mis le tourisme et l’industrie du voyage à genoux. Et maintenant, outre l’apparition de nouveaux variants, nous assistons à la résurgence des cas dans des endroits comme Israël et La Réunion. Craignez-vous que la reprise du secteur du tourisme soit plus lente ?

La pandémie a eu un effet dévastateur sur notre industrie, et les craintes liées à l’émergence de nouveaux variants du Covid-19, possiblement plus dangereux, pourraient ralentir la reprise des voyages internationaux. Cela dit, il est clair que les gens à travers le monde commencent à se lasser du Covid-19 et sont fatigués de vivre dans la peur. Voyager est synonyme de liberté, d’aventure, de découverte et de bonheur… Des choses essentielles pour tout être humain.

Même si nous prévoyons qu’une partie de la population pourrait envisager de voyager dans le court et moyen termes, je m’attends à une hausse progressive de la demande à partir de 2022. Au vu du nombre et de la qualité des établissements que nous avons récemment inaugurés ou rénovés, le groupe The Lux Collective est bien placé pour pleinement bénéficier de cette reprise.

Le gouvernement a annoncé qu’outre Air Mauritius, plusieurs compagnies aériennes, telles British Airways, Emirates, Turkish Airline, Air France et Kenya Airways, desserviront Maurice. Pensez-vous que cela soit suffisant pour transporter le nombre nécessaire de touristes afin de relancer l’industrie ?

Il existe une corrélation directe entre le succès du tourisme à Maurice et la capacité des vols sur la destination ainsi que les coûts associés. L’accès aérien a été pendant longtemps au centre du débat, car Maurice n’a pas bénéficié des mêmes fréquences de vols que les destinations touristiques concurrentes. Aujourd’hui, la situation s’est aggravée avec la mise sous administration volontaire de notre compagnie aérienne nationale, contrainte de réduire sa flotte pour se maintenir.

À la mi-août, seul un quart des sièges disponibles avait été réservé pour octobre 2021, soit 52 000 places. Ce chiffre représente une baisse considérable par rapport à octobre 2019, lorsque 207 000 sièges avaient été vendus. Pour décembre 2021, nous disposons actuellement d’environ un tiers de notre capacité en termes de sièges, c’est-à-dire 75 000. Il s’agit d’une baisse importante par rapport à décembre 2019, lorsque nous avions une capacité de 232 000 sièges.

Même si octobre correspond traditionnellement au début de la haute saison hivernale en Europe, il est évident qu’il n’y a pas assez de sièges, de transporteurs et de fréquences de vols pour que la destination renoue avec ses performances d’antan à court et moyen termes.

Il est donc primordial que Maurice mette tout en œuvre pour attirer davantage de transporteurs capables d’offrir plus de vols en provenance de nos principaux marchés émetteurs. Nous avons vu l’impact positif des accords ciel ouvert sur les Maldives depuis la réouverture de ses frontières, en juillet 2020. Ce pays a non seulement été en mesure de rapidement diversifier ses offres pour répondre à la demande des marchés nouveaux et émergents, mais il a également pu augmenter le volume de visiteurs de ces pays. Et tout cela a été possible grâce à une stratégie d’accès aérien très réactive, voire opportuniste.

Il y a un manque de visibilité quant à l’avenir de notre compagnie aérienne nationale. MK transportait autrefois la plupart des passagers qui visitaient l’île. Peut-on envisager l’avenir du tourisme sans Air Mauritius ?

C’est tout simplement impossible. En effet, il est impératif qu’une destination populaire comme Maurice dispose d’une compagnie aérienne nationale pour desservir nos principaux marchés émetteurs afin de proposer des fréquences de vols élevées et des billets d’avion à des prix très compétitifs.

Le fait qu’Air Mauritius soit sous administration volontaire n’aide pas à la reprise du secteur touristique à Maurice, car les voyagistes hésitent à réserver des billets, de peur de perdre leur argent. Il est donc primordial d’attirer autant de compagnies aériennes que possible pour desservir la destination. L’idée étant de donner le temps nécessaire à Air Mauritius de se redresser sans que cela n’affecte le reste de l’industrie touristique locale, et par conséquent l’économie mauricienne.

