MANAND BULDAWOO

Entrepreneur et citoyen engagé

Le 9 juillet dernier, le Premier ministre, Pravind Jugnauth annonçait une subvention à hauteur de Rs 500 millions sur certains produits de consommation courante afin de soulager les consommateurs qui voient les prix augmenter à chaque fin de mois depuis le début de la crise sanitaire. Si cette mesure semble un geste favorable du pouvoir, il n’en est en fait pas vu que le gouvernement empoche des milliards sur les produits importés grâce à un système injuste de double imposition.

Le consommateur mauricien est aujourd’hui habitué à la TVA fixée à un taux de 15% sur la valeur d’un produit. Or, sur le prix des produits importés, il s’agit de beaucoup plus car la taxe est calculée sur le CAF (Coût, assurance et fret) ou CNF (coût et fret) et non pas sur la valeur du produit. Si tel était le cas, on aurait pu éviter des hausses en cascade et le gouvernement n’aurait pas besoin de faire ce geste, qui d’ailleurs ne devra pas durer plus de six mois.

Cette révision de la taxation n’est pas la seule mesure qui pourrait aider les ménages mauriciens. Il n’est un secret pour personne que les prix des produits, en particulier ceux importés, ont pris l’ascenseur en raison de la pandémie et du coût fret en hausse constante. Avant la crise sanitaire, on payait un conteneur de 20 pieds entre 800 et 1 050 US$. Le prix est passé à 1 600 US$ à fin 2020 et aujourd’hui, il frôle les 4 500 US$. Le problème vient uniquement des compagnies maritimes qui font la pluie et le beau temps. Certaines compagnies ont cessé leurs opérations sur Maurice. Le service de Maersk ou de MSC est aléatoire. Il est peut-être temps de chercher d’autres compagnies maritimes et EDB devrait s’activer en cela.

D’autre part, les importateurs ne cessent de le répéter : les navires évitent Port-Louis car l’attente pour le débarquement est trop longue en raison de la congestion au port. Une situation inhabituelle à Maurice car il n’y a pas si longtemps, notre port se positionnait comme un des plus performants de la région. Le site web de la MPA affichait à cette époque le taux horaire de productivité. Nous étions en 2017, et le port avait connu un agrandissement de quelque 6,5 milliards de roupies. Quatre ans après, le port est de nouveau congestionné. Une congestion que paie à prix fort le consommateur.

Il faut comprendre que les compagnies de fret possèdent en général autour de 70 % de leur flotte et le reste est loué à d’autres compagnies. L’affrètement d’un bateau de 4 000 conteneurs coûte entre 25 000 et 30 000 US$ par jour. Il faut ajouter à cela les coûts associés à l’équipage. Si un bateau doit attendre trois jours pour débarquer 100 conteneurs, cela représente donc entre 750 et 900 US$ additionnels sur un conteneur. Ce surcoût va être facturé à l’importateur qui va bien évidemment le passer au consommateur.

Un port efficient doit fonctionner selon un système de « perfect window », ce qui implique que le bateau aura signalé au port le jour et heure de son arrivée et le nombre de conteneurs à débarquer. Par exemple, s’il a 200 conteneurs, à raison de 50 conteneurs à l’heure, il lui faudra quatre heures pour le débarquement. En ajoutant à cela une heure pour l’amarrage et une heure pour le départ, il lui faudra en tout un transit de six heures. Le port doit alors lui attribuer le créneau idéal afin de ne pas causer d’attente inutile. Chaque heure supplémentaire risque encore d’être facturée à l’importateur. En décembre, au moment où le monde entier voit sa consommation, nous risquons de faire face à une rupture de stock en raison du blocage au port.

Gouverner, c’est prévoir. On espère que nos dirigeants pourront entendre ce message.