Commentant la marche citoyenne de samedi, l’ancien Deputy Prime Minister et leader du Muvman Liberater, Ivan Collendavelloo considère que les frustrations du peuple doivent être prises en compte pour « empêcher l’explosion des frustrés ». Un gouvernement ne peut être renversé par une foule de 50 000 personnes, estime-t-il, ajoutant qu’il « n’y a pas de Printemps mauricien ».

Que pensez-vous de la manifestation citoyenne, qui a rassemblé une grosse foule à Port-Louis samedi ?

Premièrement, c’était une manifestation de protestation et non une de propositions. Il est clair que l’objectif de l’opposition était de surfer sur ce que le Premier ministre lui-même qualifie de frustration. La frustration des citoyens s’est exprimée et il faut que l’on en tienne compte. Je ne crois pas dans ces leaders politiques qui ont soi-disant marché. Nous sommes tous à l’écoute du peuple.

Un des messages envoyés par des manifestants était de demander le départ du Premier ministre et de son gouvernement. Qu’en pensez-vous ?

C’est vraiment l’expression de cette frustration, qui se catalyse en un appel à renverser le gouvernement. Mais nous ne sommes pas en Syrie ou en Tunisie. Il n’y a pas de Printemps mauricien. Chez nous, la démocratie, on la respecte. Je l’ai déjà dit : un gouvernement ne se renverse pas dans la rue. Un gouvernement n’est pas renversé par 50 000 personnes. Un gouvernement écoute ces 50 000 personnes. Notre Constitution prévoit que pour renverser un gouvernement, il faut qu’une majorité de députés l’exprime. Même si cette majorité ne consiste qu’en sept députés…

Vous dites que la frustration exprimée doit être écoutée. Comme vous ne faites pas partie du gouvernement, est-ce un appel que vous lui lancez ?

Je crois que le gouvernement est suffisamment à l’écoute des citoyens. Le problème se situe probablement ailleurs, et il faut chercher où. Il y a certainement un manque de communication. Il faut bien écouter la frustration du peuple pour empêcher l’explosion des frustrés.

Dans vos dernières déclarations, vous faites clairement comprendre que vous n’avez pas l’intention de quitter le gouvernement, comme le réclament certains dirigeants de l’opposition…

En ce qui concerne le ML, nous sommes toujours solidaires de l’Alliance Mauricien, dirigée par le Premier ministre, Pravind Jugnauth. Je suis entièrement d’accord sur le fait que ce n’est pas une marche qui doit déterminer le sort d’un État.

Un autre thème provenant de cette marche, c’est la corruption. Quel en est votre sentiment ?

Je pense qu’il y a beaucoup d’exagération de la part des opposants. Je pense en même temps qu’une allégation doit toujours faire l’objet d’une enquête transparente, voire même publique. Les documents ne peuvent être gardés dans un tiroir. Ils doivent être exposés à la scrutiny des médias, et donc de l’opinion. C’est ainsi que les allégations de corruption seront mieux analysées et comprises.

Vous parlez de dossiers gardés dans un tiroir. Or, le ministre Soodesh Callichurn a fait mention la semaine dernière de la situation qui prévalait au CEB. Pensez-vous que tous les dossiers sont clairs concernant ce corps parapublic ?

Non. La preuve en est qu’il y a supposément un rapport qui vient du Danemark dont on n’entend plus parler. Le ministre Lesjongard a demandé la publication de ce rapport. Jusqu’à l’heure, personne ne l’a écouté. Pourtant, il est le ministre de l’Énergie. S’agissant de Soodesh, clairement, c’était une phrase préparée par quelqu’un qui a voulu noyer un poisson sans le tirer de l’eau. L’amalgame est malheureux et j’ai eu l’occasion de lui dire franchement ma façon de penser. En d’autres termes, je ne décolère pas.

Nous supposons que vous êtes en colère puisqu’on parle de la révocation du conseil du CEB, alors que vous étiez encore le ministre des Utilités publiques, donc le CEB…

Ce n’est pas cela qui me met en colère. Ce qui me met hors de moi, c’est que celui qui a rédigé le texte de Soodesh Callichurn veut faire croire qu’il y avait des documents qui établissaient quelque chose de sinistre au board du CEB, composé de gens d’une intégrité sans appel. Je ne décolère pas, car on attaque ainsi des gens qui étaient sous ma responsabilité et qui ont fait leur travail avec honneur.

Vous étiez bien au courant des circonstances dans lesquelles le conseil d’administration du CEB a été dissout, non ?

J’étais au courant. Ken Arian venait avec des discussions. Cela suivait une interview donnée par le Chairman Naidoo accordée à une radio. Elle concernait ce qui est appelé avec le Financial Secretary comme une inaction du board du CEB. Le Premier ministre s’étant rangé à cette opinion, je me suis aligné sur la position du Premier ministre, tout en exprimant mon désaccord. Je ne comprends pas comment, subitement, quelqu’un vient insérer cette petite phrase dans le discours du ministre Callichurn.

Vous semblez soupçonner quelqu’un que vous ne mentionnez pas…

Je soupçonne quelqu’un que je ne mentionne pas, oui, mais tout le monde sait de qui je parle.

Une commission d’enquête sur la centrale de Saint-Louis siège actuellement. Souhaiteriez-vous que les travaux aillent plus vite ?

Je ne ferai aucun commentaire, parce que mon nom a été cité. Attendons les preuves !

Vous maintenez donc que vous n’étiez au courant de rien ?

Je maintiens que je n’ai rien à voir dans toute cette histoire. Je ne suis absolument pas mêlé aux spécifications des moteurs, mais je réserve ma défense aux enquêteurs de l’ICAC.