Comment voyez-vous le rebond de l’industrie du tourisme jusqu’à présent ?

En ce qui concerne Maurice, les réservations pour la haute saison d’octobre 2021 à mars 2022 sont timides, étant donné que l’industrie du voyage et les clients attendent d’être sûrs que la destination ouvrira bel et bien ses portes le 1er octobre. À la mi-août, nous avions noté que le rythme des réservations était en baisse de 85% par rapport à la même période en 2019. Cependant, les chiffres s’améliorent de jour en jour à mesure que la date de la réouverture se rapproche et que les autorités communiquent davantage, rassurant ainsi les voyageurs.

Actuellement, le taux d’occupation moyen dans nos hôtels est à 25% pour le dernier trimestre de cette année financière, ce qui représente un tiers du taux que nous aurions dû atteindre pour ce trimestre, le plus chargé pour le tourisme à Maurice. En Europe, la haute saison hivernale va bientôt démarrer, d’où l’importance pour Maurice de tout mettre en œuvre pour vendre la destination. Il s’agit d’un marché où la concurrence est rude, avec de nombreuses destinations qui rouvrent simultanément. De ce fait, c’est celle qui aura la meilleure visibilité, avec les offres les plus attractives, qui se démarquera.

The Economist a récemment publié un article très pessimiste en ce qui concerne la relance de l’industrie touristique post-Covid-19. Pensez-vous que cela constitue une mauvaise nouvelle pour le secteur ? Qu’a fait The Lux Collective pour assurer la sécurité de ses clients et de ses employés ?

En nous basant sur l’expérience acquise à travers nos établissements en Chine, aux Maldives et à La Réunion, nous pensons que le tourisme va de nouveau prospérer une fois les restrictions de voyage levées. Cela a notamment été le cas aux Maldives, où nous avons atteint cette année de meilleurs taux d’occupation durant la basse saison par rapport à 2019.

Avant la récente pandémie et la révision des restrictions de voyage, nos hôtels, en Chine, affichaient des taux d’occupation records de 90% en moyenne, et ce, grâce uniquement au tourisme intérieur. Depuis sa réouverture à la mi-2020, l’île de La Réunion a également enregistré de bons résultats grâce au tourisme domestique. En juillet, nos hôtels à l’île sœur affichaient un taux d’occupation moyen de 74%. Malheureusement, les récentes restrictions ont eu un impact sur la demande en août et septembre 2021.

Il y a une course mondiale vers la vaccination, et nombre de nos marchés émetteurs sont en voie d’atteindre l’immunité collective. Cela sera suivi d’une levée des restrictions de voyage. Je suis persuadé que nous pouvons retrouver la demande touristique d’avant Covid-19 d’ici mi ou fin 2022, à condition de poursuivre nos efforts pour apprendre à vivre avec le virus. À l’heure actuelle, 99% des membres de notre équipe à Maurice et aux Maldives sont vaccinés. De plus, grâce aux protocoles sanitaires stricts mis en place dans l’ensemble de nos établissements, nos clients se sentent en sécurité. Durant les procédures de réservation et avant leur arrivée chez nous, nous communiquons de manière proactive avec eux au sujet des protocoles de sécurité en place afin de les rassurer.

Pensez-vous que Maurice est bien représentée sur le marché primaire, à savoir l’Europe ?

La marque Maurice est connue au niveau international, non seulement en tant que destination pour des vacances de rêve, mais aussi pour sa stabilité économique et politique. La façon dont le pays a géré la crise liée au Covid-19 a également été exemplaire et, malgré la récente résurgence des cas locaux, le pays a prouvé qu’il était capable de très bien gérer la situation. Cela n’est pas passé inaperçu puisque nos partenaires reconnaissent les efforts qui ont été faits.

Hélas, nous avons aussi été affectés par la marée noire survenue après le naufrage du MV Wakashio l’année dernière. Cette catastrophe nous a rappelé que nous devons rester vigilants en matière de préservation de l’environnement et de la biodiversité. Nous devons saluer les efforts de milliers de Mauriciens qui ont su faire preuve de solidarité.

