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La Banque Centrale fragilisée par des pertes de Rs 11 milliards

Eric Ng : « La Banque de Maurice récolte ce qu’elle a semé ! »
Kevin Teeroovengadum sur l’inflation  : « They got it wrong! Pa kan siklonn fini tape ki ou al kasiet »

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Le dernier bilan de la Banque de Maurice (BoM) montre que le capital et les réserves de la BoM à la fin du 31 octobre 2022 sont pratiquement anéantis. La Banque Centrale affiche une Total Comprehensive Loss de Rs 11 milliards.  Ses fonds propres se sont évaporés, et cela pèsera lourdement sur son efficacité opérationnelle et sa capacité à réaliser les objectifs de politique monétaire et de stabilité financière dans un contexte international marqué par le spectre de la récession. A ce stade, l’économie ne génère toujours pas suffisamment de recettes en devises pour renflouer les réserves du pays. Une situation que beaucoup d’analystes et économistes avaient anticipée. Même le leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, a abordé le problème à diverses reprises au Parlement, évoquant des décisions irréfléchies des autorités.

Les observateurs de la scène économique aussi bien que les capitaines de l’industrie analysent la situation avec appréhension, étant donné la fragilité de la reprise économique localement et la menace d’une récession mondiale qui pèse sur 2023. L’économiste Kevin Teeroovengadum dit ne pas être surpris par ces pertes massives et ce, pour plusieurs raisons.

Depuis mars dernier, la Banque de Maurice puise dans les réserves pour alimenter le marché Forex avec des interventions. « Le problème, c’est que l’économie ne génère pas suffisamment de devises pour alimenter le niveau des réserves. Cela bien que le gouvernement déclare à tout bout de champ que la reprise est là. Si c’était vraiment le cas, la Banque Centrale n’aurait pas eu à faire de telles interventions sur le marché des devises », dit-il.

Le problème est que le pays importe  toujours beaucoup plus qu’il n’exporte. « À chaque fois, la BoM alimente le marché en devises pour faire la roupie s’apprécier et à chaque fois que la BoM force l’appréciation de la roupie, cela réduit la valeur de nos réserves qui sont en dollars », rappelle-t-il.

En outre, la BoM ne cesse de puiser dans son capital depuis le début de la pandémie et plusieurs institutions internationales, dont le Fonds monétaire international avait déjà prévenu que le capital de la Banque Centrale est trop bas et qu’elle doit être recapitalisée, mais rien n’a été fait à ce jour.

Kevin Teeroovengadum soutient que cette situation n’est pas unique à Maurice mais touche également plusieurs pays, qui passent par les mêmes difficultés, avec des réserves en baisse et des pertes, mais pour Maurice la situation est plus compliquée. « Notre problème est accentué car notre bilan est très faible. Aujourd’hui, la Banque de Mauruce n’est pas en position de défendre l’aspect monétaire », avance-t-il tout en se disant inquiet pour 2023.

Tou korek !

Interrogé sur la politique adoptée par la Banque Centrale ces derniers mois, Kevin Teeroovengadum ne cache pas son désaccord avec certaines décisions, notamment sur le plan du Key Repo Rate. Il aurait fallu, selon lui, procéder à un resserrement monétaire bien avant. « Depuis fin juin 2021 je prévenais que l’inflation deviendrait plus compliquée à gérer en 2022 et qu’elle allait augmenter durablement. Mais à ce moment, le message de la Banque Centrale était que tou korek. La BoM avait épousé la thèse que l’inflation serait transitoire et à court terme. But they got it wrong ! Elle doit pouvoir anticiper la situation. Il fallait déjà comprendre que l’inflation allait grimper rapidement et dépasser le seuil de 10% », regrette-t-il.
Au passage, il se demande si les membres du Board de la Banque de Maurice et ceux du Monetary Policy Committee ont suffisamment de maîtrise de l’économie et de la situation mondiale. « C’est comme la météo, il faut savoir regarder plus devant. Pa kan siklonn fini tape ki ou al kasiet ! » lâche-t-il.

Politique inflationniste
De son côté, Éric Ng, économiste et directeur du cabinet PluriConseil, ne passe pas par quatre chemins. « La Banque de Maurice a mené une politique inflationniste. En plus, nous devons prendre en considération le risque de crédit de la MIC qui appartient totalement à la BoM. Si demain il y a des créances douteuses et que les emprunteurs ne sont pas en mesure d’effectuer des remboursements à la MIC, cela se répercutera sur les finances de la Banque et diluer davantage ses fonds propres, » prévient-il.
Cela d’autant que la MIC donné de l’argent aux entreprises sans entreprendre des études poussées au préalable. Pire, avec hausse des taux d’intérêt ces derniers mois, cela va réduire aussi la valeur des Convertible Bonds de la MIC, car leur valeur varie de manière inverse au taux d’intérêt,et si la valeur des obligations diminue sur le marché, cela impactera le Balance Sheet de la Banque de Maurice.

Pour corser les choses, Eric Ng estime que les responsables de la Banque de Maurice ont pris de « mauvaises décisions » sur les placements à l’extérieur, ce qui a également contribué aux pertes de Rs 11 milliards. Le hic c’est que maintenant il faut recapitaliser la Banque Centrale et que cette démarche s’avère être inflationniste.
«  Il y a deux options,  soit le gouvernement injecte de l’argent dans la Banque Centrale, mais pour cela il doit s’endetter davantage, en émettant des Government Securities, entraînant ainsi un endettement public plus élevé et qui déboucherait à terme sur une hausse des taxes. Soit elle imprime encore de l’argent !» Eric Ng préconise la première option.

En conclusion, l’économiste dresse un bilan sans concession de la gestion monétaire depuis le début de la Covid-19 : « aujourd’hui, on récolte ce qu’on a semé ! Je l’ai dit depuis deux ans, j’avais mis en garde contre les dangers de la création monétaire et du fait que la BoM finance directement le déficit budgétaire. En fait, depuis trois ans, la Banque Centrale a fait sienne une politique inflationniste. »
Avec pour résultat, que la Banque de Maurice, fragilisée, ne dispose pas du bilan qu’il faut pour pouvoir mener une politique monétaire capable de combattre l’inflation ou encore défendre la roupie.

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