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La faute à qui ?

On ne cessera de le répéter : la Covid, le changement climatique, la perte de la biodiversité, l’érosion des valeurs, les crises sociales, etc., ont tous une origine anthropique, faisant de notre système le seul et véritable virus qu’il nous faut combattre. Pour autant, dans notre imaginaire collectif, et au vu de la situation de non-retour dans laquelle nous semblons nous trouver, d’aucuns estiment que la responsabilité n’est pas le seul apanage des « directeurs du monde », et, pire, que celle-ci revient essentiellement au petit peuple, seul maître finalement de son destin.

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Avant d’aller plus loin, il convient de revenir (encore) sur les raisons ayant précipité la planète, en quelques décennies seulement sur les 300 000 ans qui nous séparent de l’apparition des premiers sapiens, vers l’abîme vers laquelle celle-ci se dirige.

À commencer, puisque plongés en pleine pandémie mondiale, par la Covid et ses variants qui, en l’espace de deux ans à peine, auront réussi à prendre le monde en otage. Pour autant, s’agit-il réellement d’un exploit ? Ou, dit autrement, est-ce réellement si extraordinaire ? Sachant que le propre du virus est de se propager le plus rapidement possible dans des organismes hôtes pour, ensuite, se multiplier, doit-on vraiment s’étonner qu’avec toutes les facilités de transport que nous lui offrons, la Covid ait réussi à conquérir en un temps record l’ensemble de la planète ?

Il en est évidemment de même pour les autres items susmentionnés, à l’instar du changement climatique qui – et nous pouvons le dire formellement – est le fruit du fonctionnement même du système. Et pour cause, puisque l’essentiel de nos émissions polluantes résulte de notre appareil économique, autrement dit du tandem production/consommation, et, dans son sillage, de la multiplicité de nos moyens de déplacement de biens, de services et de personnes.

Ceci étant précisé, et le problème étant posé, il nous revient donc de trouver une solution à tous ces fléaux modernes. Ce qui, en théorie, devrait être facile à faire dans l’état de nos connaissances puisque nous savons tout (ou à peu près) ce qu’il y a à savoir sur la question. Mais en théorie seulement, puisque, bien qu’au courant des origines et des conséquences, ceux tenant les manettes du pouvoir – toutes sphères décisionnelles confondues – continuent de tergiverser lorsqu’il s’agit de passer à l’action. D’où l’émergence de l’idée selon laquelle nous pourrions, en tant que peuples, changer les choses à nous seuls. Mais cette conception est en réalité paradoxalement individualiste, sa finalité ne servant en fait qu’à masquer notre propre individualisme.

Ah bon ? Et pourquoi ? Eh bien pour la simple et bonne raison que nous profitons depuis toujours du système que nous entendons combattre, et que nous n’avons aucunement envie en fin de compte de voir disparaître. Certes, la tentation de se dire qu’il suffirait de réduire ou de stopper nos achats pour automatiquement faire baisser les émissions de gaz à effets de serre est légitime et somme toute logique. Mais dans les faits, qui se soucie de l’avenir de la planète ? Mieux : qui accepterait de tirer un trait sur le nombre incalculable (et exponentiel) de facilités offertes ?

Quand bien même nous serions tous conscients des enjeux du moment, est-ce à dire que nous laisserions pour toujours nos voitures au garage ? Que nous n’irions plus dépenser plus que de raison dans des produits et services non essentiels ? Que nous renoncions à la 5G, ou au « simple » plaisir de prendre l’avion et de disperser nos devises à l’endroit où nous décidons de poser un temps nos valises ? Bien sûr que non !

Évidemment, il convient de nuancer tout cela. Car oui, nous avons bien tous une part de responsabilité dans le maintien du système, puisque nous l’alimentons. Pour autant, nous baignons dans ce même système depuis toujours, et opter pour un changement de paradigme apparaît dès lors être tout sauf une mince affaire. Sans compter que nous sommes aveuglés par l’appareil consumériste, lui-même nourrissant le marché de produits et de services que nous n’avions pas demandés, mais pourtant qualifiés d’indispensables. Autant dire que la messe est dite ! À moins bien sûr d’un soulèvement des peuples à l’échelle planétaire. Ce qui apparaît aussi réaliste que d’offrir un dentier à chacune de nos poules.

Michel Jourdan

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