Quel regard jetez-vous sur ce qui se passe au niveau des partis de l’opposition ?

C’est pitoyable de voir l’entente PTr-MMM-PMSD-Reform Party se disloquer de la sorte. Cela, à cause du leader du MMM Paul Bérenger, quelqu’un qui joue sur tous les claviers en bon Machiavel. À moins qu’il se retire de la politique – c’est un conseil d’ami que je lui donne – le clan Jugnauth continuera à pourrir la vie des Mauriciens pour longtemps encore.

L’arrivée de Nando Bodha, un candidat idéal pour remplacer Ramgoolam comme futur Premier ministre, a précipité les choses… Si les ponts sont vraiment coupés entre le MMM et le PTr, il est à prévoir que le PMSD de Xavier-Luc Duval et le Reform Party de Roshi Bhadain se rapprochent du PTr, laissant le MMM seul comme aux dernières joutes électorales. Ce que redoute l’électorat mauricien. Une lutte à trois ou quatre favorise certainement le MSM.

Toutefois, il y a encore du temps pour que des représentants de tous les partis de l’opposition se rencontrent sans leurs leaders pour trouver un consensus, ne serait-ce que pour préparer les élections municipales dans un premier temps.

Pensez-vous que les leaders des partis de l’opposition cernent-ils le message véhiculé lors des dernières manifestations citoyennes ?

Certainement qu’ils ont compris que les Mauriciens veulent le grand chamboulement. Que les choses ne seront plus comme avant. Qu’un nouvel ordre sociopolitique se dessine bientôt. Et qu’ils ont peut-être fait leur temps. C’est cela leur crainte. D’où le désir d’accueillir la mouvance citoyenne dans la marche du 13 février. Mais, ils ne s’attendaient pas à des slogans tels que « B… zot tou deor! ».

Je saisis l’occasion pour féliciter tous ceux et celles qui sont descendus dans la rue pour exprimer leur cri de cœur contre les dirigeants actuels qui ont failli dans leur devoir de diriger le pays comme il se doit.

Ne croyez-vous pas que cette dissension au sein de l’opposition profite au gouvernement, le Premier ministre et leader du MSM Pravind Jugnauth n’ayant pas d’adversaire direct?

Oui et non! Oui, jusqu’aux élections municipales. Car je crois comprendre que la mouvance citoyenne ne présentera pas de candidats à ces élections en tant que force soudée. Mais, pour les prochaines élections générales, ce sera une autre paire de manches.

D’ici là, le seul challenger de Pravind Jugnauth pourrait bien être la mouvance citoyenne qui présentera un candidat au poste de Premier ministre. De qui s’agit-il, l’avenir nous le dira!

Cette mésentente au sein des formations de l’opposition ne ferait-elle pas l’affaire de L’Alliance Morisien dans le cadre de la tenue des municipales?

À ce jour, L’Alliance Morisien ne fait pas le poids dans les villes. Les partis de l’opposition se partageront les 120 sièges entre eux. À moins que la mouvance citoyenne arrive à présenter des candidats dans un front uni et rafle la majorité des sièges. Alors, là, L’Alliance Morisien récoltera quelques sièges.

Où en êtes-vous avec vos démarches d’avoir recours à une Private Prosecution contre le Premier ministre ? Que dénoncez-vous au juste?

J’ai reçu lundi une lettre de l’ICAC. Elle me fait savoir que la Commission anti-corruption a vu mon courrier en date du 17 novembre dernier dans laquelle j’avais sollicité la permission au DPP en vue d’instituer une Private Prosecution contre le PM, dans laquelle lettre, j’avais inclus des éléments qui prouveraient que le PM aurait commis des délits de corruption sous les articles 4 et 10(5) de la Prevention of Corruption Act.

