Kashif Imambaccass, conseiller juridique à l’Ong Passerelle : « Agir ensemble pour mettre fin à la violence domestique »

C’est pour lutter contre la violence contre les femmes que Kashif Imambaccass, conseiller juridique à l’Ong Passerelle, a décidé de s’engager. L’autonomisation des femmes a été au cœur de son parcours. De lui, on apprend qu’il a vécu avec une mère célibataire, et que, dès l’âge de 13 ans, il a côtoyé des femmes en situation de sans-abrisme. À 21 ans, il a milité pour la libération de femmes enceintes vulnérables détenues en prison en Afrique de l’Est. Aujourd’hui, il travaille directement avec des victimes de la traite des êtres humains, principalement des femmes, avec pour engagement d’être une voix pour celles qui n’en ont pas. Pour lui, le signal est clair : la situation actuelle à Maurice est alarmante et exige une entraide collective des hommes et des femmes, qui doivent agir ensemble, dit-il.

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Vous avez animé un atelier à l’Open University of Mauritius sur les cas de violence conjugale à Maurice autour du thème “Brisons le silence pour mettre fin à la violence”. Que révèlent les statistiques à ce sujet et où en est la situation actuelle à Maurice ?
Les données récentes de Statistics Mauritius dressent un tableau préoccupant : la violence domestique est en hausse à travers l’île. Si les femmes demeurent de loin les principales victimes, les chiffres révèlent également une proportion certes faible, mais notable, de victimes masculines. Les dernières statistiques de 2024 montrent que les femmes représentent 86,6% des cas signalés, tandis que les hommes en représentent 13,4%.
Cette tendance à la hausse, qui s’est accélérée depuis 2023, est un signal clair que nous ne pouvons plus nous permettre de traiter la violence domestique comme une affaire privée. La situation actuelle à Maurice est alarmante et exige une réponse collective. Nous devons agir ensemble pour briser le silence et mettre fin à la violence.

La législation est-elle suffisante pour enrayer la violence conjugale ?
La réponse courte est non. En retraçant l’histoire législative de Maurice, nous constatons que des progrès ont été accomplis – de la Matrimonial Proceedings Act de 1967 à la Protection Against Domestic Violence Act (PDVA) de 1997, jusqu’au futur Domestic Abuse Bill, qui devrait introduire des réformes importantes, notamment la criminalisation du viol conjugal et des obligations de signalement obligatoire. Cependant, la législation seule ne suffit pas.
J’ai eu le privilège de participer à l’atelier de validation du Domestic Abuse Bill, où j’ai humblement suggéré que Maurice a besoin d’un plan directeur global pour lutter contre la violence domestique. Un tel plan rassemblerait des universitaires, des juristes, la police, le bureau du Directeur des Poursuites Publiques et des spécialistes du domaine, afin d’élaborer un cadre stratégique axé sur l’obtention de condamnations et l’adoption d’une approche centrée sur la victime.
Durant mon passage à la Police métropolitaine de Londres, j’ai contribué à l’Opération Soteria, un programme national conçu spécifiquement pour améliorer la réponse de la police et du Crown Prosecution Service face aux viols et aux agressions sexuelles graves, et qu’il a produit des résultats significatifs. Maurice fait face à des contraintes de ressources différentes, mais le principe fondamental d’une intervention coordonnée et fondée sur des données probantes est tout aussi applicable ici.

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Quels sont les rôles des centres d’accueil et de l’association Passerelle à Maurice ?
Les centres d’hébergement offrent un espace sécurisé où les survivantes peuvent commencer à se reconstruire, loin de leurs agresseurs, et accéder au soutien pratique et émotionnel dont elles ont besoin, sans crainte d’être jugées. À Maurice, ces centres sont soumis à une pression énorme compte tenu de l’ampleur du problème, mais ils continuent de fournir une aide remarquable, centrée sur la victime.
Passerelle est l’une des organisations de référence dans ce domaine. Elle gère actuellement trois structures : Passerelle elle-même, qui accueille les victimes de violence domestique; Univers’Elles, un refuge dédié aux survivantes de la traite d’êtres humains; et Karousel, un centre de jour offrant un soutien à celles qui n’ont pas besoin d’hébergement. Chaque structure répond à un besoin distinct, mais tout aussi essentiel, dans le cadre global de protection à Maurice.

