Il est un fait indéniable que les démarches mauriciennes sur le plan international pour amener le gouvernement britannique à compléter la décolonisation de Maurice, en mettant fin à l’occupation des Chagos, bénéficie du soutien de la majorité de la population. Cela ne nous empêche pas d’être réalistes en sachant que c’est un processus qui prendra du temps et demande à nos dirigeants de la résilience et une intelligence dans le traitement de ce dossier qui implique deux grandes puissances militaires, politiques et économiques : la Grande-Bretagne et les États-Unis. Qui plus est, ces pays sont des partenaires économiques importants de Maurice. Tout cela pour dire que nous comprenons la passion avec laquelle le Premier ministre, Pravind Jugnauth, aborde ce dossier qu’il a hérité de son père et qu’il tient beaucoup à cœur. Mais comme le dit le proverbe : la modération en toute chose est la meilleure politique (Modus omnibus in rebus). Ainsi le Premier ministre, emporté par sa volonté de montrer aux Chagossiens qu’il est un combattant de leur cause, aurait-il été trop loin en suggérant que les États-Unis auraient menacé de couler tout navire qui s’approcherait des Chagos ? Ce qui a entraîné une prompte réponse de l’ambassadeur américain David Reimer qui considère que c’est un « mischaracterization of what was said », un terme diplomatique pour dire que « c’est faux », qu’il s’agit d’une « fake news » parce que « we never threaten him or did we ever threaten to sink any boat », précise l’ambassadeur qui rappelle que nos deux pays entretiennent de bonnes relations économiques. Souhaitons que la déclaration premierministérielle ne soit considérée que pour « la consommation locale » et ne soit pas prise en compte lors du projet d’ouvrir des discussions avec les USA en vue de conclure un accord de libre-échange ou dans le cadre des renégociations de l’AGOA qui nous permet de bénéficier d’une dérogation pour les exportations des produits textiles vers les États-Unis. Des déclarations à l’emporte-pièce ne serviront à rien.

À propos des États-Unis, disons franchement que nous ne souhaitons pas être à la place des électeurs américains en ce moment précis. Trois jours après les élections du 3 novembre, personne n’était encore en mesure vendredi de dire qui entre Joe Biden et Donald Trump a remporté les élections présidentielles alors que le décompte des voix se poursuivait dans quelques États. Tenant compte du nombre de cas allégués de fraude déposés à la Cour suprême par le candidat Donald Trump, même s’il n’a pas encore produit de preuves, on n’est pas sûr que les USA sortiront de l’auberge de sitôt. « Americans have been left on the edge of their seats, sitting, watching and waiting for their next president », commentait la BBC, hier. Quels que soient les résultats, alors que Joe Biden continuait à être donné pour favori, les États-Unis offrent un spectacle de désunion profonde. Le pays est pratiquement divisé en deux : le camp rouge et le camp bleu.

S’il devait arriver au pouvoir, le principal défi de Joe Biden, comme il l’a lui-même fait ressortir jeudi dans une déclaration qui contraste avec l’attitude de son adversaire, sera de réunir le pays en ouvrant le dialogue entre les deux partis. Les démocrates devront reconnaître qu’il n’y a pas eu de raz-de-marée bleu comme prévu par les sondages et devraient prendre en considération que plus de 68 millions d’électeurs américains, ce qui est loin d’être négligeable, ont soutenu Donald Trump lors de ce scrutin. Devant cette performance, on comprend que Donald Trump déploie tous les moyens pour rester sous les projecteurs jusqu’à la dernière minute, quitte à utiliser des propos que certains considèrent comme indignes d’un président d’une grande démocratie en présentant sa défaite éventuelle comme une victoire volée due à la tricherie.
Alors que dans toutes les capitales du monde on attend avec impatience les résultats des élections qui auront un effet sur la politique mondiale – qui pourrait être décidée en Georgie -, nous recommandons l’écoute de Georgia on my mind de Ray Charles.

Jean Marc Poché