JEAN CLÉMENT CANGY

La machine à broyer des vies est en marche. Elle ne connaît ni le froid ni l’hiver. Elle s’apprêtait à détruire des habitations de bric et de broc et des vies à Curepipe et ailleurs, à jeter femmes et enfants dans la rue. Ces vies, elle les a condamnées au froid sur un matelas, à même la terre, à la belle étoile à Pointe-aux-Sables. La loi, disent-ils, doit prévaloir. Soit. Mais tout ce qui est légal n’est pas forcément moral. Un État doit pouvoir faire preuve d’empathie et d’humanité surtout en ces temps très difficiles pour la population. Est-ce trop lui demander ? Que fera-t-il demain avec la crise économique qui s’annonce et qui sera très dure avec ses dizaines de milliers de sans-emploi (100 000 ?), quand on verra des centaines de familles aller rejoindre des bords de rivière, des lieux de squatting et des terrains en friche ? Que fera-t-on ?

On ne choisit pas de devenir squatteurs; on est poussé par le besoin, par des loyers prohibitifs, par le manque criant de logements à loyer modéré, par la crise du logement qui perdure. Ce gouvernement et les précédents se sont montrés incapables, par manque de volonté politique, de construire suffisamment de logements sociaux. Ne parlons pas du secteur privé, cela a toujours été le cadet de ses soucis; il privilégie, en l’absence de cahiers de charges de l’État, les projets de prestige pour les riches. Et on préfère aujourd’hui accuser les pauvres d’enfreindre la loi en cherchant refuge dans des abris de fortune.

Au temps des cigales, ils ont fait les beaux jours des hôtels avec leurs tours de chant. Ces artistes inscrits comme « performers » à la MASA (Mauritius Society of Authors), inconnus des couloirs du ministère de la Culture, employés comme intermittents des spectacles dans le circuit hôtelier sont en plein désarroi. Que vont-ils devenir à partir du 1er juin ? Que vont devenir Michaël avec un petit garçon à sa charge, Vanessa, mère de deux petites filles, et tant d’autres qui égayaient les soirées des touristes ? Ils errent aujourd’hui dans le no man’s land de l’indifférence des hôtels où ils se produisaient. Au nom d’une solidarité agissante avec ses artistes (dont les performers) la MASA, qui a dans ses coffres des dizaines de millions de roupies en termes de recettes recueillies au nom de ces mêmes artistes, suppléera sans doute (?) en juin l’aide gouvernementale au secteur informel pour leur octroyer une allocation, tant souhaitée, bienfaisante. Sinon, il faudra désespérer de cette organisation et il restera aux artistes de se mobiliser et de s’organiser hors de l’ombrelle gouvernementale. En France, la SACEM (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique) est une structure indépendante et il en est de même dans d’autres pays.