Qu’est-ce qui vous a motivé, en tant qu’homme, à vous engager dans un centre d’accueil, notamment Passerelle, pour les femmes victimes de violences ?
J’ai toujours eu une profonde compréhension des victimes, et, j’ai voulu remettre en question l’idée reçue qu’un homme ne peut pas travailler de manière significative et directe avec des femmes survivantes.

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L’autonomisation des femmes a été au cœur de mon parcours depuis mon plus jeune âge. J’ai grandi avec une mère célibataire, et dès l’âge de 13 ans, j’ai côtoyé des femmes en situation de sans-abrisme. À 21 ans, j’ai milité pour la libération de femmes enceintes vulnérables détenues en prison en Afrique de l’Est.

Aujourd’hui, je travaille directement avec des victimes de la traite d’êtres humains, principalement des femmes, ici même à Maurice. J’ai également passé deux ans auprès de survivantes de violences domestiques lors de mon séjour à la Police métropolitaine de Londres, et ces rencontres m’ont donné une compréhension profonde de ce que vivent les victimes.

Mon engagement est simple : je veux être une voix pour celles qui n’en ont pas. Ce que ces femmes ont vécu est déchirant, et je suis honoré de contribuer, aux côtés de l’équipe extraordinaire de Passerelle, à construire un espace où elles se sentent en sécurité, reconnues et soutenues. Passerelle mène depuis quelques années maintenant une Greenflag Campaign avec le soutien du haut-commissariat australien pour promouvoir la masculinité positive, et c’est tout bonnement que j’y ai trouvé ma place.

Avez-vous rencontré des résistances ou des incompréhensions face à votre engagement ?
Des résistances, pas vraiment, mais des incompréhensions certainement. Une grande partie de mon travail concerne des victimes migrantes de la traite sexuelle et du travail forcé, et le niveau de préjugés et de stéréotypes à l’égard des travailleurs migrants à Maurice est stupéfiant, particulièrement envers les femmes.
Beaucoup de gens ne réalisent pas que ces travailleurs ont quitté leur foyer, leurs enfants et leur famille, parcourant souvent des milliers de kilomètres, pour venir travailler à Maurice, où ils renvoient la majeure partie de leurs revenus pour soutenir leurs proches. Il existe également une grande confusion quant à la définition réelle de la traite d’êtres humains.
Beaucoup l’associent uniquement au trafic d’organes, mais selon la loi mauricienne et conformément aux normes internationales, la traite est définie par trois éléments fondamentaux : des personnes sont trompées, contraintes ou forcées à travailler ou à accomplir des actes contre leur volonté. Une meilleure sensibilisation du public à cette définition est indispensable ainsi qu’une plateforme de coordination entre les institutions pour une meilleure protection des victimes et de la vraie prévention.

Les mécanismes de sécurité et signaux sociaux pour les victimes à Maurice existent-ils réellement ?
Oui, plusieurs mécanismes sont en place. La ligne d’écoute pour les violences domestiques, disponible 24/24j et 7/7 jours, au 139, est une ressource indispensable, tout comme l’application mobile Lespwar et les Family Support Bureaux. La dernière mesure annoncée par le National Solidarity Fund et le ministère de l’Intégration sociale est à saluer.
Le centre de commandement et de contrôle de la police dispose également de procédures permettant d’identifier les victimes en détresse lorsqu’elles appellent le 999. Cependant, avec des statistiques de violence en constante augmentation, le système est sous pression intense.
Il existe une marge pour que Maurice s’inspire des meilleures pratiques internationales. Durant mon passage à la Police métropolitaine de Londres, j’ai travaillé avec un dispositif appelé Ask for Angela, une phrase de code discrète permettant à une personne en danger de signaler qu’elle a besoin d’aide sans alerter son agresseur, particulièrement utile dans des lieux publics comme les bars et les restaurants. Ce dispositif s’est révélé très efficace au Royaume-Uni.
Un autre concept mérite d’être exploré : la Loi Clare, qui permet à la police de communiquer à une personne des informations sur les antécédents violents ou abusifs de son partenaire ou ex-partenaire. Sa mise en œuvre à Maurice nécessiterait toutefois au préalable l’introduction d’une législation sur la liberté de l’information, ce qui reste encore à faire.

