Ce début d’année aura vu aux quatre coins du globe nombre de catastrophes, tels des incendies et des inondations, les unes plus soudaines et destructrices que les autres. Malgré cela, malgré leur gigantisme et leur tendance à se répéter davantage année après année, certains continuent pourtant, contre vents et marées, de nier l’évidence, à savoir que l’extraordinaire machine climatique de notre planète, propice à l’éclosion et au maintien de la vie, s’est enrayée. Qu’elle s’est emballée à un point tel que l’on peut aujourd’hui justement se demander si nos efforts, pour peu que l’on consente à en fournir ne serait-ce que la moitié du quart que l’on s’est promis lorsque nous faisions « bonne figure » devant le gratin mondial, serviront encore à quelque chose.
D’ailleurs, que pouvons-nous faire ? Lancer des écoprojets, migrer vers l’énergie renouvelable, même à la vitesse d’un escargot hémiplégique ? Investir dans des campagnes promouvant l’écoresponsabilité de chacun ? Non, tout cela ne servira qu’à retarder l’échéance. Pour arriver à limiter la casse, sous-entendu donc que de toute manière nous ne saurions inverser la vapeur à brève échéance, la seule solution serait en fait d’opter pour un changement de paradigme économique. Car c’est bien à ce niveau que se situe la source du problème. Ce n’est en effet un secret pour personne : nous asservissons toujours plus notre planète en empiétant sur des terres auxquelles nous n’aurions jamais dû pouvoir accéder, et ce, juste pour assouvir notre soif sans fin du « toujours plus ».
Cette course à la consommation, et donc à la production, porte un nom : croissance. Un mot qui, malgré l’impasse dans laquelle il nous a menés, sonne paradoxalement aux oreilles des maîtres du jour comme une merveilleuse sérénade. Au point qu’aujourd’hui encore, après une période de disette économique liée à un certain virus, nos dirigeants n’ont plus que lui à la bouche. « Croissance, croissance, croissance »… Et le climat ? Eh bien dans la liste des mots qui chantent, il arrive bon dernier, juste derrière la santé. Notre vénérable Premier ministre ne vient-il d’ailleurs pas encore d’en donner la démonstration ? Le pays est à genoux, a-t-il dit. Il importe de relancer l’économie, à commencer par le tourisme, a-t-il renchéri.
C’est clair, ce n’est pas Maurice qui viendra seule changer le système. Pour autant, nous aurions pu donner le ton, donner l’image d’un pays responsable, au point de servir d’exemple aux autres nations du monde. Bref, sortir de l’isolement induit par la petitesse de notre territoire terrestre. Mais aussi être plus prospère. Pas en termes de devises, bien sûr, mais d’engagements vers l’autosuffisance responsable. Mais bon, même si nous en avons les moyens, nous sommes visiblement dépourvus nous aussi de volonté. À croire que le métro et les milliers de tonnes de béton qu’il a englouti nourriront la population de demain et nous éviteront les futures catastrophes que Dame Nature ne s’empêchera pas de nous envoyer par colis… express, lui aussi. Et puis, les choses sont-elles différentes ailleurs ? Bien sûr que non. Seul le profit immédiat compte. Et ce n’est certainement pas cela qui nous sauvera du gouffre qui nous attend !
Le drame, c’est qu’aucun mouvement politique, de gauche comme de droite, n’a de solution, car implicitement contraints à suivre la seule et unique logique mondiale : celle du mythe de la croissance éternelle. Ce que la science raconte, comme autant de mauvais présages, nous incommode, mais sans plus. Car nous pensons toujours, stupides que nous sommes, que cette même science viendra nous sauver. Qu’elle nous permettra de garder inchangé un système vieux de trois siècles. Et que l’argent continuera de couler à flot.
À nos yeux, ce système est d’ailleurs devenu le seul possible. Car qu’importe notre niveau social, nous en dépendons tous. Nous sommes tous liés à lui. Que l’on le veuille ou non, que l’on en soit conscient ou pas, la croissance économique bénéficie d’un statut quasi religieux. Tout simplement parce que sans elle, c’est tout le système qui s’effondre. Et ne croyez pas que même si nous voulions en changer, et que nous détenions la solution miracle, nous arriverions à nos fins facilement. Car ceux qui tiennent aujourd’hui les manettes s’accrocheront au pouvoir coûte que coûte. En finalité, seul le climat fera couler le bateau des capitalistes. Et nous avec eux !