Au-delà des campagnes marketing, c’est le bouche-à-oreille et l’expérience des voyageurs qui façonneront l’image future de Maurice. Il est donc essentiel de protéger la beauté naturelle de la destination, et de promouvoir les communautés locales, y compris le savoir-faire des artisans. Les Mauriciens n’ont pas changé et leur sens inné de l’hospitalité restera toujours un atout pour la destination.

C’est d’ailleurs dans cet esprit que nous avons créé la marque SALT Resorts, afin que les voyageurs puissent aller à la rencontre de la communauté, ce qui les encouragera à explorer l’île. De plus, nous contribuons à l’économie locale en employant des Mauriciens, mais également en protégeant l’environnement et en nous approvisionnant auprès de producteurs de la région.

On a beaucoup parlé de stratégie de marketing, comme le parrainage du Liverpool Football Club. Quelle approche devrait adopter Maurice pour mieux se faire connaître et, surtout, communiquer plus efficacement sur le bon déroulement de notre campagne de vaccination ?

Dans l’industrie, en particulier parmi les voyagistes, on parle beaucoup de la manière dont Maurice a géré la crise liée au Covid-19. L’approche prudente adoptée par la destination, qui s’est traduite par un faible nombre de cas, a certainement renforcé la réputation de Maurice en tant que destination respectée, sûre et digne de confiance.

Les frontières rouvriront le 1er octobre et le monde aura de nouveau la possibilité de visiter le pays en toute sécurité. Les nouveaux protocoles de sécurité sont communiqués de manière proactive aux clients à leur arrivée. Très rapidement, leur expérience sera partagée sur les réseaux sociaux : c’est le voyageur qui parlera de son expérience, et nous devons tout faire pour qu’il passe un séjour merveilleux et mémorable.

Cela dit, des investissements doivent être faits pour concurrencer les autres destinations. Le partenariat avec les compagnies aériennes et les voyagistes est essentiel pour assurer un rebond rapide du tourisme. Aucune dépense ne doit être épargnée, car c’est l’avenir de notre destination qui en dépend.

Quelle doit être la meilleure approche pour proposer un modèle différent et adapté aux nouvelles exigences de l’industrie du tourisme ?

Les stations balnéaires ont façonné durablement le tourisme à Maurice. Cependant, la croissance rapide de la demande pour un tourisme hors des sentiers battus, axé sur l’exploration, l’aventure et l’immersion culturelle, offre une grande opportunité pour de nouvelles expériences hôtelières plus riches. L’environnement magnifique de l’île est parfaitement adapté au développement et à la promotion de projets d’écotourisme.

Les voyages spécialisés axés sur le sport, le bien-être et l’aventure sont également en plein essor. Maurice doit profiter de cette occasion pour investir dans le positionnement du pays en tant que concurrent sérieux en développant des services connexes. Les sentiers de randonnées sont nombreux, mais ne répondent pas aux exigences des voyageurs modernes. Il en va de même pour le cyclotourisme, qui représente chaque année plus de 20 millions de nuitées en Europe, selon les Nations unies. Pour que nous puissions bénéficier de ces nouvelles tendances, le gouvernement devra consentir d’importants investissements pour développer les infrastructures nécessaires.

Le touriste moderne est soucieux de l’environnement et place le développement durable au-dessus de tout. En tant que groupe responsable, que préconisez-vous pour ajuster vos offres afin qu’elles correspondent aux valeurs de vos clients ?

Le développement durable est au cœur de notre modèle économique depuis plus de dix ans maintenant. Chez The Lux Collective, nous en avons fait un élément de notre raison d’être, et ce, non seulement en faisant en sorte que chaque moment compte pour nos clients, mais aussi en se souciant de ce qui importe vraiment. Conscient de sa responsabilité vis-à-vis des générations futures, nous sommes engagés à opérer de manière réfléchie et respectueuse.

En effet, les Objectifs de développement durable des Nations unies (ODD) sont au cœur de la vision du groupe pour un avenir meilleur. Ces objectifs font partie de notre propre initiative Ray of Light, à travers laquelle nous engageons la communauté et d’autres partenaires dans divers projets visant à aider ceux souffrant de marginalisation sous différentes formes. L’initiative couvre ainsi les ODD relatifs à la lutte contre la pauvreté et la faim; à la promotion de la santé, d’une éducation de qualité, et de l’égalité des sexes.