En tant que conseiller juridique à Passerelle, quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confronté ?
Une grande partie de mon travail à Passerelle porte spécifiquement sur la traite des êtres humains plutôt que sur la violence domestique, et le principal défi auquel je fais face est la rapidité avec laquelle la traite se développe à Maurice. Travailler directement avec des victimes dans un domaine aussi peu structuré peut parfois sembler isolant, car nous sentons que nous menons souvent ce combat avec un soutien limité.
J’ai été frappé, lors d’un récent échange avec des consultants spécialisés dans la traite d’êtres humains, lorsqu’ils ont relevé que la situation actuelle sur l’île ressemble à ce qu’était la Thaïlande il y a 15 à 20 ans. Cette comparaison devrait nous alerter tous. Les réseaux de traite sont très organisés, et des structures comme la nôtre sont soumises à des pressions pour répondre à une charge de cas de plus en plus complexe. Pour illustrer à quel point ce terrain est nouveau pour Maurice : à ce jour, le pays n’a enregistré qu’une seule condamnation pour traite d’êtres humains. Ce seul chiffre dit tout de l’ampleur du travail qu’il reste à accomplir.

Les droits de la femme sont souvent évoqués, mais concrètement, comment le droit peut-il protéger les femmes victimes de violences ou de traite ?
En vertu de la Protection Against Domestic Violence Act (PDVA) de 1997, les tribunaux peuvent émettre des ordonnances de protection qui interdisent légalement aux agresseurs de commettre de nouveaux actes de violence pour une période pouvant aller jusqu’à deux ans. Des dispositions d’hébergement d’urgence sont également disponibles pour les victimes en danger immédiat.
Le Domestic Abuse Bill devrait aller plus loin en introduisant des obligations de signalement et, point crucial, la criminalisation du viol conjugal pour combler une lacune juridique importante à Maurice.
En ce qui concerne les victimes de traite, la loi leur accorde une aide financière, un hébergement et un accès à diverses prestations de soutien. Dans la pratique cependant, l’efficacité de ces protections dépend largement de la volonté et de la capacité des victimes à porter plainte. C’est pourquoi le travail plus large consiste à faire évoluer les mentalités, à réduire la stigmatisation et à renforcer les systèmes de soutien. Tout cela est tout aussi important que la législation elle-même.

Selon vous, quel rôle les hommes doivent-ils jouer dans la lutte pour les droits de la femme ?
Les hommes doivent cesser d’être des spectateurs. Statistiquement, la majorité des violences faites aux femmes sont perpétrées par des hommes, et cela implique que les hommes ont une responsabilité particulière à faire partie de la solution. À Maurice, nous observons de plus en plus une normalisation du harcèlement de rue, et c’est quelque chose que les hommes doivent activement combattre, et non ignorer. Les hommes ne doivent pas avoir peur de dénoncer les injustices dont ils sont témoins, que ce soit sur le lieu de travail, dans les espaces publics ou au sein de leurs propres communautés.

Comment sensibiliser davantage les hommes à ces enjeux ?
En brisant les tabous et en remettant en question les normes culturelles. Maurice est marquée par des contraintes culturelles profondément enracinées qui ont historiquement découragé toute discussion ouverte sur les violences de genre, en particulier lorsqu’il s’agit d’inviter les hommes à s’interroger sur leur propre comportement ou sur celui de leurs proches.
Nous avons besoin de conversations plus structurées qui incluent activement les hommes dans ce combat. Pour répondre directement à la question : non, je ne pense pas que les hommes soient suffisamment impliqués. Le volume de commentaires sexualisés et dégradants adressés aux femmes sur les réseaux sociaux et dans la rue est alarmant, et témoigne d’une culture qui n’a pas encore suffisamment remis en question ses propres attitudes envers les femmes.
L’engagement masculin doit aller au-delà d’une participation symbolique; il doit impliquer une véritable responsabilisation et une action soutenue dans la durée. J’invite également les autorités à soutenir le travail que font les Ong comme Passerelle pour sensibiliser les hommes et les faire devenir des acteurs de lutte contre la violence envers les femmes.

