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La douche froide

À peine trois jours après avoir organisé en fanfare le congrès national du Parti travailliste au Trianon Convention Center, durant lequel il a été reconduit à ses fonctions de leader de son parti, Navin Ramgoolam a eu une douche froide. Les juges Maghooa et Dabee, qui siégeaient en appel, ont en effet donné raison au DDP contre son acquittement dans l’affaire des coffres-forts par les magistrats de la Cour intermédiaire en novembre 2019.

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Même si au niveau du Ptr ce développement est accueilli avec philosophie, considérant qu’il faut faire une différence entre le judiciaire et la politique, cette affaire constitue un coup personnel pour le leader des Rouges et son parti. Le congrès national de dimanche avait donné le coup d’envoi de la campagne du Ptr en vue de la reconquête du pouvoir. Son leader, fort que les chefs d’accusation portés contre lui – dans le sillage de la perquisition de la police en sa résidence à River Walk en février 2015 – avaient été rayés, s’apprêtait à se lancer dans cette nouvelle campagne avec confiance. Il se retrouve désormais avec non seulement une épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête, mais il devra consacrer à nouveau toute son énergie pour se tirer d’affaire, que ce soit devant les magistrats de la Cour intermédiaire ou devant le Conseil privé, comme l’a suggéré son avocat.

Il est évident que le Ptr marquera le pas dans sa progression en attendant l’issue de toute cette affaire, à moins qu’entre-temps il déploie une nouvelle stratégie. Personne ne doute de la résilience du leader du Ptr et de sa capacité à remonter la pente. Toutefois, le nouvel exécutif travailliste, qui doit se rencontrer le 12 septembre afin d’élire un nouveau bureau politique, aura du pain sur la planche. Il faudra rassurer non seulement les partisans du parti, mais également les principaux partenaires du Ptr dans l’opposition. Au moment où nous écrivons, ces derniers n’avaient pas encore fait de commentaires, et aucune date n’avait été fixée pour une nouvelle rencontre des leaders de l’opposition parlementaire. Entre-temps, ses adversaires se frottent déjà les mains devant l’aubaine qui se présente à eux. Ils n’hésiteront pas à rouvrir les blessures du passé. Le déroulement de cette affaire sera suivi avec intérêt par l’opinion publique.

Cette affaire de coffres-forts devrait par ailleurs relancer les débats sur le financement des partis politiques, qui constitue le nerf de la guerre lors des campagnes électorales qui s’annoncent. Il serait dommage que le gouvernement continue à se contenter de dire que l’opposition avait refusé de voter en faveur du Political Financing Bill de 2019. Beaucoup pensent en effet qu’il est temps qu’une plateforme soit créée sous la forme d’un comité constitutionnel afin de dégager une formule de financement des partis sur une base équitable, et sans qu’aucun parti ne bénéficie d’un avantage concurrentiel.

D’ailleurs, alors que les instances internationales comme Moody’s, insistent sur la consolidation de la gouvernance et des institutions dans l’île, au niveau du secteur privé, on considère qu’une législation en faveur du financement des partis s’inscrit dans la démarche de bonne gouvernance. Le fait que le financement des partis politiques ne soit soumis à aucun contrôle est considéré comme inacceptable.

Le directeur exécutif de Business Mauritius, Kavin Ramkaloan, en fait d’ailleurs mention dans une interview accordée au Mauricien ce samedi. Il considère que les entreprises du secteur privé ont fait leur part en acceptant d’inclure dans leur bilan le montant de financement accordé aux partis politiques. À Maurice, il y a suffisamment d’études et de rapports concernant cette question, et il ne devrait pas être difficile pour un comité d’experts de trancher sur la question.

Sur le plan international, les regards seront tournés en ce début de semaine vers la Grande-Bretagne, qui devrait connaître le nom du successeur de Boris Johnson comme Premier ministre. À ce stade, l’actuelle cheffe de la diplomatie, Liz Truss, est donnée favorite face à Richi Sunak. Liz Truss est présentée comme une politicienne plus pragmatique que Boris Johnson. Sa prise de position par rapport à la stratégie économique et politique internationale est attendue avec impatience.

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