Dr LUTCHMAYAH APPANAH (Ex-avocat-France)

DESS en Économie internationale (Institut d’études des relations internationales de Paris,1983/4)

Un survol succinct

Soyons neutres sur un tel sujet relatif aux multiples causes de l’inflation. Il est à noter que jusqu’ici de nombreux économistes s’emballent sur ce sujet complexe alors que plusieurs de ces causes sont encore inachevées.

Chaque pays, ayant ses propres particularités, en subit les conséquences différemment. Ceci concerne aussi L’île Maurice.

Telle une épidémie, l’inflation se propage vite d’un pays à l’autre. Pour chaque territoire, il existe des facteurs externes et des facteurs endogènes à l’inflation. Et au vu de la rapidité avec laquelle la mondialisation a atteint la planète, l’inflation a suivi le rythme en se moquant, tout comme la Covid-19.

A. Des facteurs externes dominants de l’inflation

Ces facteurs exogènes font difficilement l’objet d’un contrôle. Il existe des biens de consommation et des biens incompressibles (denrées alimentaires, produits pétroliers et des intrants indispensables pour des produits destinés à l’exportation, etc) dont les prix échappent à notre contrôle. Ceux-ci sont fixés en grande partie à l’étranger. Des pays exportateurs sont frappés durement par le Covid suite au manque de main-d’oeuvre, de productivité, de production en masse; d’où la flambée des prix à la source. Ils exportent par la suite leur inflation, leur chômage et leur crise sociale aux pays importateurs comme Maurice.

Un exemple simple  – à l’heure actuelle, « le coût de fret d’un conteneur de 40 pieds de Chine arrivé au pays ici est passé en moyenne de 2000 dollars avant Covid à 12500 dollars à ce jour », et ceci risque d’augmenter davantage. L’inflation par la hausse des coûts augmente mécaniquement. A contrario, l’économie de Maurice est frappée en ce moment par un faible taux d’exportation, et plus troublant encore par une proportion à importer de plus en plus élevée.

Le grand danger : jusqu’ici l’inflation est structurelle.

B. Des facteurs internes dominants de l’inflation

             

Depuis plusieurs années, le déficit de notre balance commerciale s’élargit à pas de géant et malheureusement l’excédent commercial va devenir une impossibilité si on ne consolide pas les secteurs clés. On parle, on parle et on s’adonne à des effets d’annonce lors de chaque budget. Pour au moins commencer à réduire notre déficit commercial, l’inflation devient une arme commerciale à condition de pouvoir exporter plus qu’auparavant. Est-ce possible? Difficile de se prononcer malgré le redémarrage timide d’exportation des produits de textile.

Une amorce est possible avec « l’effet volume » sinon on tourne sur place.

Cette baisse de valeur de notre monnaie doit relancer l’exportation même si les intrants destinés à ces produits vont coûter plus cher. On ne peut guère faire autrement.

Un autre facteur – ce sont les immenses liquidités déversées à travers diverses aides afin de relancer l’économie par la demande qui, elle aussi, a du mal à décoller. Le cercle est vicieux car les consommateurs n’en consomment pas beaucoup. À la place et par précaution, ils épargnent même peu de ce qu’ils touchent car la confiance sur ce qui se passe avec cette pandémie fait pâle figure.

Il convient de relancer le tourisme avec des billets d’avion et des logements moins chers afin de pouvoir remplir les caisses de la Banque Centrale avec des devises convertibles au moment où les réserves diminuent aussi vertigineusement. Mais d’autres obstacles qui n’existaient pas auparavant, ont émergé avec la quarantaine, le passe sanitaire etc. Conséquence, il y aura de moins en moins de touristes, donc moins d’entrées en devises étrangères, moins d’emplois générés.

Qui plus est, les dépenses de l’État sont mal ciblées et des recettes fiscales ‘extorquées’ selon des actuaires sans qu’il y ait la moindre transparence. Ce flou va nous coûter très cher plus tard. Il est salutaire de dire la vérité au peuple.

Conclusion

N’importe comment, la hausse des prix va persister avec ces deux responsables principaux — l’énergie (produits pétroliers, gaz, et denrées alimentaires…). Et avec la pandémie et ses fracas, des denrées alimentaires vont voir leur prix augmenter.

Quelles solutions plausibles pour nous!

Agir sur le taux d’intérêt élevé pour réduire le crédit et freiner la hausse des prix— oui, mais ce n’est pas le moment propice. Les gens n’ont pas d’argent malgré les multiples aides.

Il faut cesser d’être alarmiste. Nous sommes vraiment dans une guerre économique qui va durer. Il faut agir ensemble : les établissements sucriers avec à leur disponibilité, la terre, la main-d’œuvre doivent être aidés financièrement et massivement par l’État pour pouvoir tant que possible produire tout ce qui est possible d’être produit localement à un coût acceptable.

Les secteurs (textile, ressources de la mer, entre autres) pour la consommation interne et pour l’exportation doivent être pris par les cornes par L’État, seul patron et entrepreneur en période de guerre – surtout celle-ci qui combine à la fois les chocs de la demande et de l’offre sur le plan mondial.

Je cite ces secteurs traditionnels et il existe bien d’autres pour réduire notre dépendance qui risque de devenir traumatisante si on ne réagit pas séance tenante.

Pour terminer, comme le disait l’ancien ministre français Pierre Mendès-France, « il faut bosser dur, travailler plus et dépenser moins surtout en période de guerre ».