Gerard Taddebois

Chers lecteurs, pleinement conscient que nous vivons ces derniers jours, ces dernières semaines, voire ces derniers mois, dans un vrai tumulte local, par extension mondial, fomenté par ces nombreux problèmes de société qui dérangent, qui bouleversent, qui sensibilisent et enflamment même les esprits, je me suis dit pourquoi ne pas me nourrir du positif pour combattre le négatif, croire à un avenir plus bleu que gris et privilégier une conscientisation du bonheur à l’opposé d’une stagnation dans l’apitoiement ? Mon humble ambition, par le truchement de ce texte, est de vous partager une vision sur la joie, voire le bonheur. Par honnêteté, je me dois de vous dire que j’ai été beaucoup inspiré par les réflexions de l’éminent et prolifique écrivain et philosophe contemporain que demeure Frédéric Lenoir.

À raison, le philosophe stoïcien Sénèque nous rappelle qu’il n’y a point de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va. C’est utile d’avoir une boussole dans sa vie, une direction vers quoi on veut progresser… vers une joie, vers des concrétisations, vers un bonheur, vers plus d’amour. On nous parle tout le temps du bonheur et la publicité joue beaucoup sur le registre du bonheur. On promet le bonheur à travers la possession d’un objet, une valorisation sociale. Fort heureusement, un certain nombre de gens finit par rejeter l’idée que le bonheur ou la joie de vivre ne tiennent qu’aux objets, à la performance. Alors, on réalise que ce qui rend heureux touche à d’autres choses extérieures, notamment à la qualité de nos relations affectives, à l’adaptation qu’il y a entre notre nature profonde et nos actes, à la santé, à être bien dans son cœur et dans sa peau. La question du bonheur touche beaucoup de paramètres et diffère pour tous les individus. Ce qui me rendra heureux, pourrait assommer mon voisin. On a tous à découvrir ce qui nous rendrait profondément heureux.

Spinoza nous dit que toute émotion se réduit à deux autres qui sont fondamentales : LA TRISTESSE ET LA JOIE. À chaque fois que nous sommes contrariés par rapport à ce programme intérieur de réalisation, nous sommes dans la tristesse – qui est forte de lourdeur et peut être une forme de dépression parce que nous ne réalisons pas qu’il y a quelqu’un ou quelque chose qui nous empoisonne et qui ne correspond pas à notre nature profonde. Et la joie est là lorsque nous progressons dans notre être. Et à chaque fois qu’on franchit une étape, que ce soit au niveau affectif, intellectuel, physique, voire une étape juste pour nous, il y a la joie qui surgit.

« Les joyeux et les grincheux »…

Ainsi, certains peuvent aimer de la viande, d’autres non. De la même manière, chacun doit découvrir dans sa vie intellectuelle et affective, et aussi dans son activité, ce qui est bon ou ce qui est mauvais pour lui. C’est ce qui va lui permettre de grandir et d’aller de joie en joie et d’éliminer les tristesses. C’est le discernement de ce qui me fait grandir ou me diminue.

D’après une étude psychologique, le bonheur est lié à 50% à notre patrimoine génétique, à notre sensibilité, à notre tempérament, à ce que nous sommes, à notre nature. Pour 10% environ aux conditions extérieures comme naître dans tel pays ou naître riche ou pauvre par exemple (ce qui est très peu). Puis 40% relèvent de notre libre arbitre, c’est-à-dire, finalement de nos choix, du travail qu’on va faire sur nous ou pas.

Il y a toujours des gens qui spontanément sont positifs. Ils voient toujours le verre à moitié plein et puis il y a d’autres qui le voient à moitié vide. Donc, si on a un tempérament optimiste et joyeux, on sera naturellement beaucoup plus heureux. Si on a un tempérament pessimiste, plutôt douloureux, les choses seront toujours plus compliquées pour nous et, quand on arrivera à un événement, on trouvera toujours les côtés négatifs.

Et ça déjà Platon le disait : « Il y a deux types de tempéraments – les joyeux et les grincheux. » Les joyeux, quand il leur arrive quelque chose de positif, ils trouvent cela très bien, tout à fait normal. Il leur arrive quelque chose de négatif, ils disent, cela n’est pas grave, ça va m’aider à progresser, c’est une leçon de la vie. Les grincheux, quand il leur arrive quelque chose de négatif, ils disent que c’est tout à fait normal, il ne m’arrive que des tuiles, c’est logique. Et quand il leur arrive quelque chose de positif, ils trouvent cela suspect. Le bonheur est défini par les Grecs comme « un état d’être qui est le plus global et durable possible d’épanouissement ». Ils le distinguent du plaisir et toute la construction philosophique du bonheur nait de la distinction du bonheur et du plaisir.