Le programme porte aussi sur l’accès à l’eau potable et à l’assainissement, à la promotion d’une croissance économique soutenue et d’un travail décent, à la réduction des inégalités et de la violence. Pour mettre en œuvre nos projets, nous collaborons avec des Ong actives dans différents domaines d’intervention.

En matière de projet environnemental, nous avons été le premier groupe à lancer des séjours zéro carbone pour une participation volontaire d’un euro par nuit de nos clients. Tread Lightly a dépassé la barre d’un million de nuitées et a permis de compenser 97 000 tonnes de CO2 par le biais de projets enregistrés sous la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Sur l’île des Deux-Cocos, par exemple, nous avons mis en place un projet pilote de ferme photovoltaïque, ce qui contribue à réduire l’utilisation du diesel ainsi que les émissions de gaz polluants. Aux Maldives, nous mettons actuellement en œuvre un projet similaire d’une capacité d’environ 500 MWh pour réduire notre empreinte carbone.

The Lux Collective prévoit l’ouverture de LUX* Grand Baie en novembre 2021. Étant donné la crise économique et le manque de visibilité quant aux arrivées touristiques, n’est-ce pas un gros risque financier que prend le groupe ?

L’ouverture officielle de LUX* Grand Baie en novembre, après 18 mois de travaux, représente une opportunité incroyable pour notre groupe et pour le secteur hôtelier, que ce soit à Maurice ou dans l’océan Indien. Il s’agit du premier établissement de luxe 5 étoiles à ouvrir à Maurice depuis des années. Il représente une merveilleuse opportunité pour le pays de briller et de maintenir son positionnement comme l’une des meilleures destinations au monde, comptant de prestigieux hôtels de luxe à la pointe de la technologie.

Ce sont des décennies de passion et d’expérience d’hôteliers chevronnés qui ont été mobilisées pour ce projet qui deviendra, à coup sûr, un fleuron du groupe dans la région. Pour sa réalisation, Paul Jones, notre CEO, nous avait donné un mandat simple : Créer le plus bel hôtel de luxe de l’océan Indien.

Et pour y arriver, nous avons engagé les meilleurs talents dans différents domaines pour ériger un hôtel unique qui attirera une clientèle internationale exigeante. L’ouverture de notre établissement coïncide avec la réouverture complète des frontières après des mois de fermeture. Comme celle-ci se fera à partir du 1er octobre, nous anticipons une forte demande début 2022.

Qu’en est-il des hôtels que vous gérez en Asie ? Le marché local chinois a-t-il réussi à relancer le tourisme après la crise sanitaire ?

C’est en 2014 que notre aventure en Chine a commencé par l’ouverture du LUX* Lijiang, et nous n’avons cessé depuis d’agrandir notre portefeuille d’hôtels. Cette année, nous avons inauguré LUX* Chongzuo, un des plus beaux établissements 5 étoiles du pays. Il est situé dans le sud, plus précisément dans la province du Guangxi, région limitrophe du Vietnam. Dès son ouverture, il a connu un fort taux d’occupation grâce à la demande intérieure, ce qui a permis à la marque de se positionner sur le marché du tourisme de luxe en Chine. Nous devons saluer l’équipe de passionnés qui met tout en œuvre pour permettre à nos clients de célébrer la vie. De son côté, LUX* Tea Horse Road se développe de plus en plus.

En Chine, la pandémie de Covid-19 a créé des opportunités pour le tourisme domestique, et malgré les restrictions de voyage, les hôtels n’ont pas connu de baisse de fréquentations depuis avril 2020, dépassant même les taux d’occupation historiques et les tarifs moyens des chambres.

Au cours des trois prochains mois, nous ouvrirons LUX* Dali et LUX* Shangri-La, qui se trouvent dans deux des destinations de loisirs les plus populaires en Chine. D’ici l’année prochaine, nous aurons un total de neuf hôtels en opération tout le long de la Route du Thé, reliant ainsi les différentes destinations touristiques les plus populaires du Yunnan pour créer une expérience unique.

Propos recueillis par

Jean Marc POCHE