GÉRALDINE HENNEQUIN-JOULIA

Leader, Idéal démocrate

Que reste-t-il quand la confiance est rompue ? Que reste-t-il quand les scandales se succèdent ? Financement politique obscur menant à la liquidation des membres de cartels, accumulation des affaires de corruption, révélations sur la vente de produits

GÉRALDINE HENNEQUIN-JOULIA
Leader, Idéal Démocrate

pharmaceutiques expirés dans des packaging flambant neufs, revenus indécents, se comptant par millions de roupies pour l’un des administrateurs d’Air Mauritius, enchainement des nominations sur les ‘boards’ pour noyauter les institutions de l’État. La liste se révèle longue.

Les Mauriciens voient, subissent les manquements et les abus de leurs représentants politiques. À l’heure où les États-Unis préparent pour les 9 et 10 décembre prochains un sommet international des démocraties, quelles pratiques politiques animent notre pays ? Depuis une dizaine de jours plus de 50 familles habitant Curepipe, notamment les rues Swami Sivananda et Charles Renaud, tentent de rencontrer la direction du projet Metro Express et des représentants politiques de tous bords de la région pour exposer leurs cauchemars face aux travaux qui y sont présentement exécutés. C’est un véritable chemin de croix. Elles ont multiplié lettres et courriels demandant d’ouvrir les débats, d’être entendus et de recevoir de manière transparente les informations liées à l’avancement des travaux et ce que cela modifie dans leur quotidien. Dans leur tour d’ivoire, les autorités cadenassent leur communication. La Mairie n’a pas fait mieux faute sans doute d’avoir elle-même en tant qu’autorité locale accès aux informations. L’hypercentralisation du pouvoir enclenché depuis 1983, déshabillant honteusement la direction des villes de ses prérogatives, nous propose à ce jour d’avoir une flopée de tristes marionnettes comme conseillers municipaux.

Les citoyens attendent que le dialogue soit rendu possible. Les ignore-t-on par arrogance, par manque de temps ou par condescendance ? Pourtant, les élus sont leurs représentants au sein de notre système politique démocratique. Ils sont censés représenter dans une démocratie les intérêts de concitoyens. Cela suppose une capacité à écouter.

Dans un projet local, touchant particulièrement une ville ou un village, il est plus qu’utile de réunir les résidents concernés directement pour apaiser les appréhensions, expliquer et débattre de la nécessité du projet et parfois de ses dommages collatéraux.

Nous, citoyens, ne pouvons pas comprendre pourquoi les autorités ne sollicitent pas un avis consultatif des résidents touchés par des travaux d’une telle importance. Nous ne comprenons pas non plus ce choix persistant de ne pas diffuser les informations essentielles s’agissant de ces travaux : exemple – son calendrier, ses étapes, ses contraintes et obligations pour les familles, son coût, ses retombées attendues. Les mêmes erreurs avaient été commises au moment de la réalisation des travaux pour le Metro Express à la Rue Vandermeersch. Il a fallu l’indignation orageuse des habitants et des usagers de la rue Malartic – transformée en une nuit en sens unique – pour que les autorités réalisent qu’ils n’appliquent pas toujours le bon sens à leurs décisions. Suite à ce tollé qui avait pris une ampleur médiatique importante, la municipalité et la RDA avaient revu leurs copies.

 

L’autre scandale qui reste dans les mémoires est l’expropriation des terres pour ce fameux projet à La Butte, Port-Louis. Idem pour les résidents de Cité-Barkly à Beau-Bassin. Les images des familles pleurant face à cette montagne d’incompréhension sont encore présentes. Pourtant elles ont dû s’y résoudre. Elles ont été relogées ou dédommagées. Ici encore c’est un défaut de communication efficace et cohérente qui était à l’origine d’un scandale et de larmes dont on aurait pu en faire l’économie. Les autorités apprennent-elles donc de leurs erreurs ?  Le développement nécessaire de nos villes ne peut pas toujours se faire sans l’avis des citadins. À Curepipe, comme cela a été le cas à Quatre-Bornes, des questions pratiques de mobilité et d’esthétique ne peuvent être reléguées au second plan parce qu’il faut à tout prix poursuivre un plan fait dans les bureaux par des ingénieurs, des cadres et des décideurs qui n’habitent pas cette circonscription.

La transparence est devenue un mot étranger au vocabulaire des autorités. Pourtant, c’est bien elle qui marque le respect vis-à-vis des citoyens. C’est bien la transparence qui devrait accompagner les projets de l’État mis à hauteur de chaque citoyen. Et quand elle n’est plus, la confiance disparaît avec elle.

Ne pas dire, ne pas montrer, ne pas discuter n’est pas une posture souhaitable pour des dirigeants politiques.  Il est aujourd’hui clair que la rupture de confiance entre des Curepipiens et leurs représentants politiques est consommée.

Idéal Démocrate a pour projet de restaurer des valeurs qui s’évaporent de plus en plus des projets politiques. Ce n’est pas un phénomène local car ailleurs dans le monde, la voix de la masse sur certains territoires est de plus en plus noyée. Ce n’est pas pour rien que les trois thèmes qui seront présentés à ce sommet international des démocraties sont :  la défense des systèmes politiques contre l’autoritarisme, la guerre contre la corruption et le respect des droits humains.

Chaque démarche dans nos villes et nos villages qui fait fi de l’avis des citoyens, fait fi de la démocratie. Nous perdons du terrain chaque jour. La démocratie participative, par référendum ou d’autres types d’avis consultatifs sollicitant la voix du peuple est de plus en plus inaccessible. À Maurice, elle n’a jamais vu le jour. C’est une des réformes majeures dont notre Constitution devra immanquablement se doter pour s’aligner avec une politique de notre temps. En attendant, il serait utile que la nouvelle génération se pose les bonnes questions. Il serait utile que ceux qui s’engagent sur l’épineux terrain de la politique comprennent leur sens de leur mission et l’exercent dans le respect des votes obtenus par la voie des urnes.

Travailler pour le bien commun relève d’une vocation.