Le plaisir, on en a tous l’expérience immédiate, mais tel n’est pas le cas pour le bonheur. C’est quelque chose de second. Le plaisir, c’est de discuter avec les amis, c’est de manger quelque chose qu’on aime, c’est tout ce que nous aimons faire et qui donne du plaisir. C’est une sensation immédiate, mais le plaisir est passager et parfois il a des conséquences douloureuses. Par exemple, si on mange trop, on court le risque de ne pas aller bien après. Donc, le plaisir est ambigu et les philosophes se posent la question : est-ce qu’il est possible d’être dans un état global et durable d’épanouissement et pas simplement de plaisir passager et c’est cela qui les amène à passer du plaisir au bonheur. Les philosophes prennent conscience à la fois de la part mystérieuse et la chance liée à cet élément puisque l’étymologie même du mot bonheur cela veut dire « avoir une bonne étoile », donc avoir de la chance. Donc, il y a toute une part liée à la chance et, en même temps, pour ceux qui ont moins de chance, qui ont été moins gâtés dans leur nature, qui n’ont pas une bonne santé, etc., on peut travailler sur soi et donc travailler sur la sagesse et la philosophie.

« J’ai reconnu le bonheur

au bruit qu’il a fait en partant »

La philosophie pour les anciens, c’est la sagesse. L’étymologie du mot philosophie, c’est l’amour de la sagesse. La sagesse consiste à apprendre à être heureux. Épicure donne cette définition de la philosophie – c’est une activité qui, par des raisonnements, conduit à une vie heureuse. C’est un fait que la philosophie est devenue avec l’histoire une discipline qui s’intéresse à tout et qui a oublié que sa première définition, son premier but, c’est de rendre les gens heureux. Aujourd’hui qu’on étudie la philosophie, on voit qu’à l’université, on vise à former des spécialistes. Pour les écoles de sagesse de l’antiquité, la philosophie vise à former des hommes capables de vivre pleinement à être heureux. Et donc, le bonheur s’apparente à une sorte d’harmonie et d’équilibre de notre vie entre tous les plans sensibles, affectifs, intellectuels, spirituels.

Prévert a raison de dire : « J’ai reconnu le bonheur au bruit qu’il a fait en partant. » Ce qui montre bien qu’un des éléments du bonheur est LA CONSCIENTISATION DU BONHEUR, parce qu’on peut être heureux sans s’en rendre compte, sans en être conscient. Le fait de pouvoir se dire je suis en bonne santé, j’ai une vie affective épanouie, c’est le réflexe par excellence pour savourer la vie.

Le problème est là. On mémorise davantage naturellement les éléments négatifs par rapport aux événements positifs – ce qui fait que, dès qu’il se passe quelque chose de négatif, on mémorise. Et quand vient un moment heureux, on oublie très vite. Une des clés pour progresser dans la vie heureuse, c’est d’être attentif à mémoriser les bons moments du présent. Chaque fois que vous vivez une expérience heureuse, même si elle paraît petite, comme prendre un café le matin ou câliner votre chien, mémorisez cela et dites MERCI, quel bonheur de vivre cet instant-là. Et plus on mémorise les petits plaisirs du quotidien, plus on est globalement heureux parce qu’on imprègne cela en nous et on peut s’en souvenir.

C’est très vrai que lorsqu’on est en situation difficile, situation de maladie ou le cas des personnes âgées par exemple, qui savent remémorer des choses qu’elles ne peuvent plus faire avec leurs corps, ce sont de grands moments de bonheur. Épicure nous dit déjà : « Vivez l’instant présent, soyez attentifs à l’instant présent sauf sous la torture. Sous la torture, souvenez-vous des jours heureux. »

LE BONHEUR EST CONTAGIEUX. Un individu heureux rend les autres heureux autour de lui. Un individu malheureux aura tendance à plomber l’atmosphère des autres autour de lui. L’énergie qu’on a quand on est heureux est communicative. C’est un devoir d’être heureux parce qu’on rayonne. Et si on est bien avec soi-même, la transcendance est QU’ON ÉLÈVE L’HUMANITÉ.

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