Le FMI a rendu public cette semaine un document plus détaillé sur la situation économique de Maurice, réalisé dans le sillage de qui est connu comme l’Article IV Consultations. Ce rapport, qui donne lieu chaque année à des consultations avec les parties prenantes mauriciennes, aussi bien au niveau du gouvernement que de l’opposition et du secteur privé, est suivi avec beaucoup d’attention à Maurice. Cette année, il était attendu avec un intérêt particulier, prenant en compte la crise sanitaire et économique provoquée par les deux vagues de la pandémie de Covid-19.
Dans le document, diffusé le 24 juin dernier, peu après la fin de l’examen en comité par les parlementaires, les directeurs exécutifs félicitent chaleureusement les autorités mauriciennes pour avoir réussi à contenir à pandémie et pour avoir maintenu la transmission virale à un niveau très bas à travers des mesures sanitaires, dont les vaccins. Il est aussi observé que l’inflation est relativement basse alors que les secteurs des services financiers et bancaires semblent sains. Voilà pour les éloges ! Car les auteurs du rapport ainsi que les directeurs exécutifs du fonds monétaire nous ramènent très vite à la réalité économique en évoquant l’agrandissement substantiel des déficits budgétaires de compte courant.
L’analyse du FMI n’est pas très différente de celle faite par plusieurs économistes respectés du pays et des membres de l’opposition, qui ont attisé les foudres du ministre des Finances lors du résumé des débats lundi dernier. Ainsi, alors que l’arrivée de 650 000 touristes est prévue pour l’année financière 2021-2022, le FMI attire l’attention sur « unclear pace of recovery in tourism ». Ce qui compliquera les décisions du gouvernement en ce qu’il s’agit de la réduction des mesures d’urgence.
L’institution de Bretton Woods se montre moins optimiste quant au taux de croissance, qui est estimé à 5% et 6,7% pour les années calendaires 2021 et 2022, soit quelque 5,9% pour l’année financière se terminant en juin de l’année prochaine. Ce qui est assez éloigné des 9% annoncés par le ministre des Finances. L’accent est mis sur l’importance des « broadbased structural reforms towards a more resilient, green, and inclusive economy, while addressing debt sustainability concerns and strengthening the monetary policy framework ».
Sans ces réformes, il est à craindre qu’après la sortie de la crise, la croissance économique retrouvera un taux de croissance relativement bas, soit de l’ordre de 3 à 3,5%, comme cela avait été le cas avant la pandémie. Les directeurs du FMI tirent la sonnette d’alarme contre le niveau élevé de la dette et souhaitent que des dispositions soient prises afin d’ajuster « the growing divergence between pension spending and revenue ». La réforme de la Banque centrale, afin de rétablir sa crédibilité, en évitant d’autres transferts exceptionnels dans les caisses du gouvernement, et le financement du MIC à travers le budget est recommandée à nouveau.
D’autre part, de l’examen en comité des dotations budgétaires, on retiendra la motion de Rajesh Bhagwan, soutenue par Arvin Boolell, demandant une réduction des salaires du ministre du Transport, Alan Ganoo. Dans l’ensemble, l’exercice s’est déroulé dans une bonne ambiance et a permis de mettre en lumière beaucoup de détails importants figurant dans le budget, dont certains méritent d’être améliorés. Un élément parmi d’autres est l’allocation d’un montant de Rs 500 aux élèves pour l’achat d’un livre. Mais n’aurait-il pas été plus approprié de mettre ce budget à la disposition de chaque institution scolaire en vue d’enrichir leurs librairies ? Ce qui aurait permis aux élèves d’avoir accès a plusieurs livres, au lieu d’un seul, durant l’année scolaire.
Le Finance Bill est attendu avec intérêt avant que débute la mise en œuvre des mesures budgétaires. Le ministre des Finances pourra-t-il rétablir la crédibilité et la confiance dans sa gestion budgétaire, comme le demande Rama Sithanen, l’ex-ministre des Finances, dans l’interview publiée dans l’édition du Mauricien du jour ?