Y a-t-il une expérience ou une rencontre à Passerelle qui vous a le plus marqué ?
Chaque rencontre laisse une trace. Mais les cas qui me touchent le plus profondément sont ceux des mères migrantes, des femmes qui ont laissé leurs enfants et leur famille derrière elles pour venir travailler à Maurice, pour se retrouver victimes de la traite sur notre île. Lorsqu’elles partagent leurs histoires avec moi, je me retrouve parfois sans mots. Il est difficile de concilier l’idée que de telles injustices profondes se produisent dans nos villes et villages. Ces conversations me rappellent exactement pourquoi je fais ce travail.

De quelle manière gérez-vous émotionnellement le fait de travailler avec des survivantes de violences ?
Il n’est pas toujours facile de se déconnecter émotionnellement. C’est quelque chose que j’aborde souvent avec Fani, la responsable du centre d’hébergement pour victimes de traite, et ces échanges sont précieux. Ce qui m’aide le plus, c’est de m’appuyer sur un solide réseau de soutien des personnes qui comprennent le poids et la complexité de ce travail.
Le sport joue également un rôle important pour me permettre de décompresser. Mais ce qui me permet surtout de rester ancré, c’est la conviction qui m’a amené à ce travail dès le départ : la croyance que le droit peut être un véritable outil de changement, et que chaque petit pas en avant compte pour les personnes que nous accompagnons.

Quel message souhaiteriez-vous adresser aux hommes aujourd’hui concernant les droits des femmes ?
En tant qu’hommes, nous avons la responsabilité de contribuer à bâtir un monde meilleur pour les femmes. Maurice a été façonnée par des femmes extraordinaires, qui ont payé le prix ultime pour notre liberté. D’Anna Von Bengale, qui s’est opposée à la colonisation en 1695, à Anjalay Coopen, qui a lutté pour l’égalité salariale en 1943, toutes deux exécutées brutalement, ces femmes ont posé les fondations de l’indépendance et de la dignité dont nous jouissons aujourd’hui. Il est de notre devoir d’honorer leur héritage, et cela signifie participer activement à la lutte pour mettre fin aux violences faites aux femmes.

Quel rôle la société joue-t-elle dans la normalisation ou la prévention du féminicide ?
Elle joue un rôle fondamental, et nos lois en témoignent. Jusqu’à récemment, l’article 242 du Code pénal de 1810 permettait encore le concept de crime passionnel (homicide excusable si un mari surprenait sa femme en flagrant délit d’adultère) sans protection équivalente pour les femmes. Le fait que cette loi discriminatoire ait survécu jusqu’à l’année dernière en dit long sur la profonde normalisation de telles attitudes dans notre système juridique.
Sur le plan de la prévention, le signalement est essentiel. Toute violence en cours doit être signalée immédiatement via le numéro d’urgence 999 ou la ligne d’assistance 139. Mais au-delà, nous avons besoin d’un plan d’action national plus stratégique, soutenu par une collecte de données rigoureuse. De nombreux féminicides sont l’issue tragique d’un long cycle de violences exponentielles. En menant des examens approfondis des cas, nous pouvons identifier les défaillances du système, en tirer des leçons et prévenir de futures tragédies.

Pensez-vous que le silence de l’entourage des victimes contribue à ces tragédies ?
Le silence est souvent une réponse à la peur, à la méfiance ou à l’absence de canaux de signalement sûrs. Les recherches montrent de manière constante que les approches centrées sur la victime conduisent à de meilleurs résultats et à des poursuites judiciaires plus fructueuses.
Plutôt que de pointer du doigt, nous devons nous concentrer sur la création d’un environnement où les victimes se sentent suffisamment en sécurité et soutenues pour se manifester. C’est précisément pourquoi le travail des Ong à Maurice est si vital et les services d’aide aux victimes dédiés peuvent faire la différence entre quelqu’un qui prend la parole et quelqu’un qui souffre en silence.

Le féminicide est-il l’échec ultime de notre société à protéger les femmes ?
Toute injustice infligée à une personne représente un échec de la société censée la protéger. Le féminicide témoigne d’un système qui a failli à chaque étape envers une femme. Le nombre de féminicides enregistrés à Maurice cette année seulement est absolument choquant et devrait nous pousser tous à agir.
Nous ne pouvons pas accepter cela comme une normalité. Lorsque des femmes sont tuées, la société ne fonctionne pas comme elle le devrait, et cela exige de nous tous une responsabilité collective et urgente.