Pour rappel, Pravind Jugnauth avait promis le 1er octobre 2019 aux personnes âgées de doubler leur pension pour l’augmenter à Rs 13 500 tous les mois s’il revenait au pouvoir. Il faut savoir que le FLN avait, auparavant, écrit à l’ICAC à ce sujet, mais notre requête pour ouvrir une enquête sur Pravind Jugnauth fut rejetée à deux reprises. Notre démarche auprès du DPP a donc fait avancer les choses. Et nous espérons, Amika Bhujun et moi, que l’ICAC enquêtera en toute indépendance. La Private Prosecution est en bonne voie…

Le gouvernement résiste tant bien que mal aux différentes pressions jusqu’ici. N’estimez-vous pas que les réclamations de « b… li deor » sont « dan vid »?

Je crois que les réclamations citoyennes de « b… li deor » ne sont pas totalement « dan vid ». La revendication de la rue est nécessaire, voire vitale, dans une démocratie. Elle a, certainement, un grand impact pour faire prendre conscience à nos dirigeants de l’humeur de la population. Car les Mauriciens n’ont pas d’autre recours pour faire entendre leur voix, l’Assemblée nationale prenant de longs congés et quand elle siège, les voix sont censurées. La mouvance citoyenne et l’opposition, ont, comme priorité, de faire tomber ce gouvernement.

Quelle serait selon vous la configuration politique idéale pour remplacer éventuellement L’Alliance Morisien ?

L’ère des partis traditionnels tire à sa fin. La relève politique se trouve dans la mouvance citoyenne composée de gens intègres et compétents. Des gens désintéressés, sans hidden agenda, mais dédiés à la cause humaine. Pas dans des partis distincts ou des mouvements sectaires, mais dans un front commun de tous les Mauriciens. Comme le Front Libération National. Une même vision pour placer le pays dans le développement et le progrès de notre époque. Tout en vivant dans une grande fraternité et dans la coexistence pacifique.

Avec la rentrée parlementaire qui se profile, pensez-vous que les Mauriciens auront des réponses sur les scandales dominant l’actualité ?

Non! L’on a vu des parlementaires mentir ou cacher la vérité à l’Assemblée nationale. Et ce, en toute impunité. L’éthique a disparu. Certains y trouveront une occasion pour des cover-up ou esquiveront des questions. Le Parlement a perdu son rôle de traiter les affaires du peuple comme devoir sacré.

Quel est votre constat sur la situation économique et la reprise annoncée avec la campagne poussée de vaccination?

Nous sommes dans un gouffre économique avec des dettes publiques avoisinant les Rs 400 milliards, soit 90% du Produit intérieur brut. Et le gouvernement continue à emprunter davantage pour rembourser ces mêmes dettes qui augmentent artificiellement dû à l’intérêt. Y a-t-il plus grand ‘Ponzi scheme’ que ça? Tenez!

Pas plus tard que la semaine dernière, le gouvernement a emprunté Rs 4,4 milliards de l’Inde pour acheter des équipements indiens ‘for defence purposes’ et Rs 11.3 milliards du Japon pour contrecarrer l’effet Covid-19. Des dépenses inutiles, vu que Maurice n’est menacée par aucun pays et que le pays est Covid-Safe. Donc, Maurice a perdu de son indépendance économique. Elle est en chute libre. Le budget national sera toujours déficitaire. Nous continuerons à dépendre de l’étranger pour pouvoir présenter un budget et rembourser nos dettes.

D’autre part, alors que le gouvernement a détruit l’économie du pays, il continue à imprimer des billets même si la Banque centrale ne pourrait pas soutenir ni valoriser ces mêmes billets, ses réserves étant diminuées de Rs 150 milliards. Ce qui fait que de janvier 2020 à janvier 2021, la roupie a déprécié de 17.5%. Le résultat en est que le coût à l’importation a augmenté considérablement. À titre d’exemple, l’huile Rani, qui se vendait à Rs 169 la boîte, est passée à Rs 215. Pour moi, la campagne de vaccination n’a pas sa raison d’être. Vivement donc la réouverture immédiate de nos frontières, tout en maintenant un protocole sanitaire raisonnable. Et vivement la reprise de toutes les activités économiques!

Propos recueillis par

YAASIN POHRUN