D.S. TEWARY
Mahébourgeois
et fier de l’être

Il est 5h du matin le vendredi 7 août et je viens juste de me réveiller. En ouvrant la porte, au lieu de sentir le doux parfum iodé de la mer, mes narines sont agressées par l’odeur désagréable de l’huile qui provient de la fuite du MV Wakashio. Cela fait presque 30 ans que j’habite Mahébourg et j’appréhende grandement les 30 prochaines années à venir. J’ai peur pour mon village, peur de la conséquence terrible que pourrait subir l’écosystème, peur pour tous ceux qui travaillent dans les hôtels, peur pour les pêcheurs et autres petits entrepreneurs. Déjà que nous naviguons aveuglément en raison du flou qu’a provoqué la pandémie de COVID-19, voici que s’ajoute à nos peines encore une autre catastrophe.
Outre la peur que je ressens, je suis également en colère qu’un pays, qui aspire à être un pont entre l’Afrique et l’Asie, n’ait pas les moyens nécessaires de faire face à ce type de catastrophe. Je suis dans l’incompréhension, car je trouve cela invraisemblable que rien n’ait été fait pendant presque deux semaines !Il fallait respecter les lois internationales me diront certains, mais en situation exceptionnelle, il aurait fallu prendre des mesures exceptionnelles. (Nous l’avons bien fait en allouant un contrat de plusieurs centaines de millions à une compagnie espagnole – « décision prise en trois heures » selon les documents rendus publics).
Malgré les sentiments mixtes que je ressens, je suis dans l’incapacité de faire quoi que ce soit si ce n’est que de retrousser mes manches et d’aller sur le terrain pour aider. Beaucoup de Mauriciens ont fait de même pendant le week-end. Au milieu de toute cette désolation, la solidarité et l’entraide des Mauriciens ont été les seuls points positifs. Jeunes, vieux, blancs et noirs ont tous aidé à leur manière afin de contenir l’hémorragie.

Je pense que ce n’est plus l’heure de blâmer qui que ce soit, mais de passer à l’action. Cependant, si les Mauriciens démontrent la même solidarité dans les mois à venir, certains hauts placés, qui ne remplissent pas leurs fonctions comme il le faudrait, devront rendre des comptes à la population.

Dans l’immédiat, l’appel que je lance aux jeunes Mauriciens, c’est de se rallier à la cause commune. Laissez vos écrans et sortez, agissez !