En tant qu’homme engagé pour les droits des femmes, diriez-vous que ce combat est aussi le vôtre ?
Absolument. Ce combat m’est profondément personnel. Je m’engage à éduquer les jeunes hommes et à donner aux jeunes les moyens de comprendre que respecter les femmes et tous les genres n’est pas facultatif. C’est fondamental pour ce que nous sommes en tant que société.
Il y a quelques semaines à peine, j’ai été informé qu’un groupe de femmes se faisait harceler verbalement chaque jour sur le chemin du travail par un groupe d’hommes. J’ai contacté directement les employeurs de ces hommes et leur ai clairement fait comprendre la gravité de la situation. Les femmes ont droit à leurs droits constitutionnels et humains, y compris le droit à la liberté et à se déplacer librement sans craindre le harcèlement. Cela ne devrait jamais être sujet à débat.
Mais au-delà du plaidoyer, il s’agit aussi des personnes que j’aime. Je veux que ma mère, ma partenaire, mes amies et ma famille puissent marcher dans les rues de Maurice en se sentant en sécurité et respectées. Je continuerai à prendre la parole, à agir et à encourager d’autres hommes à faire de même.

La masculinité positive signifie quoi pour vous ? Et en tant qu’homme engagé dans un centre pour femmes, comment votre vision de la masculinité a-t-elle évolué ?
Pour moi, la masculinité positive signifie se tenir aux côtés des femmes en tant qu’égaux, non pas en compétition avec elles, ni au-dessus d’elles. Cela signifie rejeter l’instinct d’affirmer sa domination ou son contrôle, en particulier dans des espaces comme le lieu de travail où les déséquilibres de pouvoir ont historiquement été utilisés contre les femmes.
Travailler dans un centre pour femmes a profondément modifié ma perspective. J’en suis venu à réaliser que les hommes qui ressentent le besoin de dominer ou de diminuer les femmes ne font pas preuve de force; ils révèlent leur insécurité.
La vraie masculinité ne consiste pas à exercer un pouvoir sur les autres; elle repose sur l’intégrité, l’empathie et le courage de défendre ce qui est juste, même lorsque c’est inconfortable. Les hommes que je respecte le plus ne sont pas ceux qui élèvent la voix pour faire taire les autres, mais ceux qui utilisent leur voix pour amplifier celles qui ont été réduites au silence.

Comment les hommes peuvent-ils concrètement soutenir les survivantes de violences ?
La première chose, c’est écouter sans juger, sans minimiser, sans chercher à tout de suite trouver des solutions. Créer un espace sûr où quelqu’un peut dire sa vérité est en soi un acte de solidarité. Je souhaite également aborder quelque chose dont on parle rarement ouvertement à Maurice : les hommes peuvent eux aussi être victimes de violences domestiques.
Nous portons un profond stigmate culturel autour de cela, et ce stigmate réduit au silence des hommes qui souffrent. Cela doit changer. Chaque survivant mérite soutien et dignité, quel que soit son genre. Concrètement, les hommes peuvent également s’impliquer dans le travail des nombreuses Ong à Maurice qui accompagnent les survivants au quotidien, que ce soit par le bénévolat, la collecte de fonds ou simplement en sensibilisant leur entourage.

Être un « vre zom » signifie-t-il protéger ou dominer ?
Un vre zom montre l’exemple et la domination n’a jamais fait partie de cette définition. Si l’on regarde l’histoire, les hommes véritablement respectés et dont on se souvient n’étaient pas ceux qui régnaient par la peur ou le contrôle, mais ceux qui se sont dressés contre l’injustice, même lorsque cela était difficile. Dans le contexte mauricien, l’expression vre zom est parfois détournée pour justifier l’agression, mais c’est une déformation du vrai sens de la force. Un vrai homme est quelqu’un qui peut écouter une femme dénoncer une injustice sans la rejeter, sans la juger et sans la faire se sentir inférieure. Cela demande bien plus de courage que de lever le poing. Un « vre zom » est un homme d’empathie. C’est quelqu’un qui se pose activement la question : est-ce que je contribue à une meilleure société, égale pour tous, et ce, quel que soit le genre ?

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