ÉRIC MAGAMOOTOO

Secrétaire général de Cap Business Océan Indien

Cette année, la Journée internationale des droits des femmes intervient dans un contexte particulier, marqué par la nécessité de repenser nos sociétés. Nos îles, comme le reste du monde, ont entamé une réflexion qui devra mener à des changements structurels à différents niveaux tout en consolidant nos acquis. Hélas, la pandémie de Covid-19 est venue mettre à mal certaines avancées en matière de droits des femmes, aggravant même parfois des inégalités préexistantes. Mais cette crise que nous connaissons actuellement peut également être une opportunité pour écrire une nouvelle feuille de route, au cœur de laquelle nous devons placer l’égalité des genres.

En effet, à l’heure de relancer l’économie, il est essentiel que nous repensions la place des femmes, dont l’énorme potentiel est encore trop peu utilisé et valorisé. Il revient à tous, décideurs politiques et économiques, d’agir pour mieux les inclure et favoriser leur participation, en particulier au sein de l’entreprise. La nouvelle normalité exige de faire une analyse holistique de leurs droits pour ensuite prendre les mesures nécessaires pour mettre fin aux inégalités.

Notre objectif devra être la création d’un monde plus juste et plus résilient dans l’intérêt des femmes, mais aussi des hommes originaires des territoires de l’Indianocéanie. Dès lors, les plans de relance économique post-Covid-19 devront être conçus en tenant compte des problématiques liées à la question du genre. En somme, il s’agit d’accepter que les rapports sociaux entre les hommes et les femmes soient déterminants dans l’évolution de toute société.

Le genre, comme cadre de planification, permettrait de mieux prendre en compte les facteurs qui créent inéluctablement des inégalités et des discriminations. Ajouter cette dimension à notre réflexion ne peut que l’enrichir et nous pousser à envisager des modèles plus inclusifs, résilients et forcément durables. Grâce à leurs compétences et leurs expertises, les femmes ont tant à apporter à la chaîne de création de valeur économique, et donc au développement.

Cependant, pour qu’il soit considéré comme une réussite, le développement doit désormais promouvoir les conditions nécessaires au bien-être des femmes. De plus, leur intégration dans les instruments de développement ne doit plus seulement être considérée comme une exigence de développement durable, comme cela a souvent été le cas. Mais elle doit être considérée comme une question de droit et de justice sociale pour laquelle les pouvoirs publics devront activement s’impliquer. Cap Business Océan Indien, en tant qu’association qui regroupe les acteurs économiques de la région au-delà des chambres de commerces et d’industrie, s’engage à accompagner toutes les mesures positives en ce sens.

Aujourd’hui, il s’agit de reconnaître le rôle de la femme en tant qu’agent économique qui produit et crée de la valeur, y compris lorsqu’elle est femme au foyer. En effet, même lorsqu’elle n’est pas salariée, la femme a une mission importante car elle s’occupe de l’éducation des enfants et veille à un environnement familial favorable. Malheureusement, elles sont trop souvent invisibles, occupant des postes précaires. Dans l’entreprise, elles sont sous-représentées dans les conseils d’administration et dans les postes de responsabilité. Souvent, elles ont un choix binaire à faire entre leur carrière professionnelle et leur vie de famille.

Le ralentissement économique a induit plusieurs effets indésirables, dont les principales victimes sont les femmes. Qu’elles travaillent dans le secteur formel ou informel, elles sont de loin les plus affectées par le repli de la croissance. D’autres, travaillant dans le tourisme, l’aviation ou encore l’industrie, se retrouvent même au chômage.

La relance économique est une opportunité extraordinaire de mobiliser les ressources nécessaires pour faire rayonner la femme indianocéanienne et leur donner les moyens de valoriser leur potentiel au maximum. Ce sera là une condition préalable à respecter pour construire des économies solides et capables de créer de la richesse de manière durable. À l’aube de cette nouvelle ère qui s’ouvre devant nous, le maître-mot est incontestablement résilience, donner une meilleure place aux femmes ne fera qu’y participer.