GUY NG TAT CHUNG

Il y a quarante ans à la rue Châteauneuf à Curepipe, le kiosque dédié à la vente de journaux était assailli à l’heure où ceux-ci arrivaient. Les gens se les arrachaient de peur qu’il n’en reste plus pour eux. Ceux qui n’avaient pas les moyens lisaient les grands titres par-dessus les épaules des plus fortunés, qui avaient déjà commencé à lire dans la rue. Mais à l’époque, les Mauriciens ne se contentaient pas que de la lecture des journaux, nombreux d’entre nous étions férus de littérature quand d’autres lisaient romans-photos ou bandes dessinées.

Quand je suis arrivé en France il y a bien des années, je me suis rendu compte que je n’avais pas à rougir de mon français. Au contraire, j’en étais fier d’autant que je n’avais eu comme professeurs de français que des Mauriciens. En outre, l’avantage que j’avais c’était mon bilinguisme. D’ailleurs, quand j’ai pris mes fonctions en Algérie, le censeur des études s’est approché de moi pour me demander discrètement comment cela se faisait que les Mauriciens parlent à la fois l’anglais et le français (et bien d’autres langues). Bien évidemment, en ce qui me concernait, j’étais fan de lecture, comme la plupart de mes congénères qui représentaient l’intelligentsia scolarisée. Pourtant, même si j’étais un bon élève j’enviais ceux de mes amis qui avaient plus de vocabulaire que moi en français parce que leurs parents étaient déjà cultivés, et d’un niveau social plus aisé.

La lecture, ce n’était pas qu’une bonne habitude recommandée par les adultes. Quelque part je savais que la culture nous donnait aussi le pouvoir, et c’est une vérité qui restera toujours valable. Qui peut douter encore que la lecture développe notre imagination, améliore notre mémoire, notre concentration et nous amène plus rapidement à une vision synoptique des choses. Sans être médecin, on peut comprendre que notre cerveau résiste mieux aux ravages du vieillissement. C’est prouvé scientifiquement que sur le long terme, l’activité cérébrale limite les troubles de la mémoire et donc potentiellement les risques de la maladie d’Alzheimer.

Il y a peu de temps lors d’une tentative de promotion de mes livres, un libraire me souligne qu’il ne fallait pas être trop optimiste car « les Mauriciens de nos jours ne lisent plus beaucoup ». Grande fut ma surprise. Mais, j’en ai eu la preuve personnellement. Il y a deux mois j’ai fait connaître la parution de mon ouvrage sur Amazon et je sollicitais la solidarité de mes compatriotes. Malheureusement, pas une seule commande n’a été enregistrée en provenance de Maurice. Mais je ne vous en veux pas ! Ici, comme dans le monde francophone, le livre numérique a du mal à décoller et aussi, quand un livre papier est livré à Maurice, les frais de port dépassent le coût du livre.

Néanmoins, un festival du livre est organisé le 1,2 et 3 octobre à Trou-d’Eau-Douce. Vous ne pouvez pas l’ignorer. C’est un événement exceptionnel; félicitons les organisateurs pour cette louable initiative qui permettra de mieux connaître les écrivains du terroir. Quatre de mes ouvrages s’y trouveront : Au Phare d’Albion, Ile Maurice je reviendrai, Mon grand-père ce héros et Vengeance au Paradis. Serez-vous au rendez-vous cette fois-ci? Si vous ratez le festival, vous les trouverez à Bookcourt et à la librairie Le Cygne.