Avec la présentation du Budget 2020-21 par le ministre des Finances, Renganaden Padayachy, qui a fait son baptême de feu en matière de budget national hier, une étape importante a été franchie, que ce soit sur le plan économique et financier, ou sur le plan psychologique. Elle a en quelque sorte ouvert la nouvelle ère post-COVID-19.

Jusqu’ici, le pays et la population étaient écrasés sous le poids de la crise sanitaire provoquée par la COVID-19. L’État d’urgence sanitaire et le confinement n’ont été faciles pour personne, que ce soit ceux qui étaient en première ligne dans tous les domaines, y compris dans les milieux des médias, ceux qui étaient confinés chez eux, ainsi que ceux qui, situation oblige, étaient forcés de pratiquer le “work at home”, malgré tout le bien qu’on en dit.

La fin du confinement a été accueillie avec un grand ouf de soulagement et la joie de pouvoir se retrouver entre amis ou en famille. Toutefois, malgré le beau temps qui prévalait la semaine dernière, le déconfinement avait ouvert la porte sur un avenir incertain, sombre et angoissant, avec de gros nuages sur l’économie mondiale, et a fortiori sur Maurice. Les prévisions nous laissaient voir une économie en pleine crise, avec la possibilité d’une contraction pouvant aller jusqu’à -15% du produit intérieur brut, un taux de chômage allant jusqu’à 17,5%, soit l’arrivée de 60 000 nouveaux chômeurs sur le marché pour atteindre le nombre de 100 000 sans-emploi, les dégâts considérables enregistrés dans certains secteurs économiques et la montée en flèche de la dette. Ces observations n’étaient pas loin de la vérité puisque le déficit budgétaire sera de l’ordre de 13,6% et la contraction de la croissance économique estimée à 11%, alors que le niveau de dette se situe autour de 83,4% du PIB.

La seule chose qui change est que le ministre des Finances a, envers et contre tout, réussi à présenter un budget pour la prochaine année financière. Cela nous permet au moins de détourner notre attention de la COVID-19 tout en maintenant la vigilance en termes sanitaire et à regarder vers l’avenir. Le ministre a proposé une philosophie “Our new normal The economy of life”, présentant une feuille de route pour la relance de l’investissement et de l’économie. Celle-ci contient des mesures, même symbolique, allant dans le sens d’un partage de fardeaux, comme les prélèvements sur le revenu brut de compagnies d’assurances, les institutions financières, les prestataires de services et les sociétés de portefeuille immobilier, le prélèvement de solidarité, la révision de seuil de l’exemption, etc. De plus, des mesures susceptibles de faire souffler la classe moyenne, notamment au niveau de l’impôt sur les revenus et le logement, sont prévues. D’autres mesures sont aussi annoncées pour soutenir des secteurs en difficulté, comme le secteur manufacturier et le tourisme. La volonté de protéger les emplois est notée avec intérêt.
Cependant, le fait est que jamais, dans les annales économiques et parlementaires, les mesures budgétaires présentées par un ministre des Finances, surtout en début de mandat, n’ont fait l’unanimité. Il est évident que certaines mesures, comme la réforme du système de pension, évoquée depuis des années, feront l’objet de débats passionnés au Parlement. On s’attend à beaucoup d’interpellations sur les moyens financiers dont dispose le gouvernement pour financer son plan d’action.

Malgré le fait que la Banque du Maurice n’ait pas encore émis les bons du trésor et les instruments financiers pour recueillir la contribution “one off” de Rs 60 milliards, on constate que le ministre des Finances prend ce montant pour acquis. Les regards seront également tournés vers la MIC Ltd, qui disposera d’un montant de Rs 80 milliards pour sauver les entreprises sérieusement affectées par la COVID-19, dont Air Mauritius.

Les débats parlementaires sur le budget, qui débuteront lundi prochain, sont attendus avec intérêt. Nous souhaitons toutefois qu’ils ne se traduisent pas en affrontements politiques et un dialogue de sourds. Nous verrons si le ministre des Finances sera ouvert aux propositions positives qui viendront de l’opposition. Plus que jamais, cette dernière aura à assumer sa tâche ingrate de chien de garde et devra faire les pressions nécessaires pour amener le gouvernement à opérer dans la transparence et la bonne gouvernance.